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 Aaron Janow

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Aaron Janow
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Date d'inscription : 25/01/2014

Carnet de bord
Unité: B
Âge du personnage: 10 ans
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MessageSujet: Aaron Janow   Sam 25 Jan - 12:11


Aaron
Janow


© Lana
• NOM : Janow
• PRÉNOM(S) : Aaron
• NÉ(E) LE : 17 août 1932
• À : Oslo, Norvège
• AGE : 8 ans
• NATIONALITÉ : Norvégienne (père) et Espagnole (mère)
• TYPE DE PERSONNAGE : Agent
• UNITÉ : B

• POIDS : 23 kg
• TAILLE : 1m20
• CORPULENCE : maigrichon
• COULEUR DES YEUX : bleu clair
• CHEVEUX : Ni courts ni longs, aubruns
• AUTRE :

Aujourd'hui, j'ai dû me dessiner à l'école. C'était nul, en dessous de tout ce que je rêve d'apprendre. Mais je l'ai fait quand même. Le garçon, sur mon dessin, a la peau orange, parce qu'ils n'avaient pas la bonne couleur. Mais pour de vrai, ma peau est très claire. Il a les yeux d'un bleu très clair, mais je n'ai pas réussi à les colorier comme il faut. Parce que quand il y a du soleil, on voit comme des paillettes dorées dedans. Par contre, pour les cheveux, ça n'a pas été difficile. Les miens sont noirs, presque brun ébène sous la lumière. Ils ne sont pas tout courts, mais pas très longs non plus. Le nez, lui, est complètement raté. Je n'ai pas réussi à le faire petit et un peu retroussé. Il me donnerait un air rieur si mes yeux n'étaient pas si sombres et ma bouche si serrée. Je suis petit et mince, même si ça ne se voit pas forcément sur un dessin de vingt centimètres. J'ai parfois la mauvaise habitude de me ronger les ongles. J'ai dessiné un t-shirt, sauf que c'est faux, parce que je porte toujours des manches longues. Pour masquer mes cicatrices sur les avants bras, et parce que la Norvège n'est pas un pays très chaud. J'ai des doigts longs et minces, même si je ne suis pas toujours très habile avec. Peut-être que ça serait pratique pour faire la musique, mais je n'ai jamais pu essayer. Je souris peu, même si j'ai essayé de faire sourire mon dessin, pour faire plaisir à la maîtresse. J'ai une dent cassée, il en manque un petit bout. Mais vu que j'ouvre peu la bouche, personne ne le remarque. Et ça m'arrange, parce que je ne veux pas répondre à des questions la concernant. Et si on me le demande, je réponds que je suis tombé dans les escaliers, même si je déteste mentir. J'ai des petits pieds minces, et ce n'est pas toujours facile pour trouver des chaussures qui me vont. En général, elles sont trop grandes, avec les lacets à moitié défaits et j'ai la mauvaise habitude de traîner des pieds. J'ai dessiné les pieds tournés vers l'extérieur, mais je marche plutôt en dedans, malgré que le médecin a dit que ce n'était pas très bien pour ma croissance. Mon moi dessiné est debout, parce que c'était le plus simple à faire. Du coup, on ne voit pas que, quand je suis assis, je remonte mes jambes jusqu'à ce que mes talons soient tout près de moi, que mes genoux soient tout pliés et que mes cuisses frôlent ma poitrine. Je ne sais pas pourquoi, mais j'aime être comme ça, même quand on me gronde parce que je mets mes chaussures sur les chaises.



• PHOBIE :
Aaron a peur de l'eau. Même la douche est un supplice pour lui. Il a l'impression que l'eau va lui transpercer la peau, s'infiltrer dans ses poumons, le faire suffoquer. Il sait bien qu'un jour, il va devoir vaincre cette phobie. Il sait aussi que, pour l'instant, il n'est pas prêt à en affronter la raison. Du coup, il a peur de la session d'entrainement. Parce qu'il sait bien qu'on va le forcer à se confronter à de l'eau, et il est mort de trouille à l'idée de ce qui pourrait en ressortir.
Il a aussi peur de faire confiance, tout comme il a peur que quelqu'un lui accorde sa confiance. Parce que c'est le premier pas vers une relation plus sérieuse, et que qui dit relation dit attachement. Et il a trop peur de perdre encore quelqu'un pour pouvoir prendre le risque de s'attacher à quelqu'un. Il lui arrive toutefois de se questionner. Cela vaut-il la peine d'aimer quelqu'un, si cette personne risque de vous être arrachée ? Il aimerait bien trouver une réponse à sa question, mais personne ne lui en a encore donné la clé.

• CARACTÈRE :

À première vue, Aaron est un garçon étrange. Sombre, caché derrière ses cheveux, il ne parle que très peu, et toujours d'une petite voix à peine audible. Ne lui demandez pas de répéter plus fort si vous avez compris, vous ne ferez qu’augmenter son ressentiment envers vous. Il baisse souvent la tête, ou croise les bras. Il tire aussi régulièrement sur ses manches, ce qui est probablement une sorte de tic. Mais ce qu'on pourrait prendre, à tort, pour de la timidité n'est que de la peur. Peur de s'attacher, parce que peur de perdre quelqu'un de plus. Si vous parvenez à gagner sa confiance, et ça ne sera pas facile, vous aurez tout d'abord de la peine à voir la différence. Il restera secret et continuera à parler peu. Mais cette fois, ça sera parce qu'il lui faudra un peu de temps pour admettre qu'on veuille bien prendre le soin de le connaître. Finalement, si vous avez la chance d'être son ami, ne croyez pas que vous allez découvrir un garçon extraverti qui respire la joie de vivre. Mais vous pourrez avoir de longues discussions très intéressantes avec cet enfant plein de connaissances dans tous les domaines. Il vous fera peut-être lire quelques-unes de ses compositions. Sachez quand même qu’il n’a jamais eu d’amis, et pourra donc se montrer maladroit en voulant vous faire plaisir. Si cela vous arrive, ne relevez pas, s’il vous plait. Toutefois, je ne peux rien vous promettre, puisque moi-même, Tanja, je n'ai pas eu la chance de pouvoir être assez proche de lui. Alors je vous en prie, prenez la peine d'essayer de mieux le connaitre. Il vaut vraiment le détour.
C'est aussi un enfant têtu, qui refusera de faire quelque chose tant qu'il n'aura pas compris pourquoi il doit le faire. N'espérez pas lui donnez des ordres à la légère, il ne se laissera pas faire. En effet, malgré son apparente fragilité, il dispose aussi d'une grande force. Il lui en a fallu beaucoup pour traverser sa vie, et il en aura probablement encore besoin. Nombres d'enfants auraient été brisés par la vie qu'il a eue. Je ne dis pas qu'il s'en est sorti sans cicatrices, autant physiques qu'intérieures, mais il est toujours là. Je regrette de ne l'avoir jamais entendu rire mais d'avoir vu si souvent des pleurs silencieux sur son visage. Je regrette qu'il ait dû grandir si vite. Il aurait mérité d'avoir une enfance.


Un seul regard

Un jeune homme se promenait dans les couloirs de son école. Beau sans être séduisant, aimable sans pour autant se laisser faire, intelligent mais pas suffisamment pour faire la risée de ses camarades. Un type comme des centaines d'autres, en fait. Sa sacoche sur l'épaule se balançait au rythme de ses chaussures lustrées qui claquaient sur le sol, ralenties par sa conversation avec sa bande de copains. Ils avaient cours d'allemand et n'étaient pas pressés d'y arriver. Et de toute façon, ils étaient là de leur plein gré. Les professeurs pouvaient être virés sur un simple ordre de leurs parents, pour autant qu'il y ait une raison valable.
La bande d'adolescents croisa le groupe des boursiers. Seuls étudiants sans le sous, ils ne devaient leur place ici que grâce à leurs compétences. Risée de tous les autres, ils ne s'y mêlaient pas, préférant rester entre eux. Mais l'une d'entre eux avait pris un peu de retard sur le groupe car elle avait oublié de ses cahiers. Une jeune fille aux cheveux noirs de gai contrastant avec le blond si typique du nord. Elle courrait pour rattraper ses amis, sans prendre garde où elle mettait les pieds.
Elle lui rentra dedans.
Sans oser relever la tête, alors que les conversations du couloir s'étaient transformées en un gigantesque éclat de rire, elle ramassa ses affaires éparpillées et tenta de se relever tant bien que mal. L'adolescent riait, comme ses camarades, se moquant de la pauvre maladroite. Elle leva les yeux, juste avant de se retourner. Croisa les siens. Brun ébène dans bleu azur. Le regard ne dura qu'une fraction de seconde. Il perdit son sourire narquois, elle sentit nettement le rouge quitter ses joues.
En un bref instant, ils surent.
Je suis né dans ce regard.

Un plus un

Mon âme a peut-être choisi quels seraient ses parents des années avant que je vienne au monde, il en a fallu plus que ça.
Des années de luttes, pour que ma mère soit acceptée par la famille de mon père. D'abord les cachettes, puis l'argumentation. Et la défaite. Caleb a eu le choix. Sabina, ou sa famille. Il ne l'a pas laissé tomber. Leur amour suffisait à les combler jusqu'à ce soir-là. La perspective de le donner plus loin. De prouver que un plus un peut faire plus de deux.
Vingt minutes de plaisir intense. Neuf mois de joie et tristesse, douceur et douleur. Et quelques heures de souffrance. Mortelles. Je suis né dans un dispensaire d'Oslo. Dans des conditions primaires. Ma mère n'a eu qu'une serviette, une bassine d'eau chaude et la main de mon père. Elle n'y a pas survécut.
Un plus un faisait bien deux, tout compte fait.

Un long apprentissage

On aurait pu penser que mon père allait reporter son amour pour elle sur moi et me gâter. Empêcher qu'il m'arrive quoi que ce soit, me surprotéger, afin qu'elle ne soit pas morte pour rien. Mais il a fait l'inverse. Il avait trop peu d'argent pour engager une nourrice, alors je l'accompagnais à son travail. Au port. Il y travaillait sur le chantier naval, disgracié de sa famille. À deux ans, je savais ce qu'étaient une amarre, une épissure, un cabestan, un capelage et un calfatage. J'avais le pied marin avant de savoir courir. Mais j'avais beau être constamment dans ses pattes, mon père ne me portait qu'une attention de surface. Tout juste m'adressait-il la parole une fois par jour. Il ne se préoccupait pas de savoir si j'avais froid, faim ou mal. Il se tuait à la tâche, et nous ne rentions à la maison que lorsque le port était redevenu presque silencieux. Qu'il fasse nuit tout le temps, en hiver, ne l'empêchait pas de travailler. J'étais connu de tous les gens du port, de tous les marins, comme le "P'tit mousse".
À quatre ans, j'ai commencé l'école. J'y allais seul, et retrouvais mon père au port après. Mais j'ai vite trouvé ça ennuyant. La seule chose qui m’intéressait, c'était d'apprendre à lire. Et dès que j'ai su, j'ai dévoré tout ce qui me tombait sous la main. Livre de nœuds marins, de cuisine, dictionnaire ou manuel d’entretien d'un moteur et même la Bible, tout y passait. Et je retenais presque tout. Bien entouré, ce don aurait peut-être pu servir. Mais les cours allaient trop lentement, je m'ennuyais, ne suivais pas, et me retrouvais avec de mauvaises notes.
Au port, j'entendais de toutes les langues. Du coup, je baragouinais en allemand, anglais et français, puisque que c'étaient les langues apprises à l'école. Mais j'avais aussi des rudiments d'espagnol, d'italien et je savais même quelques mots de russe et d'arabe, à force d'écouter des matelots crier.
Il se passa deux années comme ça. Certains soirs, je pleurais en silence. Maudissant le ciel de m'avoir fait orphelin. Je manquais d'amour, de compagnie. À l'école, puisque je sentais l'huile de vidange et que j'étais trop intelligent, je n'avais aucun ami. La solitude me pesait, mais je m’efforçais de ne pas le montrer. À chacun de mes anniversaires, mon père était encore plus abattu. Il me semblait que chaque année, ses cheveux blonds devenaient plus blancs, ses traits se creusaient et son dos se courbait. Il laissait pousser sa barbe.
J'aurais tout donné pour dix minutes de rigolades, de conversation ou de câlins avec lui. Mais il était désespérément distant. Absent.

Un souffle

Les seuls moments où une étincelle dansait malgré tout dans ses yeux étaient les dimanches. Le matin, il m'emmenait à la messe. J'écoutais les cantiques sans en comprendre les paroles, trop déformées par l'écho. Pendant une heure, nous entendions le prêtre parler de miracles, de résurrections et de vie après la mort. À la fin de chaque cérémonie, nous allions dans la chapelle dédiée à Marie. Là, près du tabernacle, mon père glissait une petite pièce dans une urne, avant de prendre une petite bougie et de l'allumer sous la statue d'une mère portant son enfant. Il murmurait doucement une petite prière. Et, à chaque fois, juste avant de prononcer le "amen" qui allait clore sa demande, une lueur d'espoir baignait ses yeux. Pendant un instant, il n'était plus un automate qui travaillait inlassablement mais un veuf brisé par la perte de sa femme. Mais rien ne se passait. Nous sortions du bâtiment froid, lui les épaules toujours plus voutées, moi désespéré de le voir un jour retrouver le sourire.
Le dimanche après-midi, un autre aspect de sa personnalité ressortait. Il faisait la tournée des bars, dépensant le peu d'argent qui restait de la semaine. Plus les chopes se vidaient et plus la douleur disparaissait de son visage. Mais elle était remplacée par un sentiment que je ne comprenais pas. Ses traits se détendaient et se durcissaient à la fois. Le sang injectait ses yeux, ses mains devenaient tremblantes. Et, lorsque la fin de la journée arrivait, il s'attablait chez nous, une bouteille d'un liquide ambré et une photo aux coins écornés devant lui. À ce moment-là, je disparaissais dans le placard qui me servait de chambre, peu désireux de le voir si affaibli.
Mais seul un rideau séparait mon lit du reste, et je l'entendais sangloter, prostré dans mon lit, jusqu'à ce que Morphée vienne me délivrer. Sauf qu'un soir, ses bras m'oublièrent. Je luttais pendant une éternité contre mes couvertures, avant de décider de me lever, pour aller chercher un verre d'eau. Cela faisait quelques minutes que les pleurs de mon père s'étaient tus et j'espérais le trouver endormi. Mais il était juste assis, le dos voûté, et fixait le mur d'en face. La bouteille était vide. Je marchais discrètement jusqu'à l'évier, me mis sur la pointe des pieds pour atteindre le robinet. En entendant le bruit de l'eau contre le fond métallique, mon père sursauta et sembla prendre conscience de ma présence. Pendant un instant, il sembla surprit pendant un instant puis la rage s'empara de ses traits.
- Qu'est-ce que tu fous là, toi ?
Sa voix était traînante, comme s'il avait la langue pâteuse. Mais la colère dans son ton était nettement perceptible, et je me figeais. Je ne l'avais jamais vu comme ça.
- Tu n'aurais jamais dû naître, sale meurtrier ! Je...
La fureur le rendait méconnaissable. Je me mis à trembler, mes jambes refusant toujours de m'obéir. Il se leva, sa chaise raclant bruyamment le sol. Sans un mot, il s'approcha de moi et saisit mon menton. Il me détailla, comme s'il n'avait jamais vu mes traits auparavant.
- Et en plus, tu as ses yeux.
Sa voix s'éteignit dans un sanglot. Une larme se détacha du coin de mon œil droit et roula sur ma joue, messagère de toutes celles que je retenais.
- Pourquoi tu pleures ? Tu ne mérites pas cette vie !
La tristesse, qui pendant un instant semblait avoir calmé la rage disparut dans un souffle de son visage, et il me fixa à nouveau. Les yeux brouillés de larmes, je ne distinguais plus vraiment ses traits, mais son haleine alcoolisée me frappa de plein fouet. Ses doigts crispèrent leur prise sur mon menton.
- Je... Je te hais !
Il me lâcha et se retourna. Une convulsion lui souleva les épaules, et il me fit face à nouveau.
- Disparais ! Je ne veux plus te revoir !
Il m'asséna une claque de toute sa force. Le sang se mêla aux larmes sur mon visage meurtrit. Mes oreilles se mirent à siffler, et je n'entendis pas la porte d'entrée claquer derrière lui. Mais la douleur physique était supportable. La marque cuisante de sa main sur ma joue allait disparaître. Le souvenir de son visage haineux, la blessure de ses mots et la souffrance qui me déchiraient le cœur risquaient de durer plus longtemps. Je le haïssais. Il n'avait pas le droit de dire des choses pareilles, même pas le droit de le penser. Il ne devait pas me toucher. Il avait regardé mon cœur déjà bien amoché, avait achevé de le briser, et maintenant, je me coupais avec les morceaux.

Un dernier instant

Il semble parfois plus facile de faire semblant que tout va bien, plutôt que de demander de l'aide.
À l'école, le lendemain, pour justifier ma joue tuméfiée, le sang séché sur ma pommette, mes lèvres triplées de volume et ma dent cassée, je dis que j'avais raté une marche dans les escaliers. La maîtresse n'eut pas vraiment l'air d'y croire, mais elle ne fit aucun commentaire. La journée se déroula sans heurts, mais je n'écoutais pas le discours soporifique des enseignants. J'étais trop occupé à analyser ce qui se passait en moi. J'avais mal. C'était un fait, et pas seulement au visage. Non. J'avais mal de ce type de blessures qui ne guérissent jamais. Mais je ressentais aussi un mélange de haine, de désespoir et de colère. Colère contre mon père. Cet homme, qui ne faisait de déplorer ce qu'il avait perdu, au lieu de voir ce qu'il lui restait. Je le détestais de toute mon âme d'enfant.
Mais j'avais beau rêver de ne plus jamais le revoir, ma majorité n'était que dans douze ans, et je me dirigeai tout de même vers les docks à la sortie des cours. J'avais pris un livre plus gros que mon bras à la bibliothèque, et j'allais me réfugier en haut d'un échafaudage pour lire en paix, sans avoir à lui parler. Le chantier avait été abandonné, faute d'argent, et je savais que j'allais y être tranquille. Le livre était sur les mathématiques appliquées. Les formules dansaient devant mes yeux, bien trop compliquées pour que je les comprenne. Mais, à défaut d'en saisir le sens, chaque lettre, chaque chiffre, chaque virgule venait se graver dans mon esprit. Peut-être en aurai-je besoin plus tard, et, dans ce cas, elles seraient là, intactes. Un génie, comme ceux qui existent dans les romans, aurait sans doute tout compris du premier coup. Un gamin normal, lui, n'aurait sans doute jamais ouvert un livre pareil. Alors qu'étais-je ?
Cette question, pourtant existentielle, je n'aurais pas dû me la poser avant des années. C'est quand on grandit, que la voix change et que des poils commencent à pousser, que l'on se questionne. J'avais lu ça quelque part, les adultes appellent cette période l'adolescence. Je n'y entrerai pas physiquement avant au moins autant d'années que celles que j'avais déjà vécues, mais la vie ne m'avait pas laissé cette chance. Trop jeune pour être ado, trop mature pour être enfant, trop naïf pour être adulte et trop meurtrit pour être vraiment innocent.
Un claquement sec, suivit d'un grand fracas et d'un hurlement de terreur me tira de mes réflexions. Je mis une fraction de seconde à en trouver l'origine. Le dernier instant de ma vie pendant lequel je n'étais finalement qu'un enfant meurtrit qui avait dû grandir trop vite, mais avec un lambeau d'innocence persistant.
Je vis l'agitation, le petit groupe qui se formait autour d'une forme à terre. Et le sang. Je sautai au bas de l'échafaudage d'un mouvement souple, abandonnant mon livre sur le métal poussiéreux et courrai vers l'attroupement. Une terreur sourde me broyait la poitrine, sans que je ne sache de quoi elle venait. Ou plutôt si, au fond de moi, je savais. Comme lorsqu'une mère tourne la tête une fraction de seconde avant de voir son enfant tomber, ou quand un mari ressert sa prise sur la main de son amour juste avant qu'elle ne trébuche. Je savais. Mais je me refusais le droit d'assimiler, tant que je n'étais pas sûr. Je devais le voir. L'entendre. Le toucher. Je me faufilai entre les jambes des badauds aux voix affolées, la respiration de plus en plus fuyante.
Je le vis.
Une palette d'une demi-tonne sur le torse. Ses yeux affolés cherchaient en vain un point sur lequel se poser. Ils trouvèrent les miens, s'y fixèrent. Pendant un bref instant, le soulagement, puis le bonheur y chassèrent l'effroi, avant qu'ils ne s'éteignent, laissant ses pupilles vides fixer le néant. Il mourut dans un souffle, heureux de retrouver sa femme.
J'étais orphelin.

Réalité inéluctable

J'étais assis au bord de l'eau. Les jambes pendantes dans le vide, je les balançais alternativement, mes talons tapant le béton du quai. Je fixai le mouvement indolent des vagues qui, après s'être brisées contre la digue et la coque des bateaux amarrés là, venaient mourir à mes pieds.
Mourir.
La mort. Cette réalité si terrible. Inéluctable.
La naissance n'est que le premier pas vers la mort, avais-je lu un jour.
La plupart des enfants l'ignore encore, une partie des ados la provoque, la majorité des adultes fait comme si elle n'était pas pour eux, les vieux supplient de leur laisser un jour de plus, ou au contraire, de les emmener. Seuls les sages vivent avec, sans la considérer comme un poids, mais au contraire, en tenant compte de sa réalité pour mieux vivre ce qui leur reste.
Je n'étais pas un enfant, pas encore ni adulte ni vieux. La sagesse ne s'acquiert qu'avec l'expérience que mon âge m'interdisait d'avoir. La mort n'était pour moi qu'un poids, tranchant au hasard de son chemin, emportant injustement proches et amants. Les derniers mots que m’avait dits mon père, ces mots de haine, et la rage que je ressentais au moment de sa mort ne faisaient que me détruire un peu plus. Je le haïssais, pour m'avoir abandonné, même si je savais que ce n'était pas sa faute. Pour m'avoir frappé. Pour m'avoir privé d'un "papa". Je me haïssais. Pour ne jamais l'avoir réveillé. Pour m'être caché, au lieu de me battre. Pour l'avoir haït, et le haïr encore.
Il ne faut pas toujours tourner la page. Il faut parfois la déchirer, la plier en quatre et la mettre dans sa poche. Ou la brûler. Ou la faire baigner dans l'eau, pour en laver l'encre et réécrire une nouvelle histoire dessus. Mais étais-je prêt ?
Un marin vint s'asseoir près de moi. Le témoin, au mariage de mes parents. Un ami ? Il resta les bras ballants, et prit plusieurs inspirations dans le vide, sans vraiment savoir quoi dire. Ou par où commencer.
- Je le hais.
Je m'en voulu pour le tremblement de ma voix. Ce n'était pas vrai. Pas entièrement.
- Ne... Ne dis pas ça, petit. Tu le regretteras. Ton père était un homme respectable, qui a beaucoup souffert.
Des excuses. Encore.
- C'est pas une raison. Moi aussi, j'ai souffert. Je souffre. Il... Il aurait dû me protéger. Je...
Un sanglot me coupa la parole, et je me mis à pleurer en silence. Les larmes sur mes joues lavèrent le sang séché. Quand il avait rendu son dernier souffle, je m'étais jeté sur lui, incapable d'admettre l'inconcevable. Je l'avais secoué, maculant mes habits et mes mains de son sang. Ce sang qui coulait aussi dans mes veines. J'avais hurlé, pleuré à l'injustice. Me moquant d'avoir l'air pitoyable ou ridicule. Et maintenant, je ne savais plus quoi faire.
Ni même quoi penser.

1. Néant

Une coque vide, un enfant trop tôt détruit
Bousculé par des vents, meurtrit par des tempêtes
Bien trop puissants pour qu'il s'en sorte sans autrui
Si seulement quelqu'un lui caressait la tête

Il est mort en dedans, ne peut plus ressentir
Colère et désespoir, injuste destinée
Prodige promis à un brillant avenir
Mais tout autour de lui, la mort s'est approchée

Fauchant dès sa naissance une femme adorée
Par son mari au cœur brisé à cet instant
À l'âme libérée avant dans l'accident

Seul au monde à présent pour affronter la vie
L'eau s'engouffre dans ses poumons, il fait noir
Il a sauté dans l'eau, ne voyait plus d'espoir

La routine, encore et toujours

Je passai quelques semaines dans un foyer, dont je ne gardai aucun souvenir. J'étais toujours absent. Un homme assis derrière un bureau me demandait, hebdomadairement, de faire un dessin. Je ne faisais que colorier la feuille en noir. Vide. Le marin posa une demande d'adoption. Les orphelins étaient masses, et elle fut acceptée sans aucun contrôle particulier. Je changeai donc d'endroit, sans pour autant y prêter attention.
Mais j'avais beau être déconnecté, ne rien ressentir du matin au soir, m'obligeant à ne penser à rien, le regard étrangement fixé dans le vide, l'enfant en moi avait beau être meurtrit, réduit en miettes, il était toujours là. Petit à petit, je repris conscience de ce qui m'entourait. De ce qu'il y avait dans mon assiette, de ce qu'on me mettait comme habits, des draps rêches contre ma peau la nuit. Je continuais de me taire.
Tous les jours se déroulaient de manière identique. Chaque matin, la femme du marin, Tanja, venait me réveiller avec une tasse de thé brûlant et une tranche de pain. J'avais droit à du beurre le dimanche. La journée, je restais assis de longues heures sans rien faire. L'après-midi, j'allais au marché avec Tanja ou au parc. Et le soir, nous mangions de la soupe, tard, quand son mari rentrait du boulot. Routine.
Je n'allais plus voir le monsieur derrière son bureau. Mais je repensais parfois à son dernier conseil. Il m'avait offert un carnet et un crayon. Il m'avait dit d'écrire. Pour moi.
Alors un jour, au lieu de rester assis à fixer le vide, je pris le crayon et le cahier et je m'assis à la table à manger. Je lus un éclair de surprise dans les yeux de Tanja, mais elle ne souleva pas mon comportement inhabituel. Et la routine reprit son court, moi qui écrivait, elle qui travaillait en me jetant de temps à autre un regard en coin.

2. Douleur

Quand me taire n'est pas la bonne solution
Mais que pourtant l'effroi m'empêche de parler
Quand mes yeux refusent même de pleurer
Par peur de déclencher bien trop d'émotions

Quand c'est insupportable de ne rien faire
Parce que chacun des cris tus devient pique
Quand la souffrance psychique en devient physique
Sous mes ongles de feu griffant ma propre chair

Ne restent plus que ma gorge toujours nouée
Mes paroles murmurées les nuits au silence
Mes pensées qui tournent en rond en permanence
Et tous ces mots que je garde pour moi, ravalés

Refus

Tanja, lors de ma période à vide total, avait pris l'habitude de s'occuper de moi comme d'un tout petit enfant docile. Elle me bordait le soir et restait près de moi jusqu'à ce que la fatigue gagne le combat contre la douleur. Elle m'habillait le matin, comme elle habillait petite ses poupées de chiffons. Elle me nourrissait, me donnant la béquetée comme à un oisillon tombé du nid. Elle me lavait, passant sur mon corps d'enfant la grosse éponge rugueuse, alors que, debout dans le baquet d'eau savonneuse, je menaçais à tout instant de m'effondrer. Pendant des mois, elle opposa sa douceur à ma douleur. Si elle n'avait jamais réussi à être mère, c'était vraiment dommage. Elle le méritait.
Petit à petit, alors que je reprenais le contrôle de mon corps, elle me laissa faire toutes ses choses, me surveillant d'un œil habile. Elle continuait toutefois à me border et me laver, car j'avais développé une peur panique de l'eau, depuis que j'avais sauté dans la marina. Ce jour-là, alors que je savais parfaitement nager, je m'étais laissé couler. "Heureusement" avaient-ils dit, un matelot m'avait vu et avait sauté pour me sauver.
Alors le jour où je pris l'éponge et fit signe à Tanja de sortir, elle fut surprise. Comme toujours, elle n'émit aucun commentaire et acquiesça. Je détestais toujours autant l'eau. Mais j'avais encore plus peur d'autre chose. La veille au soir, j'avais fait semblant de dormir, pour que Tanja sorte. Et je m'étais rassis sur mon lit. La boule si familière au creux de mon ventre m'étouffait. Ce n'était pas la première fois. Mais cette fois-ci, je ne me laissais pas faire. Peut-être que si j'avais vraiment mal, ailleurs, cette douleur-là abandonnerait. Sous mes ongles, la peau de mon avant-bras semblait si fine. Elle se déchira en quelques coups. Peu de sang coula, même la brûlure était intense. Pour la première fois depuis dix mois, je me sentais vivant. Je ressentais quelque chose. Quelque chose de physique.
Et maintenant, j'avais peur que Tanja découvre les traces.
Pendant tout ce temps, je ne retournai ni à l'école ni à l'église. À la première, j'avais peur de retrouver des regards blessants. Méfiants parce que je ne parlais, compatissants parce que j'étais seul, moqueurs parce que j'étais différent. Tanja me donna des livres, que je feuilletais en apparence, alors que réalité, chaque mot que je lisais se gravait en moi. Peut-être que si j'acquérais trop de souvenirs, "certains" seraient effacés. Pour faire de la place. Nettoyer.
Quant à la messe, je ne voyais aucune raison d'y retourner. Si Dieu avait existé, il aurait fait quelque chose. Il ne m'aurait pas laissé comme ça. Il aurait fait quelque chose pour tous ces orphelins au visage hagard au foyer, ses soi-disant enfants. Il aurait fait quelque chose pour mes parents. Soit il n'existait pas, soit c'était un monstre indigne que je lui accorde encore mes prières et ma confiance.
D'un point de vue extérieur, ils étaient tous ridicules, à vouloir reposer leurs problèmes sur les épaules d'un Dieu sauveur qui ne faisait que les écraser un peu plus. Ils chantaient, priaient, suppliaient, remerciaient pour la moindre miette de pain, alors que d'autres, ailleurs, ont tellement à manger qu'ils jettent les restes. Mon père était croyant, et voilà où tout ça l'a mené.


3. Enfer

Il fait bien sombre au Paradis
Les archanges sont tous partis
En ne laissant derrière eux
Que l'infini vide des cieux

Ils sont tous tombés un par un
Luttant en vain contre un déclin
Celui des hommes, de leurs espoirs
De leurs esprits qui broient du noir

Nature a fini en fumée
À cause d'hommes aveuglés
Et malgré toutes les prières
Aujourd'hui est devenu hier


Fuite

L'hiver fut rude. Et long. J'attrapai une mauvaise grippe, et dû resté alité pendant plus d'une semaine. Tanja s'occupa de moi. Tellement que j'en venais à la trouver étouffante. Ce n'était pas vraiment contre elle. Elle était gentille, mais je n'en pouvais plus de la voir toujours partout. Je savais qu'elle voulait combler ce vide, en moi. Pourquoi ne pouvait-elle pas comprendre que ça ne marchait pas comme ça ?
Je perdis beaucoup de poids, cet hiver-là. Et elle se fit beaucoup de cheveux gris. Mais le printemps finit quand même par arriver, et avec ses températures plus clémentes, je retrouvai des couleurs. Mais un soir d'avril, nous entendîmes de gros bruits. La guerre avait commencé. Un navire fut coulé dans le port d'Oslo. Depuis ce jour-là, chaque matin, Tanja regardait partir son mari avec beaucoup d'appréhension et était sur les nerfs toute la journée. Lorsqu'il revenait enfin le soir, c'était un minuscule soulagement, parce qu'il allait devoir repartir le lendemain. Mais un jour, il revint en pleine journée. Essoufflé, il entra en trombe dans l'appartement et expliqua à Tanja que le gouvernement partait. Ils s'enfuyaient à bord d'un immense bateau. Puis il s'agenouilla face à moi.
- Ecoute Aaron. Ce bateau, c'est ta seule chance. Tu vas venir au port avec moi. Je trouverai un moyen de te faire monter dedans. Tu resteras caché pendant tout le trajet et débarqueras discrètement. Tu seras en Angleterre, en sécurité. Vas à Londres. La ville est grande, et tu es intelligent et travailleur. Je te le promets, tu trouveras quelqu'un qui s'occupera de toi. Tu es d'accord ? Tu me jures de rester caché pendant tout le trajet ? Promets-le-moi !
Je le jurai du bout des lèvres, tout ayant été trop rapide pour que j'ai vraiment pris conscience de ce qui se passait. Il se releva, ébouriffa mes cheveux et m'ordonna de mettre mes chaussures. Sans même me laisser le temps de les lacer, il me saisit la main, jeta un regard désespéré à sa femme et sortit en courant de la maison. C'était la dernière fois que je passai cette porte. Je courrais sur ses talons, dans la direction du port. Il y régnait une étrange fébrilité silencieuse. Des grosses caisses étaient chargées sur le pont, des matelots courraient partout, mais personne ne hurlait des ordres dans tous les sens. Mon père adoptif me fit passer discrètement sur une passerelle à l'écart des autres. En voyant l'eau noire et ses quelques vaguelettes en dessous, j'eus un mouvement de recul. Je ne pouvais pas. Pas sur l'eau. Je refusais d'être entouré de liquide à nouveau. Mais il ne sembla pas le remarquer. Il tira sur mon bras, pour me forcer à avancer. Et que pouvait faire un enfant de huit contre la force d'un marin ? Je posai donc finalement un pied sur le bateau. Puis il prit un escalier minuscule, qui descendait dans le bateau. Je commençai à avoir peur. Qu'est-ce que nous faisions là ? Pourquoi tant de monde ? Pourquoi ?
Il mit un doigt devant sa bouche, pour me signifier de rester silencieux. Comme s'il avait deviné que j'avais des questions plein la tête. Il ouvrit une petite armoire. Si j'avais dû faire une partie de cache-cache, elle aurait fait une cachette parfaite. Mais je n'allais pas devoir me cacher là-dedans, si ? Comme pour répondre à ma question muette, il me fit signe d'y entrer. Je dus me rouler en boule pour tenir dans le petit espace. Puis il me mit un morceau de pain et de fromage, ainsi qu'une petite gourde en métal dans les mains et chuchota :
- Ce bateau va t'emmener dans un endroit sûr. La traversée durera probablement toute une journée, plus une nuit. Ne sors que lorsque les remous du bateau se seront calmés, et que tu n'entendras plus aucun bruit de l'autre côté de la porte. Maintenant, je vais te laisser, d'accord ? Tu me promets de rester calme ?
Je jurai à nouveau, sans relever qu'il m'avait déjà dit tout ça à la maison. Il plaça un billet entre mes mains, avant de reculer, le regard contraint. Il ferma la porte du placard et ce fut la nuit.

4. Nuit

Les vagues frappent la coque du bâtiment
Un vas et viens répété inlassablement
Comme un enfant doucement bercé par sa mère
Le navire qui s'en va, pour fuir cette guerre

Bien caché dans la nuit de son ventre sans fond
Un enfant compte les secondes, se morfond
La berceuse, hurlement, meurtrit ses oreilles
Le grincement du bateau toujours le réveille

Perdu

La traversée fut un cauchemar. Je ne cessai de sentir de l'eau rentrer dans mes poumons, me faisant suffoquer. J'aurais été incapable de dire combien de temps s'était écoulé. Mais quand je reprenais pied pour la millième fois et que seul le silence m'entourait, je me décidai à pousser la porte. Il était hors de question que je reste enfermé dans ce placard minuscule une seconde de plus. Les gonds grincèrent, et ce son résonna dans le couloir vide. Je sortis de ma cachette avec peine, étant tout ankylosé. Je pris l'argent et le pain, que j'avais été trop mal pour manger. Je boitai sur quelques pas, avant que mes articulations ne retrouvent leur manière de fonctionner. Je retrouvai sans peine le petit escalier. L'air frais, bien que chargé de sel, sur le pont, me fit du bien.
Je fermai les yeux, alors que je descendais sur le quai. Mais une fois sur la terre ferme, mon cœur reprit peu à peu son rythme normal. Je me faufilai entre les jambes de marins trop occupés pour me remarquer. Mais, alors que malgré moi, je jetai un dernier coup d'œil en arrière, je heurtai quelqu'un. C'était un homme, grand. Il devait avoir la trentaine. En remarquant ses habits militaires, je pris peur et, lui tournant le dos, me mis à courir dans la direction opposée. Je ne voulais pas me faire arrêter. Je ne voulais pas que l'on remarque mon accent norvégien et qu'on me renvoie là-bas. Je n'avais plus rien à y faire. Je ne savais pas non plus quoi faire ici, mais je connaissais trop de lieu attachés à de la douleur de l'autre côté de cette étendue d'eau.
Sauf que je n'étais pas vraiment en forme. Entre ma perte de force cet hiver, le manque d'exercice, à force de rester enfermé à longueur de journée, et les vingt-quatre heures que je venais de passer serré dans une armoire, trop anxieux pour avaler quoi que ce soit, je ne courus pas bien loin. Quelques centaines de mètres plus loin, je trouvai refuge derrière une pile de caisses immenses qui sentaient la pourriture. Je m'appuyai contre le bois rugueux, pour tenter de retrouver mon souffle. je n'y parvins pas, et me laissai glisser à terre.
Je pris conscience de la précarité de ma situation. J'étais seul, dans un pays dans lequel je ne faisais que bafouiller la langue, avec un bout de pain et un minuscule billet. Je n'avais que huit ans, j'étais un fuyard parvenu ici illégalement. J'étais seul. Tout seul. Je n'avais plus de famille, n'avais jamais eu d'amis. Je me mis à pleurer, et mon souffle se fit encore plus court. Je me couchai sur le sol, roulé en boule autour de ma miche de pain. Des sanglots me déchiraient la poitrine, j'avais l'impression d'étouffer. Je n'en pouvais plus. J'aurais voulu mourir, là, sur le sol froid et humide, l'air vicié entrant à peine dans mes poumons. Je fermai les yeux, resserrai un peu plus ma prise sur mes jambes. Un sanglot de plus de secoua en entier et je suffoquai, incapable de reprendre une inspiration. Mes larmes ne coulaient même plus. Ainsi j'allais mourir comme ça. Après avoir tué ma mère à ma naissance, après m'être tant battu pour vivre, après avoir vu mourir mon père, après avoir survécu à une noyade, après avoir fui mon pays et la guerre. J'allai mourir seul.

5. Mort

Mort, comme les feuilles jaunes en automne
Mort, comme les hérissons au bord de la route
Mort, comme les poissons le matin sur le quai
Mort, comme les mouches dans les toiles d'araignées
Mort, comme les hommes qui partent à la guerre
Mort, comme un bouquet de fleurs coupées
Mort, comme une journée sans soleil
Mort, comme un roman sans romance
Mort, comme un théâtre sans artistes
Mort, comme une église sans fidèles
Mort, comme une vie sans bonheur

Sauvé ?

Mais une main se posa sur mon épaule, alors qu'une autre se glissait sous moi. Quelqu'un avec de grandes mains chaudes me redressa et me pressa contre sa propre poitrine. Je sentais son corps se soulever régulièrement, au rythme de sa propre respiration. Mais je n'y parvenais pas. La mienne restait courte. Je rouvris quand même les yeux, et aperçu une veste militaire. Le même uniforme que celui que j'avais fui un instant au paravent. À moins que ça ne fusse déjà une éternité ? Sauf que là, j'étais trop fatigué pour fuir à nouveau.
Il sortit un sac en papier de sa poche d'une main, l'autre me tenant toujours contre lui. Il fit tomber par terre la pomme qu'elle contenait. Il approcha le sac de mon visage, et maintint les bords autour de ma bouche et de mon nez. Il murmura quelque chose, que je ne pris pas la peine de comprendre. Le sac se gonflait et se dégonflait selon ma respiration. Etonnement, ça me faisait du bien. Elle reprit peu à peu un rythme normal, se calquant sur celle de l'homme. Il éloigna le sac de ma bouche. Je refermai les yeux, étant trop fatigué pour les garder ouverts. Quelques sanglots continuaient à me secouer de temps en temps, mais je sombrai lentement dans un sommeil sans rêves.
Lorsque je repris conscience, j'étais dans un lit aux draps frais. Quelqu'un avait dû prendre la peine de me laver et de me changer, car j'étais en pyjama et mes cheveux sentaient bons. Je gardai les paupières baissées encore un moment, le temps de laisser à mes oreilles le soin de déterminer où je me trouvais. Il y avait une autre respiration dans la pièce. Tout près, sur ma droite. Mais je ne parvins pas à en savoir plus.
J'ouvris donc les yeux, en clignant des paupières pour ne pas me faire éblouir. Un homme me fixait. Non, pas "un" homme. Cet homme. En voyant que j'étais réveillé, un sourire discret éclaira son visage et il se mit à parler en anglais :
- Bonjour... N’aie pas peur, je ne te veux pas de mal. Tu as dormi pendant trois jours. Mais tu es en sécurité ici. Tu peux rester si tu le souhaites, mais il faut que je te prévienne, c'est un endroit un peu spécial, pour des enfants un peu spéciaux...
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Aaron Janow
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Missions effectuées: 0

MessageSujet: Re: Aaron Janow   Dim 9 Fév - 12:47

Alors voilà:

Nom de l'agent: Aaron Janow
Choix des cours:

  • Ma langue maternelle : Norvégien
  • Choix de la nouvelle langue : Allemand
  • Mes deux sports de combat: Judo et Taekwondo
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Kathleen Stevenson
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MessageSujet: Re: Aaron Janow   Mer 20 Aoû - 7:41

Rapport d'arrivée




Nom de l'agent : Aaron Janow
Matricule de l'agent : A1B16

Événement de carrière : Arrivée de l'Agent à l'Institut

Résumé des faits : Le psychologue a trouvé Aaron Janow évanoui devant les portes de l'Institut. La directrice l'a accueilli, lui a fait visiter les lieux. Le lendemain, Janow a passé plusieurs tests.

Remarques & Résultats :
-accueil : Bonnes réactions, a un peu du mal en anglais
-administratif : Papiers signés, nationalité changée
-visite médicale : un peu trop maigre, faible après ce qu'il a enduré. Il doit reprendre des forces et s’endurcir et tout ira bien.
-visite chez le psy : Parle très bas et pas beaucoup. Ses positions corporelles ne correspondent pas à de la timidité, plutôt à de la peur. Il va falloir le rassurer. En manque profond d'affection et de relations amicales. Très intelligent, cherche toujours à comprendre le pourquoi du comment. Peut être gênant lors d'opérations importante, puisqu'il posera systématiquement des questions.
-Test intellectuel : Garçon brillant, écrit très bien, malgré quelques fautes en anglais, qui seront vite corrigées. Se défend également bien en mathématiques et en sciences.
-Test physique : Pas très musclé, fort maigre. Il va falloir endurcir tout ça!

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Aaron Janow

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