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 Amis, ennemis ? [Jorgue]

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Gabriel Deschamps
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MessageSujet: Amis, ennemis ? [Jorgue]   Jeu 28 Nov - 15:03

28 août 1940


Jorgue regardait l'heure, visiblement assez pressé de sortir d'ici. Gabriel en fut légèrement vexé : il faisait un effort pour être aimable, et le type s'en fichait ? S'était-il adouci et dévoilé trop vite ? Aurait-il dû rester sur la défensive un peu plus longtemps avec cet agent, qu'il avait considéré plusieurs semaines comme son pire ennemi ? Jusqu'ici, il n'avait pas vraiment eu de raison de le haïr, ce n'était qu'une accumulation de mauvais souvenirs qu'il avait relié à ce pauvre innocent. Mais maintenant qu'il partait sur une discussion plus philosophique... Jorgue ne répondait qu'à la moitié de la question. Soit il n'en avait rien à foutre et avait du réel mépris pour Gabriel, auquel cas ce dernier aurait des raisons de le détester... soit il n'aimait pas réfléchir sur des choses trop existentielles, auquel cas il descendait en flèche dans l'estime de Gabriel qui jugeait ces réflexions là très importantes. Pour lui, ceux qui ne s'étaient jamais posé ces questions étaient faibles et simples d'esprit.

Il suivit Jorgue au réfectoire, avec la ferme intention de manger avec lui pour terminer cette conversation qui s'était achevée en eau de boudin, selon l'expression française sud Vendée que Gabriel connaissait bien. Si l'adolescent voulait être tranquille, il n'avait qu'à le virer clairement de ses pattes. Mais c'était trop facile de se dérober et de ne répondre qu'à la moitié des questions. Après, ce serait encore Gabriel qui aurait tous les torts, et il ne supportait pas cette idée après tous les efforts qu'il venait de faire à la Chapelle. Les deux gamins prirent leur ration et s'assirent devant la table centrale longue et massive. Les instructeurs et agents affluaient lentement vers le réfectoire, en nombre toujours assez restreint cependant. Gabriel laissa Jorgue commencer son entrée avant de revenir à la charge... de façon innocente. Cette fois, il n'avait aucune mauvaise intention à son égard. Pas encore.

" - Tu m'as pas dit ce que tu en pensais tout à l'heure. Pourquoi tu ne reprendras pas l'habitude de ta mère ? "

Gabriel était curieux de savoir ses raisons, car il y en a toujours quand on choisit de se détourner du chemin de nos parents défunts. Naturellement, on tente de les honorer en les suivant. Le contraire est souvent le signe d'une réflexion mûrement réfléchie... Oui, Gabriel était très intéressé, il voulait savoir si oui ou non Jorgue réfléchissait, et si oui, pourquoi. Ce pourrait être un premier pas sur le chemin des bonnes relations, pourquoi pas amicales ?




Dernière édition par Gabriel Deschamps le Lun 13 Jan - 23:52, édité 1 fois
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Jorgue Puedos
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MessageSujet: Re: Amis, ennemis ? [Jorgue]   Lun 2 Déc - 21:30

Gabriel me suivit jusqu’au réfectoire. Le temps dehors était réellement devenu infecte : le vent fouettait nos visages en claquant et semblait hurler dans une sorte de déchirement terrifiant. La pluie, elle tombait dru, et transformerait bientôt le petit chemin qui reliait la chapelle au bâtiment en un sorte de bourbier dans lequel on s’enfonçait jusqu’aux genoux. Bien sûr, c’est n’est pas ça qui allait terrifier de futurs agents secrets comme eux, mais s’il était possible d’éviter de traverser cela, c’était préférable.

Enfin, nous atteignîmes la porte d’entrée, dernier rempart à franchir avant un endroit sec. Le bruit des gouttes de pluies qui martelaient les différentes vitres du bâtiment résonnaient avec un bruit doux et presque berceur dans les couloirs.  Les dernières émotions qui avaient parcourus nos cerveaux cette dernière demi-heure furent balayées d’un coup tellement le contraste entre l’extérieur et l’intérieur était relaxant. Cela me mettait de bonne humeur, cela me rappelait qu’ici, j’avais un toit, un endroit où m’abriter. Le danger n’était pas loin, mais pas tout à fait proche non plus.

Gabriel me suivit toujours docilement, mais sa présence ne me dérangeait pas. Que du contraire, être accompagné me ramenait doucement sur terre, et sifflait dans un coin de ma tête que l’univers dans lequel j’étais occupé à planer n’existait pas.

Le bois qui constituait les marches pour monter au premier craqua sous nos pas. Enfin, nous arrivâmes dans le réfectoire, qui était encore vide. La fenêtre qui donnait sur la cuisine était ouverte, ce qui signifiait que l’on pouvait aller chercher notre ration du midi. Ça tombe bien, mon estomac se mit à grogner lorsque d’alléchantes odeurs arrivèrent à mes narines.

La cuisinière déversa la soupe dans mon bol avec un grognement, et me tendit une assiette avec de la purée et un morceau de viande. Puis, je me dirigeai vers un bout de la table. Gabriel s’assit en face moi, me laisse goûter une gorgée de ma soupe, et puis revint à la charge.

Sa question était intéressante et méritait réflexion. Pourquoi ne pas suivre les  traces de ma mère ? Je pris encore une gorgée de soupe, tout en réfléchissant, puis posai ma cuillère dans mon bol et n’y touchai plus, momentanément.

-Ta question est bonne. La réponse qui me vient le plus facilement en tête est celle-ci : parce que c’est une habitude de ma mère que je ne comprends plus. Quand j’étais petit, je me souviens lui avoir posé la question de pourquoi ce rituel. Elle m’avait répondu que ça l’aidait à traverser la vie.

Je repris une gorgée de ma soupe, avant de reprendre. Le liquide était vraiment chaud mais avait un goût exquis,  comme toute la nourriture ici. Ils nous gâtaient.

-Bien sûr, quand j’étais petit, j’ai gentiment acquiescé, sans vraiment comprendre. J’avais juste retenu le fait que toutes ces prières, ça l’aidait. Maintenant, je suis plus grand, je comprends mieux ce qu’elle a voulu dire, mais je ne m’y retrouve pas dans cette réponse. Comme je te l’ai dit tout à l’heure, Dieu ne semble plus vouloir m’aider à traverser la vie. Dans ces conditions, je ne vois pas l’intérêt de suivre cette tradition qu’avait ma maman.

Maintenant que la discussion était lancée, et que Gabriel semblait avoir écouté attentivement, j’avais envie de pousser un peu plus loin le débat.

-Tu aurais fait quoi à ma place ?  
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Gabriel Deschamps
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MessageSujet: Re: Amis, ennemis ? [Jorgue]   Mar 14 Jan - 0:12

Gabriel était pendu aux lèvres de Jorgue. Il attendait sa réponse avec une impatience assez rare chez lui. En fait, ce test signifiait beaucoup de choses pour lui. Etait-il assez mature pour discuter d'un sujet sérieux avec un garçon de cinq ans de plus que lui ? Ce qui constituait un fossé monumental à cet âge là... Etait-il capable de se lier d'amitié avec quelqu'un de différent, qui pourrait lui être supérieur sur plusieurs points ? Car si Gabriel acceptait sans difficulté la différence, surtout depuis qu'il connaissait Matthias, il devenait beaucoup moins tolérant lorsqu'il se sentait surpassé par autrui... Il avait tellement été assimilé à un animal pendant de trop longs mois de sa vie qu'il avait à présent un besoin maladif de prouver sa valeur auprès de tout le monde. Pour garder une bonne image de lui-même, et pour s'assurer un statut d'humain, il avait sans cesse besoin de se sentir supérieur aux autres... il avait découvert cela avec Jorgue, car ce dernier était plus vieux que lui, plus doué en natation aussi, et c'était peut-être uniquement ces choses là qui l'avaient poussé à le haïr... Gabriel avait un peu honte de cette révélation intérieure. Il était devenu hautain et prétentieux, mais il n'avait jamais voulu devenir comme ça ! Discuter d'égal à égal avec Jorgue, et lui montrer de la sympathie, enfin, serait une bonne façon pour lui de devenir meilleur, sans jugement hâtif, ni compétition exacerbée...

Il inspira profondément et continua sa soupe, tout en écoutant attentivement la réponse détaillée de son interlocuteur. Et contrairement à ce à quoi il s'attendait, Gabriel comprenait plutôt bien les paroles de Jorgue. Comme s'il fonctionnait un peu comme lui, finalement, dans la façon de penser. Cela lui redonna du baume au coeur. Peut-être qu'il n'était pas si inhumain que ça, finalement ? Lorsque Jorgue s'arrêta pour lui demander son avis, il reposa sa cuiller dans son bol de soupe et acquiesça lentement avant de répondre à son tour, d'une voix douce et posée.

" - Je comprends. Je ne sais pas ce que j'aurais fait à ta place. Mon cas est différent, j'ai eu la sensation que Dieu m'avait aidé à traverser la vie jusqu'à maintenant. Mais je crois que c'est nous qui décidons au final, ce que nous voulons croire. Je crois que Dieu m'a sauvé la vie les nombreuses fois où j'aurais pu mourir, mais d'autres auraient dit à ma place que Dieu aurait pu m'épargner toutes ces souffrances s'il avait existé. Tout dépend de comment on choisit de voir les choses. Il y a toujours un moment où on se sent seul, et où on aimerait avoir quelqu'un ou quelque chose avec nous. C'est à chacun de choisir de se l'inventer ou non... C'est peut-être une faiblesse, de s'inventer un ami imaginaire, ou un sauveur, je ne sais pas... mais est-ce une faiblesse humaine ? "

Lorsque Gabriel demanda cela, un espoir démesuré qui habitait son regard se posa sur Jorgue. Il venait de lui ouvrir son coeur, le jeune garçon comptait désormais parmi ses amis. Et il avait désespérément besoin de se sentir humain... il avait besoin que ses amis lui disent qu'il était humain. Il avait trop peur d'avoir perdu cette qualité essentielle pour vivre. Est-ce que Jorgue allait se rendre compte de cette question existentielle qui le taraudait depuis son passage en camp de concentration ?


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Jorgue Puedos
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MessageSujet: Re: Amis, ennemis ? [Jorgue]   Ven 17 Jan - 23:03

Le petit était littéralement suspendu à mes lèvres, ce que je trouvais étonnant. D’une part, parce que je ne disais pas quelque chose de vraiment méga intéressant – tout de même un peu bien sûr, mais pas de là à avoir une réaction « démesurée » (ce qui n’était pas spécialement le cas de Gabriel, actuellement, de toute façon, je notai cela plus par amusement) – et d’autre part, parce que le blond avait un comportement radicalement opposé il y a trente minutes envers moi. C’était étrange. Oh, bien sûr, je préférais son comportement maintenant, parce que la haine qu’il avait pu m’exposer au cours des premiers mois me semblait totalement infondée. Mais de nouveau, je ne jugeai pas, je ne savais pas ce qu’il y avait derrière, ni ce qui s’était passé dans sa vie. Ce serait une question intéressante à poser, mais plus tard, lorsque je le connaîtrais mieux.

Et cela pour deux raisons : je n’avais pas envie de réveiller ce qui venait juste de s’éteindre ; et puis, ce qu’il aurait alors à raconter serait non seulement long, mais également difficile à raconter. Et pour cela, il n’était peut-être pas encore prêt. Ce n’était pas mon genre de vouloir le brusquer, après tout. Je sentirais bien quand l’autre garçon serait prêt.

Il semblait vouloir tout de même un peu se confier. Aussi, je pris le rôle – qui me semblait aller beaucoup mieux, d’ailleurs – d’oreille attentive, à laquelle on peut se confesser.

Mes sens étaient donc en alerte, enfin mon ouille surtout, pour percevoir au mieux ce que l’autre avait à me dire.

Traverser la vie, cette expression sortie de la bouche d’un enfant de 10 ans faisait presque froid dans le dos. Qu’est-ce qu’il avait bien pu vivre de si terrible. Je veux dire… Moi, je n’avais pas vécu des choses extraordinaires dans la vie. C’est peut-être ce que j’attendais de MIS, d’ailleurs, de me forger un caractère, et tout ça. Son j’aurais pu mourir vint me confirmer tout ça. Souffrance, solitude, faiblesse… Comment est-ce que des mots pareils pouvaient sortir de la bouche d’un enfant dans 10 ans ?

S’inventer un ami imaginaire, était-ce une faiblesse… humaine ? À vrai dire, je crois que j’étais impressionné de voir un gamin réfléchir comme ça, aborder de la philosophie avec autant de naturel, ou de désespoir peut-être. Parce que c’est ça qui me choqua le plus, le désespoir qui émanait de l’enfant. Il avait clairement besoin d’être rassuré… normal pour quelqu’un qui a perdu ses parents.

-« Je ne crois pas que ce soit une faiblesse de s’inventer des amis imaginaires, tu sais, Gabriel » commençais-je d’une voix douce et rassurante. « Au contraire, dans les moments difficile, c’est important d’avoir quelqu’un, même imaginaire, qui est là pour te rassurer, t’encourager, te forcer à aller plus loin… Et que cet ami imaginaire s’appelle Dieu, ou quoi que ce soit. Moi, ce qui me gêne avec Dieu, c’est qu’il semble être l’ami de tout le monde. J’ai envie de mon ami à moi, sinon, c’est fort impersonnel. Mais bon, c’est mon avis, après tout. Je respecte ceux qui ont choisi Dieu… Pourquoi considères-tu cela comme une faiblesse ? Tant qu’ils ne remplacent pas les vrais amis…»
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Gabriel Deschamps
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MessageSujet: Re: Amis, ennemis ? [Jorgue]   Jeu 30 Jan - 17:02

Gabriel respirait profondément, de manière posée. Bizarrement, le sujet évoqué le touchait beaucoup, mais il ne l'enflammait pas comme il avait pu le faire par le passé. Il était passé par plusieurs stades, commençant par l'adoration totale et finissant au mépris profond pour les gens d'église. Mais à présent, ces questions lui semblaient plus éloignées de lui-même, malgré l'importance qu'elles avaient eu au cours de sa vie. C'était comme si le MIS était coupé de toute religion, comme si c'était un monde à part où la foi ne servait à rien ni à personne. Comme si la foi était absente et que cet institut était hermétique à la présence de tout Dieu. L'ambiance de la Chapelle allait à l'encontre de cette idée, mais maintenant que Gabriel était en train de manger au réfectoire comme chaque jour, il n'y pensait plus.

Il faisait tout de même attention à respirer bien profondément pour prendre de la distance avec cette discussion qu'il avait avec Jorgue, comme il le faisait toujours lors de débats philosophiques importants. Et Dieu sait si dans sa vie, il en avait eu un grand nombre déjà... Car ce genre de réflexion demandait une concentration importante qui ne pouvait être menée qu'en respirant bien profondément et en se vidant la tête. C'est là que le bien et les idées justes venaient... Sinon, les pollutions du cerveau du blondinet revenaient et il ne pouvait plus réfléchir. Oui, la réflexion lui demandait un effort plus important qu'avant. Mais continuer cet exercice lui tenait à coeur, c'est pourquoi il l'avait lancé avec Jorgue. Il se rendait même compte que cela pouvait le rendre meilleur et pouvait nouer des relations amicales avec les autres. Il avait donc l'intention de renouveler l'expérience..!

Gabriel était totalement concentré sur la réponse de son aîné. En fait, sa réponse lui tenait à coeur, car c'est par le jugement d'autrui qu'il pourrait encore mesurer son humanité, puisqu'il n'était plus capable de le faire lui-même. Et, finalement, il but totalement les paroles de Jorgue. Il appréciait chacun de ses mots, comme s'il les vivait autant que le jeune homme qui les disait. Il les comprenait, car ces mots le rassuraient, et ouvraient son esprit aux pensées des autres. Il se prit même à sourire légèrement lorsque Jorgue parlait d'un "ami à soi". Gabriel trouvait cela drôle que son nouvel ami voit Dieu comme un ami impersonnel, alors que lui-même avait toujours vu en Dieu un ami à son image, qui s'adaptait à chaque être humain, comme un être mystique à multiples facettes - une facette par personne qui croit en lui.

" - Je ne pense pas que Dieu soit un ami impersonnel, au contraire : chacun a une façon différente de vivre sa foi, chacun doit choisir ce qu'il croit ou non. C'est ce qui fait l'unicité des relations que les gens ont avec Dieu : la façon dont ils croient en lui. C'est comme ça qu'il peut devenir, c'est vrai, l'ami de tout le monde, mais un ami différent pour chacun. "

Gabriel marqua un temps d'arrêt avant de répondre à la deuxième partie de la conversation. En fait, la dernière question de Jorgue lui semblait un peu difficile. Cela lui semblait évident, que c'était une faiblesse d'avoir un ami imaginaire, mais comment formuler ça ? Le blondinet se rendit compte qu'il avait encore beaucoup de choses à apprendre sur le monde des adultes et celui de l'argumentation. Mais cela le passionnait, il était prêt à s'entraîner toute sa vie pour devenir meilleur, encore et toujours.

" - Je ne sais pas trop... je pense que c'est une faiblesse parce-que si on a besoin de quelque chose ou de quelqu'un d'imaginaire, c'est qu'on a du mal à vivre dans la réalité. Si on est fort, on fait face courageusement aux événements. Donc ça doit être une faiblesse de vouloir s'échapper du monde réel, non ?  Mais je pense que c'est le désir de beaucoup de gens en ce moment... "

C'est là que Gabriel se rendit compte qu'il n'était qu'un pion, qu'une âme perdue parmi tant d'autres. Oui, il était sûr que des milliers voire des millions de personnes s'abaissaient à la même faiblesse que lui avant d'entrer au MIS. Etait-ce pour cela que ces gens n'étaient pas humains ? Non, au contraire, ils tentent juste de trouver un sens à leur vie, dans un monde qui leur paraît absurde... Et ça, c'était profondément humain. Puisque Gabriel avait réagi un peu pareil que ces gens, pouvait-on dire qu'il était toujours humain ? Il sourit légèrement, involontairement, presque soulagé. Il attendait tout de même la réponse de Jorgue.


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MessageSujet: Re: Amis, ennemis ? [Jorgue]   Mer 19 Fév - 19:02

La discussion prit une tournure assez inattendue. J’avoue que je n’aurais surement pas cru quiconque m’aurait dit que je serais en train de philosopher avec celui qui m’avait directement considéré comme une sorte d’ennemi quelques heures plus tard. Mais c’était bel et bien le cas, pourtant.

Autre surprise, j’appréciais plutôt ce dialogue un peu extraordinaire, qu’on n’a pas tous les jours. Justement, il fallait en profiter, d’autant qu’on ne peut avoir ce genre de discussion avec tout le monde.

Les questions soulevées étaient fort intéressantes, surtout dans une période sombre comme la nôtre, la guerre. Elles étaient même cruciales pour le monde en devenir, qui devrait se reconstruire une fois que toute cette horreur prendrait fin. Il ne restait plus qu’à espérer que ça arriverait bientôt. D’après la situation qui nous était dépeinte ici, à MIS, c’était peu probable : la situation était en train de s’empirer. J’en avais complètement oublié ma nourriture.

J’écoutai attentivement ce que le blondinet avait à me dire, avec curiosité et respect, de mise dans de telles discussions. Mon interlocuteur avait l’air très concentré, avant que ses lèvres ne se détendent en un sourire joyeux.

« Tu as peut-être raison, concernant Dieu… Ce qui est dommage, c’est que l’Église impose trop sa façon de faire les choses, et c’est là que Dieu, à mes yeux devient impersonnel et inaccessible. Cela dit, je crois qu’une amitié doit apporter quelque chose aux deux côtés. Est-ce vraiment le cas ? Je doute vraiment que j’apporte quelque chose à Dieu, et Dieu ne semble pas apporter grand-chose aux personnes… Il n’a pas l’air d’arrêter la guerre par exemple ! »

Mon ventre gargouilla, me rappelant à la faim. Je replongeai ma cuillère dans la soupe, en pris une gorgée… Elle était maintenant froide. Alors je m’empressai de la finir en prenant le bol à deux mains, et en le penchant dans ma gorge. J’avais vraiment faim soudain, alors je m’attaquai au plat principal.

« Quant à l’ami imaginaire, peut-être est-ce une preuve de faiblesse, peut-être faut-il faire courageusement face aux événements. Mais ça m’est égal. Ce monde réel ne me plaît pas, je n’ai pas envie d’en faire partie, ou bien de me battre pour le rendre meilleur – voilà pourquoi je suis ici ! Au-delà même de ça, il me fait peur, en fait, ce monde réel. Alors, ça m’est un peu égal d’être faible… »
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MessageSujet: Re: Amis, ennemis ? [Jorgue]   Mar 11 Mar - 15:38

Gabriel se sentait bien. Il était comme libéré d'un poids qui pesait sur son coeur depuis longtemps. Il ne savait pas trop ce que c'était, probablement le poids de la haine et du dégoût de lui-même. A présent, il se sentait plus fort, plus humain aussi. Cette discussion l'avait libéré et lui faisait à présent beaucoup de bien. Partager des choses fortes avec un ancien ennemi, pour finalement découvrir un nouvel ami, était une chose qu'il n'aurait jamais imaginé auparavant. Cela prouvait qu'il était capable de se remettre en question, et cela le rassurait au plus haut point. Il aimait tellement réfléchir sur ces questions philosophiques que c'était une habitude pour lui : une discussion assez banale en fait. Il ne se doutait pas que ce n'était pas le cas de tout le monde. Il profitait de l'instant présent, sans plus.

Gabriel profita de la réponse de Jorgue pour finir sa soupe et commencer le plat principal. Il se régalait, depuis son arrivée à l'institut il mangeait vraiment bien. Il ne se souvenait pas avoir mangé à sa faim de cette façon depuis très longtemps, probablement avant même l'exode de ses parents pour fuir le recrutement des militaires français. C'était décidément une sensation très agréable de pouvoir se remplir le ventre comme on le désirait. Gabriel soupira d'aise - ce moment était vraiment bon. Il écoutait en même temps son ami d'une oreille attentive, et trouvait un écho en lui à tout ce qu'il disait. Oui, il comprenait vraiment bien ce garçon, et il appréciait beaucoup son mode de pensée. Heureusement qu'il ne s'était pas borné plus longtemps à le détester sans raison, il aurait perdu une belle amitié sinon.

Gabriel avait finalement fini son assiette du plat principal lorsque Jorgue termina son explication. Le blondinet put alors poser ses couverts et prit une inspiration. Il était d'accord en tout point aux paroles de son ami, il ne savait pas trop quoi ajouter.

" - Tu sais, je crois que l'Eglise est un gros tas de collabos et qu'elle n'a rien à imposer à qui que ce soit. "

Les paroles de Gabriel était dures, mais il avait pu voir ça de ses propres yeux : dans cette région française d'où il venait, les nazis avaient été accueillis à bras ouvert, la police locale les avait même aidés à arrêter ses parents, et lui-même. Alors oui, il haïssait le monde de l'Eglise d'une force considérable. Pour lui, tous ces hommes et toutes ces femmes n'étaient pas des messagers de Dieu mais des traîtres à la cause humaniste.

" - Tu as raison... et puis, je ne vois pas pourquoi on devrait être plus forts que les adultes. Eux-mêmes se laissent aller à de nombreuses faiblesses dans ce monde pourri, pourquoi devrait-on s'interdire quelques faiblesses nous aussi ? On se bat déjà plus fort qu'eux rien qu'en étant ici... "

Gabriel réalisa en disant cette phrase qu'il était en colère après tous les adultes qui ne faisaient rien contre les nazis. Pourquoi des enfants innocents devaient-ils se sacrifier pour sauver l'Europe du nazisme ? Ce n'était pas plutôt le rôle des adultes, de protéger les enfants ? Le blondinet fit la grimace : il n'était pas pressé de grandir. Il ne voulait pas devenir, lui aussi, une de ces personnes passives et inutiles, qui laissaient le mal infecter leur monde. Lui serait un enfant héros, et il ne deviendrait jamais adulte : son âme était trop pure pour devenir adulte.


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Jorgue Puedos
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MessageSujet: Re: Amis, ennemis ? [Jorgue]   Jeu 3 Avr - 23:06

Les paroles du petit Gabriel étaient sévères pour l’Église, et c’est un laïc qui le disait ! La première qualification de l’organe religieux me semblait un raccourci un peu facile, mais la deuxième partie était, à mes yeux, tout à fait justifiée par contre.

« Certains des catholiques sont en effet ce qu’on appelle des collabos. Ils ont une idéologie proche de l’extrême droite, à savoir que tout ce qui est “étranger” n’a rien à faire dans leur quotidien bien confortable. Je crois que selon eux, seul Dieu est encore digne sur cette terre “où la décadence règne”. Mais ils n’ont rien compris, ni à la vie, ni à la religion. Qu’ils restent seulement bien cloîtrés chez eux, pour que personne ne les déranges et pour qu’ils nous foutent la paix. »

J’avalai une bouchée avant de continuer… J’avais déjà bien avancé en l’écoutant parler.

«Néanmoins, je suis sûr que parmi tous les catholiques, il y a quelques résistants. Si leur moteur d’action est Dieu, tant mieux pour eux ! Je ne partage pas ce moteur-là, mais en ces temps, tout est bon à prendre pour combattre ce fléau qu’est le nazisme. Et là où je suis tout à fait d’accord avec toi, c’est de dire que l’Église ne peut nous obliger à rien. Si ça nous aide, tant mieux, sinon, qu’on nous laisse tranquille avec Jésus-Christ ! »

Dernière fourchette, avant de repousser mon assiette et de continuer.

« Les adultes sont compliqués, et je ne les comprends pas d’avantage que les Évangiles. Je suis curieux, je regarde, j’observe, j’essaye de comprendre. Mais j’en reste distant tant que possible, tout en m’efforçant de le rendre un peu meilleur… C’est un peu naïf, mais si chacun y mettait du sien, les progrès qu’accomplirait l’humanité seraient juste incroyables ! »

Les progrès que devaient faire l’humanité… Voilà un sujet bien délicat, dans lequel il valait mieux ne pas toujours s’embarquer !
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MessageSujet: Re: Amis, ennemis ? [Jorgue]   Lun 2 Juin - 19:15

Gabriel avait un avis très tranché sur la question du monde religieux aujourd'hui, et pour une fois il n'avait pas peur d'exprimer son avis. Il ne pouvait pas parler comme ça à une personne croyante, ça n'était pas accepté socialement, alors la plupart du temps il modérait ses paroles ou gardait ses réflexions pour lui. Mais il sentait Jorgue particulièrement ouvert, et il savait qu'un laïque ne pouvait pas le juger pour ses opinions religieuses. Il n'aurait jamais imaginé, il y a quelques jours de cela, avoir une conversation aussi libératrice avec Jorgue. Son ouverture d'esprit était agréable et apaisante, il se sentait vraiment bien dans cette discussion et songeait à présent qu'il aurait du mal à se passer d'un ami pareil... quel revirement rapide !

Gabriel acquiesçait en opinant de la tête tout en finissant son assiette. Il n'avait rien à ajouté à cette première tirade de Jorgue, il était d'accord en tout point avec cela. Il était aussi content de voir que ce garçon à l'allure parfaite et bien rangée était également capable d'avoir des mots assez crus et des phrases spontanées, ce qui infirmait totalement la première image qu'il s'était faite de lui.

Gabriel avait terminé son assiette et écoutait Jorgue d'une attention parfaite, quasi-religieuse. Il approuvait tout ce qui sortait de la bouche du jeune homme, et il appréciait beaucoup sa répartie ainsi que son sens du bien. C'était particulièrement ce dernier point que Gabriel cherchait chez ses amis et connaissances : lui qui avait peur d'avoir perdu le bien qui était en lui autrefois, il était obsédé à l'idée de s'entourer de gens de biens qui pourraient éventuellement déteindre positivement sur lui... comme s'il avait besoin d'autrui pour se retrouver lui-même, car le contact de l'humanité est indispensable pour rester humain. Il finit par sourire à Jorgue, car son discours le touchait au plus haut point.

" - Je ne pense pas que ça soit si naïf. A notre âge, si on ne pouvait rien faire pour améliorer le monde, pourquoi serions-nous ici ? C'est dans ce but que l'institut a été créé et c'est pour ça qu'on en fait partie : on est soutenus par le gouvernement de ce pays, ça signifie bien qu'on a un vrai rôle à jouer et qu'on peut faire la différence... en tout cas j'ai besoin de croire à ça. J'ai pas envie de vivre dans ce monde, j'aspire à mieux que ça pour mes années futures."

Il savait qu'il n'était qu'un enfant, et qu'il ne pourrait se construire dans tant d'horreur. Il avait besoin de paix et d'humanité, et il connaissait déjà la phrase "sois le changement que tu veux voir dans ce monde". Il était certainement trop jeune pour tout ça, mais quand la vie te projette trop tôt dans l'horreur des adultes, la seule solution est de s'y habituer pour y faire face...

Gabriel avait le ventre bien plein et n'avait plus faim pour manger autre chose. En regardant l'heure, il se rendit compte que cette discussion les avait emmener bien plus tard que prévu ! Les cours n'allaient pas tarder à reprendre pour lui. Il se leva et regarda Jorgue avec un regard pétillant d'une amitié nouvelle.

" - Ca m'a fait plaisir de discuter avec toi Jorgue. J'espère qu'on aura l'occasion de se recroiser comme ça. "

Il lui tendit la main en signe d'amitié, dans l'idée de lui serrer bien fort en signe de remerciement. Il ignorait s'il allait la saisir ou non, mais dans tous les cas il ne pouvait plus trop traîner au réfectoire et se dirigea vers la sortie moins d'une minute plus tard.


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Jorgue Puedos
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MessageSujet: Re: Amis, ennemis ? [Jorgue]   Mer 11 Juin - 22:00

Si, c’était naïf… Mais je ne voulais pas le décevoir. La réalité était déjà assez dure comme ça. Peu de jeunes de mon âge en avaient conscience – bien sûr avec la guerre, c’est un peu différent – mais comprendre combien le monde est moche et désespérant, à cause du nombre incroyable de gens minables, immatures, sans cervelles…

Je crois que le comprendre à l’âge adulte n’est déjà pas chose aisée. Mais durant son enfance, c’est encore pire. La guerre forçait les choses, alors on se disait qu’après ça irait mieux… Mais ceux qui avaient eu cette conscience avant les autres, avant l’âge normal pour la ressentir, ils se sentaient terriblement seuls, isolés.

Or de son temps, or de la société, trop différent pour trouver une place, c’est ce que je ressentais bien trop souvent. D’où mon calme absolu d’ailleurs. Je préférais ne pas trop m’afficher pour ne pas avoir à souffrir encore plus. Je regrettais amèrement mon innocence si vite perdue. Pourquoi ? Pourquoi avait-il fallu que ça vienne si tôt, couper ma délicieuse enfance ?

À MIS, heureusement, c’était tellement différent. Les autres avaient conscience de la bêtise humaine. Mais ça ne me donnait pas espoir en un monde meilleur.

J’étais las, las et fatigué. Parfois, j’avais juste envie d’en finir avec ce monde de merde.

Mais tout ça, je ne voulais pas le lui dire, c’était trop tôt, et je n’avais pas envie d’être responsable de douleurs supplémentaires que le blondinet devrait porter toute sa vie…

Gabriel regarda la montre qu’il portait à son poignet. Moi je n’en avais pas, donc je levai ma tête vers l’horloge du réfectoire. 13h10. Il était grand temps de foncer en classe. Je sortis mon emploi du temps pour voir quel cours j’avais maintenant : russe. J’aimais bien cette langue.

On se leva, et c’est un tout autre Gabriel qu’au début de la conversion qui me tendit une main que je saisis volontiers, comme une sorte de gage de notre nouvelle amitié.

« Ça m’a fait fort plaisir aussi, Gabriel. J’étais sûr que t’étais un chouette gars, dans le fond. »

Puis, nous sortîmes du réfectoire et nos chemins se séparèrent.
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Amis, ennemis ? [Jorgue]

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