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 Elles me planqueront PLUS JAMAIS dans les archives !!

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Soan Knight

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Carnet de bord
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MessageSujet: Elles me planqueront PLUS JAMAIS dans les archives !!   Mar 18 Nov - 20:58



Soan
Knight


« Fighting for you »



© Bells & KeroZen

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THIS IS ME - Identité


« Age »
15 ans
« Sexe »
Masculin
« Date et Lieu de naissance »
11 novembre 1994 in Mackay, Queensland, Australia, Oceania.
« Profession »
Agent
« Tee-shirt »
T-s noir
« Loisirs »
Ils sont tellement nombreux... les principaux sont la guitare, le théâtre et l'équitation.
« Don / Talent »
Des capacités en toutes les matières, mais il excelle en disciplines artistiques.


ONCE UPON A TIME - Histoire - début .
Extrait du journal intime de Soan Knight :

« Mackay, petite ville du Queensland, sur la côte est australienne. J’étais un gamin comme les autres. Tout du moins, je le croyais. Je pensais que tous les parents étaient divorcés, que toutes les mères étaient aimantes et que tous les pères étaient camés. Mon grand frère s’appelait Nicolas, c’était lui qui avait essuyé les plâtres, qui avait connu la séparation de nos parents et qui m’avait protégé de tout ça. Moi, j’étais à peine né, de quoi est-ce que je pouvais me rendre compte… Ma mère était institutrice, elle était très pédagogue et nous élevait comme il fallait. On passait un mois chez elle sur deux. Mon père, il était plein aux as et chômeur. Il nous emmenait dans les rues avec Nicolas, la nuit, il nous présentait ses collègues. C’était la petite soirée sympa au coin des rues, échange de sacs plastiques et de valises, partage de seringues et de briquets. Je trouvais ça sympa, les gens étaient cool avec nous, ils appelaient tous mon père « the boss », ça nous rendait important mon frère et moi. Il avait 6 ans et moi 4 et demi. On était de parfaits exemples d’insouciance et de naïveté. A l’école, on s’ennuyait. Nicolas était assez turbulent, et je le suivais. Mais les instituteurs nous pardonnaient tout, parce-qu’ils connaissaient nos capacités hors du commun et nous respectaient pour ça. On a grandi tous les deux, sans autre cadre ni borne autres de ceux que nous imposait notre mère à juste titre. Très vite, j’ai connu une passion, celle de l’équitation. Ma mère m’encourageait dans cette voie là, elle pensait que ça me canalisait, et encore une fois, elle avait raison. J’adorais le contact de ces petites boules de poils, aussi petites que moi finalement. Les poneys étaient si sensibles, ils apaisaient en moi un sentiment de révolte permanent. A cinq ans, les moments passés à poney où à m’occuper d’eux étaient les meilleurs de ma vie. Mon père riait lorsque je lui racontais mes mésaventures. J’aimais l’ambiance qu’il y avait au centre-équestre. Chaque semaine, j’y passais une journée entière. J’aimais bien le moniteur, il était toujours très sympa avec moi. Il me poussait à me surpasser toujours, et moi j’aimais ça. Il me disait que j’étais un vrai petit champion, et ça me faisait plaisir qu’on me dise ça. Il me donnait des bonbons à la fin des leçons. « Pour mon champion » disait-il.


J’avais cinq ans et demi. Ma mère venait d’être mutée dans une nouvelle école, à Rockhampton, une classe d’élèves en difficultés. Elle entra vite en pleine dépression nerveuse, elle était trop fragile, et les élèves trop turbulents pour elle. Mais elle ne voulait pas démissionner, réussir son travail était pour elle un gage de la réussite de l’éducation de ses enfants. Elle s’affaiblissait, de mangeait presque plus et pleurait souvent. Elle voulait réussir mais s’en sentait incapable. Elle fit un long séjour à l’hôpital, pendant lequel Nicolas et moi, nous vivions chez notre père. A sa sortie de l’hôpital, le juge des enfants décida de nous mettre sous la garde exclusive de notre père. Ma mère n’allait pas mieux, l’hôpital ne lui avait rien fait de bon. La perte de la garde de ses enfants fut le pire pour elle. Cette nuit là, j’avais trop chaud. Je me levai et marchai jusqu’à la plage, là où il faisait toujours frais, avec une petite brise. Je faisais ça très souvent, je passais par la fenêtre et comme mon père ronflait, il n’entendait rien. C’était Nicolas qui m’avait appris ça, mais il était trop grand pour passer par la fenêtre maintenant, alors il ne pouvait plus me suivre. En plus, il dormait cette nuit là. C’était la pleine lune. Sur la plage, je vis ma mère. Elle était en robe de chambre blanche. Elle avait encore pleuré, je le voyais. Je n’osais jamais lui parler lorsqu’elle n’allait pas bien. J’avais peur de dire quelque chose de maladroit et de lui faire du mal. Elle ne me vit pas. Elle entra dans l’eau doucement, sa robe volait avec la brise qui venait de l’océan pacifique. Je me rendais compte ce soir là à quel point elle était belle. Son étoffe blanche et rendue transparente par l’eau salée laissait voir sa peau pâle, contre laquelle j’aimais me blottir quand j’étais petit. Son corps entrait dans l’eau plus profondément, je n’avais pas peur, elle savait nager. Elle était belle, elle ne pleurait plus, elle avait l’air bien. Je commençais à avoir froid, je rentrait chez moi et me recouchai. Le lendemain, mon grand frère pleurait. Moi je ne comprenais pas, j’étais seulement triste parce-qu’il l’était. Jamais je n’oubliai l’image de ma mère qui descendait dans l’eau, telle un ange aux ailes coupées.


Mes six ans sonnèrent. En même temps que l’année 2000, la promesse d’une ère nouvelle, le nouveau millénaire… Je continuais l’équitation, je m’étais très attaché à mon moniteur d’équitation. Il m’emmenait souvent dans son bureau, il me confiait quelques secrets, ça devait rester entre nous. Des petites choses, mais c’était amusant et je me pris au jeu. J’aimais l’attention qu’il me portait, et la confiance qu’il avait envers moi. Et puis mon t-shirt tomba, c’était notre petit secret. J’avais confiance en lui et ses mains sur ma peau ne me faisaient pas peur. Notre secret devint plus grand encore. J’aimais l’équitation mais je n’aimais plus trop ce secret. Je refusais parfois de « jouer au secret », mais bien vite je m’en voulais parce-que je voyais qu’il était déçu, je ne voulais pas lui faire de peine… je finissais toujours par accepter. Mon frère avait sept ans, je lui parlais tellement de mes poneys chéris qu’il voulut essayer lui aussi. Il apprécia tout autant que moi, mais il faisait plus de bêtises, il était plus énergique et turbulent. Mon moniteur l’aimait bien aussi je crois, mais Nicolas ne l’aimait pas, lui. Il refusait toujours ses bonbons avec une insolence certaine. Un jour, ma gourmandise me rattrapa et je regardai par la fenêtre du bureau de quels bonbons il s’agissait. Peut-être que je pourrais avoir ceux que mon frère refusait. Le centre-équestre était vide, il était encore très tôt, notre père nous avait emmené en débauchant, et il était reparti pour une affaire urgente. Nicolas cria lorsque son t-shirt tomba, il n’était pas d’accord. Je ne comprenais pas sa colère, il aurait du comprendre que c’était un secret amusant. Cette idée bascula lorsque je vis le visage coléreux de mon moniteur. Il n’avait plus l’air si gentil. Je regardai mon frère, le visage déformé par la rage et la souffrance. Je voyais le sang. Je me retournai en pleurant. Je n’en parlai pas à mon frère, ni à personne. J’étais tenu par le secret, encore, même si j’avais cessé de jouer. J’étais confronté à un choix trop difficile, je ne voulais pas quitter mes poneys, mais je ne voulais plus jouer. Je choisis de tout arrêter, mon frère avait changé je le sentais, mais nous étions plus proches aussi, sans jamais en parler pour autant. Je ne me rendais pas encore compte.


Le jour de mes sept ans fut un grand jour. Avec mon père et mon frère, nous avions un rendez-vous important. Mon père était bizarre, il s’était piqué comme souvent. Nicolas et moi, nous avions appris à reconnaître ces moments où notre père était différent. Nous savions que nous ne pouvions rien attendre de censé de lui, mais on l’aimait bien comme ça aussi. Il nous amusait et il était toujours aussi gentil. On retrouva dans la rue les collègues de notre père que nous connaissions bien à présent. Notre père partit, il avait une affaire à régler, il nous confiait sans problème à ses collègues. On les connaissait, on n’avait pas peur d’eux. Ils commencèrent à nous parler, et lorsqu’on leur dit notre âge, ils sourirent. On avait tous les deux l’âge de raison, alors on était capables de prendre de grandes décisions. Ils nous proposèrent une cigarette. Nicolas l’accepta, il toussa, et puis il me la passa. Je faillis m’étrangler. C’était vraiment pas bon, mais c’était drôle. Notre père ne se rendit compte de rien. Le temps qu’on avait passé au centre-équestre, mon frère et moi le passions maintenant avec les collègues de notre père. La clope n’était plus si dégoûtante, elle avait goût de fraise. On était devenu friands de cigarettes, on aimait ça, et on ne pouvait plus s’en passer. On ne savait pas qu’il n’y avait pas que du tabac dedans, au fil du temps. Ca devenait juste de plus en plus parfumé, mais les doses étaient faibles, on était jeunes, et les collègues de notre père connaissaient les seuils. Innocemment, on en parla un jour à notre père. Il ne s’était pas piqué, on le sentait. Seulement il entra dans une colère noire. Je ne compris rien à son discours. Mais quand on se rabattit dans notre chambres – c’était notre punition – Nicolas m’expliqua. Il avait compris, lui. Notre père était fâché parce-qu’il ne voulait pas qu’on goûte à ces choses là, même pas une fois. Lui l’avait fait, et ça l’avait mené bien plus loin, bien trop loin. Il le regrettait et il voulait nous protéger. Je comprenais mieux avec les mots de mon frère. Mais ni lui ni moi ne comprenions ce que notre père regrettait tellement. Il revint dans notre chambre, habité d’une colère froide. Il nous expliqua qu’on aurait du refuser, mais qu’on ne pouvait pas savoir. Que les vrais fautifs étaient ses collègues, et qu’il allait s’expliquer avec eux rapidement. Il nous embrassa et partit les voir, nous donnant quelques consignes. C’était la première fois de notre vie qu’il nous donnait des instructions, qu’on avait un cadre avec lui. On avait compris qu’on avait fait une grosse bêtise, alors on suivit ses consignes : ne pas ouvrir aux inconnus, ne pas sortir de la maison par la fenêtre, ne pas sortir du jardin avant demain matin pour aller à l’école. Mais le lendemain matin il n’était pas revenu. On avait le droit de sortir du jardin, ce que l’on fit, mais pas pour aller à l’école : pour le retrouver. Ce ne fut pas difficile, il était dans le coin de rue où il était toujours. Le coin de rue était rouge de sang. Notre père avait un trou dans la tête, des coups de couteau dans le ventre, des lacérations au cou, la bouche ensanglantée. Une rage sourde s’empara de Nicolas. Il paraissait comprendre ce que notre père regrettait. Dès qu’on vit ça, deux nouveaux de notre école, qu’on aimait bien, arrivèrent avec leur père. Ils nous emmenèrent dans leur voiture, on les suivit, de toute façon on n’avait nulle part où aller. Et puis on les connaissait, ils étaient déjà venus chez nous. Au fur et à mesure que la voiture aux vitres teintées roulait, on s’endormit calmement.


Mon frère me réveilla dans une chambre simple et propre. Il avait un t-shirt orange, moi j’étais tout nu sous la couverture. Il me montra mon t-shirt orange, et le reste du même uniforme que lui. Je m’habillais en hâte, on se mit à parler pour dissiper la peur. On se rassurait en se disant qu’on était ensemble. Mais on était à un endroit totalement inconnu. Nos mains tremblaient un peu, on n’avait pas fumé depuis la veille et on commençait à en avoir envie. C’était une sensation toute nouvelle et très désagréable. A travers la fenêtre, des enfants de notre âge, mais dotés de muscles surdéveloppés, couraient autour d’une piste. Ils étaient habillés comme des militaires, mais avec des t-shirts différents. C’était en même temps très impressionnant, mais rassurant. On sentait que c’était cadré et surveillé… pourtant on s’inquiétait un peu. On sortit de la chambre, les couloirs étaient déserts. La seule personne qu’on croisa et qu’on questionna, une adulte vêtue d’un t-shirt blanc, nous répondit « je n’ai pas le droit de parler aux oranges » et nous montra du doigt un ascenseur, avant de pointer son doigts vers le haut. Nicolas, du haut de ses neuf ans et demi, était très vif d’esprit. On atterrit finalement dans le bureau d’un vieil homme à l’allure sympathique. Il nous expliqua de nombreuses choses, toutes aussi invraisemblables les unes que les autres. Pourtant, il était âgé, il avait l’air sérieux, et nous étions deux enfants perdus et désemparés, qui plus est croyant encore au père Noël. On crut le docteur McAfferty rapidement. Il nous raconta que CHERUB était un département du MI5, les services secrets britanniques, qui faisait d’enfants comme nous de vrais agents secrets. Ils choisissaient des enfants avec des capacités intellectuelles très importantes, comme nous. Il nous expliqua que ces enfants menaient des missions à travers le monde, pour combattre les horreurs des hommes. Les deux nouveaux qui avaient été dans notre école et qui étaient venus chez nous étaient des agents sous couverture. Ils étaient chargés de se lier d’amitié avec nous, parce-que notre père était un dealer à la tête d’un grand réseau de drogue en Australie. Ses hommes de main fournissaient tout le pacifique sud, mais aussi des gangs affiliés à son réseau qui sévissaient au Royaume-Uni. On comprenait mieux le respect que tous les collègues de notre père lui témoignait. McAfferty nous a confié que nos copains avaient mis des mouchards dans chaque pièce de notre maison et piraté nos ordinateurs, si bien qu’ils savaient exactement ce qu’il s’était passé chez nous depuis l’arrivée de ces deux agents à notre école. Il nous a aussi expliqué que le soir où notre père était allé s’expliquer avec ses collègues, une dispute avait éclaté et le collègue de mon père, qui était le numéro deux du réseau, l’avait tué pour gérer seul cet empire – mais aussi parce-qu’il était énervé que notre père lui parle comme ça, pour le simple fait qu’il nous avait fait fumer. Mais les agents du MI5 étaient sur les lieux et avaient pu arrêter le collègue de notre père lorsqu’il fuyait le lieu du crime. En entendant ça, Nicolas, qui était d’un naturel très impulsif, se mit en rage. Comment les agents secrets qui travaillaient pour faire régner la justice avaient-ils pu laisser notre père se faire massacrer ? Je n’avais pas vu ça comme ça sur le moment, mais je devais avouer que mon frère avait raison. Le docteur répondit calmement, compréhensif. Il expliqua que s’ils étaient intervenus plus tôt, ils n’auraient eu aucune raison d’arrêter le collègue de notre père car ils n’avaient aucune preuve contre lui, même s’ils connaissaient ses agissements. Ils auraient pu arrêter notre père et le faire emprisonner, mais que dans ce cas, son collègue serait devenu maître du réseau et aurait tué indirectement beaucoup plus de personnes que notre père. Mon frère entra dans une rage folle. Il s’en fichait lui, de toutes ces vies, c’était notre père qui était mort. Et puis, on avait été heureux avec notre père, ils étaient contre nous ces agents, à vouloir l’emprisonner, alors que c’était quelqu’un de bien. McAfferty n’osa pas nous dire que notre père aussi avait été à l’origine de beaucoup de meurtres, on ne le comprit que bien plus tard… Je calmais mon frère comme je le pouvais, j’étais sensible au discours du directeur, et je voulais écouter ce qu’il avait à nous proposer. Le vieil homme nous dit qu’on pouvait devenir agents secrets nous aussi, mais que pour ça il fallait qu’on arrête de fumer définitivement, parce-qu’ici c’était totalement interdit sous peine d’exclusion. Il fallait aussi qu’on accepte l’idée de la mort de quelques personnes, pour le bien de l’humanité toute entière. Nicolas eut du mal à avaler ça, mais il accepta, parce-que sinon, c’était la famille d’accueil, et c’était bien plus excitant de devenir agent secret. On n’avait pas encore dix ans, donc on n’eut pas à passer les tests d’entrée. On avait encore le temps de s’entraîner… mais pour mon frère, l’idée de « on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs » lui resta toujours en travers de la gorge.


Pendant les six mois passés au campus, mon frère et moi découvrions une vie toute nouvelle. On avait une chambre à deux, la plus luxueuse qu’on n’ait jamais eu – et pourtant, on n’avait jamais manqué de rien. Notre t-shirt rouge nous plaisait bien, et Nicolas ne se laissait pas emmerder par les caïds : il les remettait en place comme il savait le faire. Il faut dire qu’il s’énervait facilement. Moi, j’étais plus calme, les railleries me passaient au-dessus de la tête. Certains disaient que j’étais ailleurs, mais j’étais bien là et je vivais ma vie au jour le jour. Je fit la connaissance des amis de l’agent qui m’avait recruté. En vérité, il s’appelait Joshua, et il était aussi sympa que lorsque je l’avais rencontré à l’école. Il est vite devenu mon meilleur ami, et je passais de plus en plus de temps avec lui, m’éloignant un peu de mon frère, même si l’on restait très complices lui et moi. Pour la première fois de notre vie on ne s’ennuyait pas en cours, et on était compris, parce-qu’ici, tout le monde était intelligent comme nous. On rattrapa bien vite notre retard sur les autres en certaines matières, ce ne fut pas très difficile. Notre responsable de formation nous disait que comme on était arrivé jeunes – avant dix ans – on n’aurait pas de gros retard à rattraper en cours, on serait même avantagés par rapport à ceux qui arriveraient plus tard. Lorsque mon frère eut dix ans, je ne le vis pas pendant cent jours. On n’avait jamais été séparés aussi longtemps, mais j’avais quelques amis et même s’il me manquait, je m’y faisais. Il revint, un t-shirt gris sur le dos, et on fit une grande fête avec les enfants de son âge. Je dus partir plus tôt que les autres, sois-disant parce-que j’étais encore trop jeune. En attendant, mon frère avait une chambre à lui, et je m’étais installé dans celle de Josh’. J’adorais la nouvelle chambre de Nicolas, elle était encore plus luxueuse que celle que j’avais ! Il me disait, t’inquiète frérot, dans un an toi aussi tu y passeras… il passait des heures à me raconter ces cent jours en enfer, j’en avais souvent des frissons, et lorsque je regardais mon frère, c’était presque un héros que je voyais. Et puis il partit pour sa première mission. Il me téléphonait de temps en temps, sa mission se passait bien. Sa maturité était appréciée, même si son tempérament posait parfois problème et qu’il fallait souvent le calmer. Il avait un pragmatisme très apprécié. Moi, je vivais ma vie avec mes amis, et je commençais à grandir. Pourtant, j’étais toujours aussi insouciant, inconscient des choses de la vie. J’apprenais des choses, je comprenais vite, je connaissais des choses très compliquées dans le monde qui nous entourait. Je comprenais la psychologie, la politique, je connaissais les statistiques, et pourtant, tout ça n’était que du vent pour moi. J’étais encore trop jeune, tout cela n’était pas le monde réel pour moi, c’était le monde extérieur. Ici, j’étais dans un cocon confortable, je faisais ce qu’on me disait de faire et je n’avais pas d’ennui. Je savais ce qui se passait à l’extérieur, mais ça ne me touchait pas. Cela inquiéta les instructeurs. J’avais beau n’avoir que neuf ans, j’aurais du avoir plus de conscience, plus de sens critique. C’était ce qu’on nous apprenait à faire, à réfléchir par nous même, mais chez moi tout était mécanique. Les autres n’étaient pas comme ça, ils s’insurgeaient contre les horreurs qui se passaient dehors, pas forcément avec beaucoup d’intelligence, mais ils se sentaient concernés. Moi non. On m’emmena voir le Dr Cohen, je ne savais pas trop quoi lui dire. Je n’étais pas gêné, mais ses questions étaient trop floues pour moi. En bonne psychologue, elle n’eut aucun mal à entrer dans mon monde. Car j’étais dans une bulle, et c’était mon frère qui m’ouvrait au monde. Lorsqu’il n’était pas là, je me renfermais sur moi-même inconsciemment, même si je continuais à jouer avec mes amis et à profiter de la vie. J’étais un modèle d’épicurien. Au bout de mes nombreuses séances chez le Dr Cohen, elle finit par m’expliquer que j’étais différent des autres parce-que j’avais une sensibilité à part. Une corde sensible qui s’exprimait chaque jour dans mes rêves, dans des excursions intérieures et qui m’empêchaient de m’intéresser au monde extérieur. Il fallait que j’apprenne à m’extérioriser. Pour cela, j’essayais plusieurs disciplines artistiques. La peinture me plaisait bien, mais ça m’ennuyait vite. C’est lorsque Josh a reçu une guitare pour son anniversaire que j’ai eu le déclic. Je l’écoutais jouer quelques morceaux, et j’adorais ça. Bien souvent, il me prêtait sa gratte, et au final j’apprenais aussi vite que lui, même si ce n’était pas la mienne. Au Noël suivant, je reçus une guitare moi aussi. J’aimais bien les petits arpèges simples, les mélodies enfantines. Lorsque mon frère revenait de ses missions, j’adorais l’écouter parler. Je commençais à grandir à mon tour, en suivant mon propre chemin pour la première fois, et pas celui de Nicolas. Ca n’enlevait rien à notre complicité. La psychologue du campus avait raison, la guitare m’a permis d’avoir une vision différente du monde extérieur. Plus critique, plus réaliste.
»


WHAT'S IN MY BRAIN ? - Caractère
« Le caractère de Soan est assez difficile à cerner. Extrêmement sensible, il se laisse trop souvent emporté par ses émotions, même s'il fait de gros efforts pour se contenir. Ainsi, son visage montre facilement des marques d'émotions, de joie comme de tristesse. Cette sensibilité l'amène aussi à une certaine violence verbale, parfois même physique, bien que ces situations extrêmes restent très rares. Car malgré son pacifisme naturel, il s'emporte vite pour des causes qui lui tiennent à coeur. Il est relativement tolérant et très ouvert, mais lorsque ses émotions l'emportent, il peut rapidement tomber dans une sorte de transe ravageuse. Outre ces débordements de colère, il est d'un naturel simple, extraverti et aimable. Quoi qu'un peu plus renfermé depuis l'obtention de son t-shirt noir, il va facilement vers les autres et se laisse aborder avec joie. Il est très protecteur et à l'écoute des gens, développant une sorte de bienveillance pour se pardonner de ses erreurs passées. D'ailleurs, le théâtre lui a permis de beaucoup gagner en expériences humaines, et il est devenu très à l'écoute des gens. Ayant ainsi pris conscience des attitudes corporelles par exemple, il sait facilement lire en une personne. De même, il est capable de dissimuler certaines choses grâce à cette conscience de son corps, sauf quand les émotions ou son vécu le rattrapent. Cependant, - sa bienveillance a des limites - il est assez dur avec les rouges et les bleus ciels, il fait partie des nombreux agents gradés que les gamins énervent. Pourtant, à l'inverse des autres, c'est parce-qu'il se souvient de son propre comportement au même âge, enfance qu'il maudit pour avoir été trop naïf. Il ne ménage donc pas les enfants, mais dans les bons jours il peut se montrer généreux et aimable, tant que ces petits ne font pas preuve de trop d'oisiveté. Sur le plan du travail théorique, il est assez rigoureux et réfléchi. Malgré quelques difficultés dans certaines matières, il ne se décourage pas et ne s'avoue jamais vaincu : il veut toujours avoir le dernier mot sur un exercice compliqué. Cette exigence envers lui-même fait de lui un agent apprécié de ses professeurs. Pourtant, ça n'est pas toujours bénéfique pour lui. Ces exigences qu'il a lui font aussi du mal, il se rend facilement coupable ou fautif. Ces aspects là détruisent son estime de lui-même, ce qui lui vaut un certain malêtre permanent. Du côté de son entraînement pratique, il est également très vif d'esprit et a d'excellents réflexes. Sa capacité à réfléchir vite et bien lui sont bénéfiques en mission, et sont également reconnues de ses contrôleurs de mission. En revanche, il n'aime pas beaucoup certaines disciplines sportives, comme les sports de combat ou la natation. Son niveau se maintient grâce à sa volonté de réussir. Mais malgré cette rigueur au travail, So' se laisse facilement aller au niveau des aspects qu'il juge plus secondaires. Par exemple, sa tenue vestimentaires, ou son langage ne sont pas importants pour lui. Ces apparences sauvages ne plaisent pas forcément aux instructeurs, mais ses états de service rattrapent le tir et font passer les aspects un peu moins reluisants du personnage. De plus, Soan n'a plus vraiment de peur rationnelle. Le fait d'avoir été longtemps protégé par son frère lui a permis d'aborder les dangers la tête haute. A présent, il a affronté trop de choses pour avoir peur de certaines situations, même quand il est seul face au danger. Ses peurs sont le plus souvent inexplicables pour lui, comme la peur de perdre un être qu'il aime, ses meilleurs amis par exemple. Il a également peur de les voir souffrir, cette phobie est tapie en lui, et il espère la voir sommeiller encore longtemps, pourvu qu'elle ne se réveille pas. Sa dernière peur est celle du noir, depuis sa plus tendre enfance, il a une peur panique de l'obscurité. Avec l'âge elle s'est un peu estompée, mais pour autant il déteste se retrouver sans repères visuels, et rares sont ceux qui savent qu'il garde toujours son portable allumé la nuit seulement pour avoir un peu de lumière... »  



WHAT AM I LOOK LIKE ? - Physique
« Ses yeux sont d'un brun profond, presque noirs dans les recoins sombres et noisette en plein jour. Ainsi, la noirceur de ses yeux ne laisse rien transparaître de son âme tourmentée. Souvent petits, ses yeux sont plutôt froids pour ceux qui ne le connaissent pas. Il sait les rendre impénétrables lorsque la situation l’exige. Pourtant, ses amis lisent extrêmement facilement en lui par ce biais là. En effet, son regard est expressif et brillant, reflétant facilement les remous de son âme. Ses professeurs diront qu’il a un regard intelligent, peut-être parce-que la lueur de ses yeux peut être celle de la curiosité du savoir. D’autres diront que c’est un signe de vie, ou encore de sensibilité. A chacun de choisir l’interprétation qui lui va. Son visage est fin et bien dessiné, ressemblant fortement à celui de sa mère, quoique son corps soit plutôt hérité de son père. Ce visage porte les marques de la maturité et de nombreuses personnes surestiment son âge, rien que sur le plan physique. Il est encadré par des cheveux bruns, longs et peu soignés. Soan les porte soit en bataille, soit il les laisse se mêler en dreadlocks. Sa stature est grande et droite, il mesure 1m75 et sa largeur d’épaule impose le respect. En outre, sa musculature surdéveloppée impressionne facilement les civils, mais est semblable à n’importe quelle musculature de t-shirt noir à CHERUB. Ses habits sont généralement débraillés et peu entretenus, ce qui lui vaut de fréquentes remontrances au niveau de son uniforme.»  



AM I HEALTHY ? - Santé


« Médical »

• Vaccins : à jour
• Problème de santé : Insomnies chroniques
• Allergies : allergique à la pénicilline
• Maladies : /
• Maladies chronique : /
• Maladies antérieures : /
• Blessures : Une longue cicatrice sur son avant-bras. De multiples
petites cicatrices aux poumons. Une ancienne fracture du tibia.
• Particularités : Marques de lacérations au niveau des poignets et des chevilles.


FUCKING SCHOOL - Performances


« Théorie »

• Mathématiques 14 / 20
• Anglais 18 / 20
• Allemand 12 / 20
• Arabe 14 / 20
• Russe 15 / 20
• Italien 13 / 20
• Informatique : 15/20
• Sciences fondamentales et appliquées : 13/20
• Histoire-géographie : 11/20
• Economie et sociologie : 17/20
• Littérature et philosophie : 16/20
• Théâtre et musique (optionnel) : 19/20

« Sport »

• Course : 16/20
• Art Martiaux : 13/20
• Natation : 14/20
• Parcours d'obstacles : 14/20
• Tir aux armes à feu : 17/20
• Tir à l'arc : 12/20
• Escalade : 15/20
• Escrime : 13/20
• Equitation (optionnel) : 17/20

THE MIRROR OF MYSELF - Joueur


Prénom ou Pseudo : Stev' ou So', au choix =)

Age : 19 ans

Fréquence sur le forum : :p jours / 7 jours

Votre avis sur le forum : Everybody knows

Code du forum : Banana spleet (slurp-miam)







Spoiler:
 


Dernière édition par Soan Knight le Mar 18 Nov - 21:01, édité 1 fois
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Soan Knight

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MessageSujet: Re: Elles me planqueront PLUS JAMAIS dans les archives !!   Mar 18 Nov - 21:01



ONCE UPON A TIME - Histoire - suite

« Puis mes dix ans sonnèrent. Je partis en enfer, ce que je redoutais depuis que mon frère m’en avait parlé, un an et demi plus tôt. Mais j’avais acquis la rage et la combativité nécessaires pour réussir. J’étais avec une fille qui s’appelait Heidi. Elle était française, et venait juste d’arriver à CHERUB. Elle avait un an de plus que moi, et on s’entendait vraiment bien. On pouvait parler pendant des heures en même temps qu’on trimait, elle s’amusait à dire qu’elle parlait avec moi comme avec une fille. Je faisais semblant d’être vexé, mais je m’en fichait, on s’envoyait souvent des vannes à la figure, ça faisait partie de notre façon de nous apprécier. On parlait aussi de choses très sérieuses, on avait des avis parfois différents et on respectait les idées de l’autre. J’étais plutôt frêle, j’avais fait une pousse soudaine au début des cent jours et la largeur n’avait pas suivi. Mes cheveux poussaient inexorablement, je n’avais ni le temps ni les moyens de me les couper, mais je m’aimais bien comme ça. Ils se mêlaient tellement qu’ils finissaient en dreads, et ça me plaisait. Heidi et moi formions une équipe très efficace, elle courait très vite et me poussait en avant – car la course n’était pas franchement mon fort à l’époque – et moi, j’établissait les points stratégiques, j’étais imbattable pour ça. Les derniers jours de l’entraînement se déroulaient en Afrique subsaharienne, en Guinée pour être précis. Large avait choisi le sud du pays, la forêt tropicale. Heidi avait la peau assez fragile et souffrait de ses nombreuses piqûres d’insectes. Heureusement, on était vacciné et on avait de la crème insecticide. Seulement, puisqu’il pleuvait les trois quarts de la journée, on devait en remettre toutes les heures. La forêt grouillait d’une « faune très riche » comme disait Large. En réalité, un matin, on a été réveillés par un bruit de tonnerre atypique de la région. En se levant en hâte, on découvrit une horde d’animaux sauvages, qui courraient vers nous, affolés. C’était ce fou de Large qui les avait rameuté par ici ! En deux temps trois mouvements, on est montés en haut de l’arbre le plus proche – ce qui n’était pas difficile, il y en avait à peu près à tous les mètres. J’étais assez à l’aise en escalade, j’aidai Heidi à monter, hissant nos sacs qui contenaient nos vivres. Les animaux passèrent en trombe sous nos pieds, mais Heidi tenait mal. Elle était accrochée à une branche couverte de mousse humide, et se mit à glisser. Je parvins à la rattraper, mais nous n’étions qu’à un mètre du sol. Là, un animal inconnu à cornes arriva, et sa tête heurta ma coéquipière de plein fouet. Les cornes de l’animal entaillèrent mon avant-bras droit sur trente centimètres, mon sang jaillit. J’étais ouvert sur une profondeur égale au tiers de l’épaisseur de mon avant-bras. Quand à Heidi, elle fut littéralement embrochée sur place. On hurla ensemble, de douleur et de terreur. Alors, je sautai sur le dos de l’animal et attrapai ma coéquipière dans mes bras. Mes sensations de cavalier me revinrent en mémoire en un éclair douloureux, et je me mis à frapper furieusement l’animal qui galopait vers une destination inconnue. Il commença à perdre de la vitesse, probablement un peu assommé par mes coups. Rapidement, il finit en fin de peloton et je me laissai glisser sur son flanc, tenant Heidi dans mes bras et essayant d’amortir sa chute. Elle perdait beaucoup de sang, elle était transpercée au ventre. J’improvisai un bandage pour elle avec les feuilles que je trouvais sur place, et en profitai pour me bander l’avant-bras à mon tour. Seulement, elle s’affaiblissait, elle avait déjà perdu trop de sang. Je me mis à courir, essayant d’égaler la vitesse de ce satané animal qui nous avait éloigné du campement. Lorsque je parvins à notre arbre, j’y descendis nos sacs et refis un nouveau bandage à Heidi, plus efficace cette fois, avec le matériel adapté. Mais la peur me tenaillait le ventre, elle était à peine consciente et d’une pâleur mortelle. Mes gestes étaient fébriles mais assurés, et je me remis à courir en direction du campement de Large. Là, je déposai ma coéquipière, qui fut immédiatement prise en charge. A ce moment, tout ce que ce sadique trouva à me dire, c’était que je pouvais abandonner, sans Heidi je n’avais plus aucune chance. Et puis on me ferait un bandage digne de ce nom pour mon bras, et je pourrais boire un chocolat chaud dans un endroit propre et sec. C’était mon rêve à cet instant, et je faillis renoncer, jusqu’à ce que je vis ma coéquipière me faire un très léger signe de la tête dans un dernier instant de lucidité. Dans ses yeux, je vis qu’il fallait que je réussisse, pour elle. Elle fut emmenée immédiatement par hélicoptère, et j’envoyai poliment balader Large. J’appris quelques heures plus tard qu’elle avait eu l’estomac de percé, que la corne était passée juste à côté des poumons et qu’elle avait eu chaud. Soulagé, je continuais à me surpasser, mais j’étais seul, et c’était deux fois plus dur. Heureusement, l’enfer touchait à sa fin, mais la dernière épreuve ne fut pas la moindre. Il s’agissait de traverser la mangrove à la nage pour rejoindre Large sur une île. Dès que je pénétrai dans l’eau, mon bras me lança furieusement. L’eau de la mangrove était méchamment salée, et je sentais des lames de couteaux pénétrer dans ma plaie, qui se rouvrait doucement, douloureusement. Je nageais vigoureusement, le plus rapidement possible, sans oublier qu’au bout du chemin, il y avait le t-shirt gris, la fin du calvaire, la récompense suprême. Mais je ne sentais plus que ma douleur, tout mon corps était devenu étranger, seule cette douleur immense et lancinante m’habitait. C’en était trop, la douleur était trop grande. Par chance, des racines d’arbre étaient sur mon chemin et lorsque je m’accrochai à l’une d’elle, je vomis un peu de bile. Un coup d’œil sur ma plaie m’indiqua qu’elle recommençait à saigner en abondance. Pourtant, je repartis, j’étais trop près du but pour abandonner maintenant. Je nageais alors qu’un voile gris commençait à descendre devant mes yeux. Seul l’air humide qui entrait dans mes poumons m’indiquait que j’étais encore à la surface de l’eau. Je ne distinguais ni le haut, ni le bas, ma tête me tournait affreusement. Finalement, je m’accrochai à une racine, et en prenant appui sur elle je pus poser les pieds sur une île. Je vis deux binômes vêtus de gris, Large qui venait vers moi avec mon t-shirt gris à la main, et je m’évanouis sur un tas de branches. Je me réveillai quelques minutes plus tard, et pour la première fois, l’instructeur le plus sadique de l’univers ne me traita pas de tafiole, alors que c’était la première fois qu’il en avait une occasion justifiable.


En revenant au campus, je me fis opérer de l’avant-bras, car la plaie s’était infectée et des bouts de branche s’étaient incrustés à l’intérieur. En me réveillant à la sortie du bloc opératoire, j’eus l’immense bonheur de voir Heidi dans le lit à côté du mien. Elle se remettait encore de sa blessure, mais sa convalescence était bientôt terminée. Elle était heureuse que j’ai réussi l’entraînement, et je lui certifiai que la prochaine fois, elle l’aurait aussi. La première visite que je reçus fut celle de Nicolas, qui se pavanait avec le t-shirt marine à douze ans. Il n’avait pas changé, j’étais heureux de le revoir. Mais moi, j’avais beaucoup changé et je le savais. Je me replongeai dans la guitare, devenant meilleur encore, commençant à connaître des morceaux plus complexes, avec des accords de plus en plus compliqués. Je suivais un entraînement intensif destiné à nous préparer à nos premières missions. J’étais un des meilleurs, j’avais déjà suivi ce genre d’entraînement quand j’étais rouge. A l’époque, c’était facultatif, mais j’avais toujours été motivé. On étudiait des ordres de missions inventés pour nous préparer, on faisait beaucoup d’exercices de simulation. J’adorais ça, je me sentais vivant, utile, même si c’était inventé. On étudiait beaucoup de trafics de drogue, car c’était un grand maux de la société, et je devenais de plus en plus impliqué dans ce sujet là. Ma chambre était proche de celle de mon frère, et un soir, alors qu’on discutait de choses et d’autres, il me raconta sa dernière mission qui lui avait valu son nouveau t-shirt. Il me raconta tout en détails, c’était au Koweït, un réseau de trafic d’armes qui fournissait des trafiquants de drogue pour faire le ménage. Nicolas me racontait comment il avait du refuser la dope qu’on lui avait proposé et combien ça avait été difficile. Comme je le comprenais… et puis il me racontait les morts qu’il avait vu, une magnifique jeune fille péruvienne, qui en était à son dernier voyage, égorgée pour les quelques boulettes qu’elle avait dans l’estomac. Il me décrivit la scène, « comme papa » termina-t-il. J’étais révolté contre les dealers, ceux qui jouaient avec le plaisir des uns et la mort des autres. Ceux qui se régalaient de sang autant que de poudre. Mes jeunes années d’insouciance étaient bel et bien derrière moi, j’avais la haine de mon frère au même âge, tandis que lui était moins impulsif qu’avant. Il avait vu le Dr Cohen pour ça, et maintenant il était passé maître dans l’art des répliques calmes mais cinglantes. C’était encore plus efficace et ça fatiguait moins les cordes vocales.


Je fis ma première mission en Allemagne. Un groupe de néo-nazis avait profané un cimetière militaire, ce qui avait ouvert une nouvelle piste pour expliquer des meurtres dans la région. L’Allemagne, qui entretenait de bons rapports avec le Royaume-Uni, avait demandé de l’aide au gouvernement britannique pour cette affaire. Elle ravivait des souvenirs qui avaient ébranlé le monde entier, et elle ne voulait pas laisser agir des criminels aux idéaux aussi dangereux. J’étais avec une t-shirt marine très sympa, d’origine allemande. Elle était ma grande sœur, et nous étions chargés d’approcher les enfants d’un supposé néo-nazi. On réussit sans difficulté particulière à remplir notre rôle, et on put récolter les preuves nécessaires qui reliaient le suspect numéro un à différents assassinats racistes. Pourtant, paradoxalement, on ne parvint pas à trouver des preuves incriminant le suspect pour la profanation du cimetière. Quatre personnes furent tout de même jugées et emprisonnées, pour meurtre ou complicité de meurtre avec préméditation. A mon retour au campus, j’eus la formidable nouvelle d’être convié à la fête que donnait Heidi : elle venait d’obtenir son t-shirt gris à son tour. Je fis ma seconde mission avec elle. J’étais devenu très proche d’elle, on s’entendait toujours aussi bien. Je m’étais par contre un peu éloigné de Joshua, je le trouvais pas toujours très réfléchi, parfois un peu simplet. Il était marrant de temps en temps, mais je le trouvais un peu puéril. Alors qu’Heidi était toujours aussi franche qu’avant, et j’aimais beaucoup sa façon de réfléchir, de parler… le mieux, c’est qu’il n’y a jamais eu d’ambiguïté entre nous. Beaucoup de binômes comme nous finissaient par sortir ensemble, mais jamais ça ne nous effleura l’esprit. Elle ne m’attirait pas de cette façon là, d’ailleurs aucune fille ne m’attirait. Pour elle, c’était la même chose, elle me l’avait confié un jour. Je savais que c’était la vérité, je lisais en elle comme dans un livre. La mission était un trafic de femmes au Liban. Un fin séducteur, Mahcel, ramenait d’Europe une fille par mois dans son pays, pour la revendre à un baron du pétrole, friand de vierges pures. L’ordre de mission était terrible, le sort de ces femmes l’était tout autant. Heidi et moi avions été choisis par le comité d’éthique pour notre maturité, notre intelligence et notre efficacité. Bien sûr, on n’était que des gris débutants, et on était encadrés par deux t-shirt noirs, qui avaient la tâche la plus compliquée. La mission était complexe, les cibles étaient difficiles à approcher et ne faisaient confiance à personne, pas même à des enfants. Il était donc bien inimaginable de faire appel à des adultes pour cette mission. Finalement, les choses s’enchaînèrent assez bien, je réussis à me lier d’amitié avec la fille cadette du baron du pétrole. Pourtant, je ne parvins pas à me faire inviter chez elle. Heidi fut plus efficace que moi et devint très proche de la fille aînée. Mais elle refusait que je vienne l’aider, je ne compris pas. Elle me cachait quelque chose et même si je l’acceptais, ça me mettait mal à l’aise. Je lui parlai un soir, très franchement. Elle pouvait tout me confier. Elle ne me dit rien mais me sourit malicieusement, en me disant de venir au bar du coin le lendemain soir. J’adorais le visage rayonnant qu’elle avait à ce moment là. Je m’y rendis, et je vis Heidi embrasser passionnément la fille aînée du suspect. Je souris largement, je trouvais ça vraiment adorable. C’était beau, le bonheur s’émanait de ces deux filles, et j’étais vraiment heureux pour mon amie. Jamais je ne m’étais rendu compte à quel point deux filles ensemble pouvaient être belles. J’en parlai avec Heidi le lendemain même, et je lui parlai très franchement de mon bonheur de la voir ainsi. Elle s’excusa alors de m’avoir caché cela, mais elle avait eu un peu peur de ma réaction. Je la comprenais, et voyant que je n’avais absolument aucune gêne à l’idée de son orientation sexuelle, elle se confia un peu plus. Elle aimait sincèrement cette fille, c’était la première fois de sa vie qu’elle était réellement amoureuse. Je souris, c’était vraiment beau. Cette histoire ne nous empêchait pas de remplir notre mission, et le baron du pétrole ainsi que son homme de main purent être arrêtés. C’était un trafic très limité car il ne servait qu’une seule personne, et n’en incriminait que deux. Ce qui me marqua le plus, ce fut le dernier jour de la mission, lorsque je découvris avec Heidi une trentaine de femmes, la peau translucide, le visage décharné, emmurées dans une cave, et toutes vêtues d’une robe de chambre fine et immaculée. Je crus revoir ma mère, et les larmes me montèrent vite aux yeux. J’avais repoussé ce souvenir dans un coin de ma mémoire depuis sa mort, et sa remontée me fit mal au plus profond de moi. Heidi voyait mon émoi mais ne posa pas de question. Elle avait un tact incroyable et elle connaissait ma sensibilité. Personne d’autre ne vit mes larmes, à part ces femmes amaigries et désespérées. Elles furent emmenées à l’hôpital et prises en charge intégralement pendant plusieurs mois. Après cette mission, le souvenir de ma mère, je continuai à le garder pour moi, blotti bien profond dans mon âme, je n’en parlai même pas à mon frère. J’essayais de le refouler, et m’adonnais encore plus à la guitare. Je passais aussi pas mal de temps avec Heidi, qui avait du mal à gérer la fin de sa première histoire d’amour. Elle me demanda de garder le secret, elle ne voulait pas que ça se sache au campus… je la comprenais. Mais je faisais toujours des rêves dans lesquels je voyais ma mère, tantôt avec des ailes, tantôt happée par un tourbillon noir. Je ne voulais en parler à personne, c’était un souvenir qui n’appartenait qu’à moi, mais je me rappelai des conseils du Dr Cohen. Il me fallait de l’art, pour oublier. La guitare m’aidait beaucoup mais ne me suffisait plus. J’avais trop de temps libre, et ces moments là étaient les pires pour moi. J’eus un nouveau déclic lorsque je vis un spectacle pendant une sortie à Londres organisée par Meryl Spencer. C’était une pièce de théâtre écrite par la comédienne Darina Al-Joundi, aidée par le dramaturge Mohamed Kacimi. Le jour où Nina Simone a cessé de chanter. Voir cette pièce me déchira le cœur, mais me donna une rage supplémentaire pour combattre les injustices. Je décidai de m’inscrire aux cours de théâtre au campus, et rapidement, j’ouvris mon âme à cet art hors du commun, qui me permettait d’extérioriser tout ce qui assombrissait mon esprit. Les images de ma mère sur la grève s’estompèrent grâce à cette nouvelle option, et je me sentais mieux, libéré en quelques sortes. Sur les planches je donnais le meilleur de moi-même, mon jeu était extrêmement sensible et emprunt d’une justesse émouvante. C’était une façon pour moi de m’ouvrir et de me donner entièrement aux autres, j’y dévoilais les plus infimes parties de mon être. En même temps, le théâtre me permit de me découvrir au plus profond de moi, de savoir qui j’étais réellement. C’est ainsi que je m’épanouissais, à l’aube de mes douze ans.


Ma mission suivante était la toute première que je faisais qui était classée risque élevé par le comité d’éthique de CHERUB. Je n’avais pas peur, c’était la première mission que je faisais avec mon frère. Je savais qu’avec lui je ne risquais rien. Il était devenu un agent expérimenté, et j’avais aussi des capacités. Notre mission était en principe assez simple, en pratique beaucoup moins. Elle concernait un réseau de trafic d’animaux protégés : trafic de défenses d’éléphants et de baleines blanches. Le MI5, avec la coopération du FBI et des autres services secrets étrangers, avait réussi à infiltrer le trafic d’ivoire qui sévissait en Afrique, ainsi que le trafic de baleines qui faisait des ravages sur les mers japonaises et coréennes. Ils avaient découvert que ces deux trafics là se rejoignaient sur un port irlandais. La marchandise se revendait là-bas pour faire des produits de luxe, dans une enseigne illégale qui revendait tous ses produits sur le net à prix d’or, aux quatre coins du monde. Mon frère et moi étions chargés d’approcher les enfants du contrebandier propriétaire d’un compte au Lichtenstein, qui récupérait manifestement une bonne partie de l’argent du réseau. Tout se passait bien au début, jusqu’à ce qu’on se mette à traîner à plein temps avec les enfants du suspect. Ils étaient sympas, et ça faisait partie de notre mission de nous rapprocher d’eux au maximum, pour espérer aller chez eux et pouvoir récolter des preuves. Le problème, c’était qu’ils étaient tous les deux plus dangereux encore que leur père. On mit beaucoup de temps à gagner leur confiance, mais finalement, ils nous emmenèrent sur leur bateau, au large des côtes irlandaises. En pleine mer, ils nous proposèrent de la dope, voulant savoir si on était des vrais durs, comme eux. Mon frère et moi on n’y avait pas touché depuis qu’on était gamins, et les sensations merveilleuses nous revinrent en mémoire. Mais bien vite, l’image de notre père éventré nous revint, et après avoir échangé un regard, on refusa catégoriquement. En les regardant fumer, on voyait les gens qui mourraient pour les approvisionner, et la rage monta en moi. J’essayais de détourner les yeux, de me calmer. Ce n’était pas le moment de perdre le contrôle de moi… Et puis, ils voulaient nous faire partager leur petite entreprise. Ils accostèrent un autre bateau de marchandise, bien plus gros que leur petit rafiot. Mon frère et moi, on assista à un échange d’armes et de fric. On fit mine d’être surpris, ce n’était pas difficile : on n’était pas au courant des magouilles des enfants du trafiquant. Là, les deux gamins nous expliquèrent qu’ils achetaient des flingues pour leur père, pour liquider les opposants à la pêche illégale de baleine. Ces armes là étaient refilées aux hommes de main du père, qui faisaient le sale boulot. Les écologistes militants par exemple, étaient exécutés en pleine mer, ce qui permettait de ne faire aucune trace. Les opposants au trafic de défenses, eux, étaient brûlés, c’était facile, ils habitaient dans des pays chauds et secs, au plein cœur des zones tropicales arides. Je me sentais bouillonner de l’intérieur, je repensais à l’image de mon père. Décidément, ce monde était dégueulasse, partout où il y avait trafic il y avait armes, meurtres, sang. La rage montait en moi, mon frère le voyait et tentait de me calmer comme il pouvait, le plus discrètement possible. J’avais de plus en plus de mal à accepter ce monde horrible, les folies des hommes me révoltaient, et nos petites actions me semblaient bien insignifiantes. Une envie soudaine me prit de saisir le flingue que tenait ce merdeux et de tous les jeter à la mer. Je dus me faire violence pour ne pas céder à cette tentation. Mais je n’étais pas au bout de mes peines. Les revendeurs d’armes, au lieu de s’en aller après la transaction sur leur gros navire, restèrent sur notre bateau, nous regardant moi et mon frère, et jetant des regards entendus à nos prétendus amis. Nous étions repérés. Je ne sus pourquoi ni comment, mais en un regard, Nicolas et moi décidions d’œuvrer dès maintenant pour sauver notre peau. Notre cerveau n’avait marché qu’en un quart de seconde. Ici, ils pouvaient faire ce qu’ils voulaient de nous, on était coupés du monde. Les portables ne captaient pas, nos appareils reliés aux satellites avaient pris l’eau à cause d’une grosse vague qui avait failli submerger notre petit rafiot. C’est que l’eau était agitée le long des côtes irlandaises. Ils avaient l’avantage du nombre face à nous, ils avaient des armes, ils allaient nous écraser, c’était certain. Il ne nous restait plus qu’à les prendre par surprise, c’était notre seule chance. Après ce regard rapide, on se jeta sur les fils du suspect numéro un de l’affaire, et on réussit à se saisir de leur flingue. Je réussis à assommer mon prétendu ami pour la mission et commençai à tirer sur les vendeurs d’armes. Mon frère fit la même chose de son côté, mais à deux, on n’était pas assez rapide. Les vendeurs d’armes étaient trop nombreux… on réussit à se planquer derrière un tas de marchandises, mais rapidement ils nous encerclèrent. Nicolas fut touché à l’épaule par une balle perdue, mais il continuait de se battre, de me protéger… son visage exprimait une profonde souffrance. Ce n’était pas la même qu’autrefois, mais ses traits me rappelaient ces souvenirs qu’une fois encore, j’avais préféré oublier. Cela me fit l’effet d’un coup de couteau porté sur mon cœur, je ne voulais plus voir mon frère souffrir encore. La culpabilité m’avait tenu toute ma vie, je m’étais toujours dit que c’était ma faute. Et aujourd’hui… je ne supportait pas cette vue là. Pendant mon débat intérieur, je fis prendre par surprise et on me tordit le poignet, ce qui me fit lâcher mon arme. C’était une mitraillette automatique, le choc de l’arme sur le sol déclencha la détente et fit de multiples trous dans la coque du navire. Ca n’échappa pas aux vendeurs d’armes, qui se mirent à six pour nous ligoter les poignets et les chevilles. Ils descendirent sur le rafiot des deux frères et nous attachèrent à un filin sur la coque de leur gros navire troué de part en part. Je n’osais pas regarder Nicolas. J’avais peur, j’avais mal au fond de moi. J’étais surtout furieux contre moi-même, et au fur et à mesure que nous nous rapprochions de la surface de la mer, la culpabilité me saignait encore un peu plus. Je ne pouvais pas nous laisser mourir, je n’avais pas vécu pour ça. Il fallait que ces connards paient, tous ces trafiquants qui faisaient tant de mal et de morts derrière leur sciage funeste. Une rage folle s’empara de moi, et grâce au couteau suisse que j’avais toujours attaché autour de mon cou sous mes vêtements, je réussis à me détacher, et à détacher mon frère. Je parvins à nous faire remonter le filin et là, je me mis à courir vers la salle de contrôle, mon frère dans les bras. Je lui fis un bandage à l’épaule avec les draps que je trouvaient dans une cabine, la salle de contrôle était déjà à moitié inondée par 50cm d’eau salée. Je saisis la radio, priant pour qu’elle fonctionne encore et tapai le numéro d’urgence. Par miracle, on me répondit. Le problème était que j’ignorais ma position. Je décrivis le plus précisément possible l’endroit où on se trouvait mon frère et moi, ainsi que la direction que les malfrats avaient pris. Et puis, le signal coupa, l’eau était remontée jusqu’à l’alimentation électrique de la radio. Je remontai sur la partie du pont la moins moins proche de la mer avec Nicolas, et l’allongeai à terre, dans la position la plus confortable possible. Je faisais tout pour arrêter le sang, mais il perdait des forces au fur et à mesure que nous sombrions. Je réussis à dégoter deux gilets de sauvetage, on avait au moins ça pour survivre. En revanche, pas de canaux de sauvetage. Ca aurait permis à la police de débarquer sur le navire plus facilement… Le bateau se fendait en deux, je réussis à nous bricoler un petit rafiot qui flotterait et qui nous porterait tous les deux. Pourtant, avec les vagues immenses qui s’élevaient, je doutais fortement du temps de survie que ce rafiot improvisé nous ferait gagner. Les vagues nous aspergeaient et commençaient à nous noyer au fur et à mesure que nous approchions de la surface. Je restais agenouillé devant mon frère, je voyais couler son sang, je le voyais souffrir, mais je ne voulais pas me débiner encore, détourner les yeux comme quand j’étais gamin… Nicolas me demanda pourquoi je pleurais. Il me connaissait trop bien, il savait que ce n’était pas seulement à cause de notre situation dramatique. On se regarda dans les yeux lui et moi, je voyais ses forces vitales qui déclinaient dans les profondeurs de corps. Alors, je lui parlai de notre moniteur d’équitation, lorsqu’on était gamin. Il m’écoutait, il n’essaya pas de me couper, ses yeux étaient accrochés aux miens comme à un dernier espoir de vie. Les vagues nous aspergeaient de plus en plus, j’avais du mal à reprendre mon souffle, on était en train de se noyer à petit feu. Je lui parlai alors de ce matin, dans le bureau, par la fenêtre. Nos larmes se mêlaient à l’eau salée, il me répondait, frérot j’aurais fait n’importe quoi pour que tu ne voie pas ça. Je lui disais que j’étais désolé, de lui avoir fait commencer l’équitation, de l’avoir exposé à ça. Je lui confiais que je m’en voulais, que jamais je ne pourrais me le pardonner. Il me rassura, me disant que je ne pouvais pas savoir, et on parla comme ça, pendant plusieurs minutes. Il ne savait toujours pas ce que ce moniteur m’avait fait à moi aussi, et je ne lui dis pas. Pourtant, cette conversation, je sus que jamais je ne l’oublierais. J’étais allongé à côté de lui, on était enlacé en position fœtale, seul moyen pour nous de garder un peu d’oxygène et de vie. Mon frère perdit connaissance, je restais sur lui, le protégeant des vagues assassines qui voulaient nous engloutir. Le navire n’était plus qu’un tas de planches flottantes et malmenées par l’océan qui se déchaînait. Je n’entendais plus rien d’autre que le bruit fracassant des vagues sur nous, je ne respirais presque plus, je restais conscient seulement pour mon frère. J’avais la vue brouillée mais j’étais mu d’un espoir et d’une force inexplicables. Après non loin d’une heure, je sentis des bras me tirer vers le haut. Nicolas était harnaché et remonté vers un hélicoptère. On me fit monter juste après lui, et une fois dans l’hélico, je me mis à cracher toute l’eau qui m’étranglait, à vomir toute la bile que j’avais entre les entrailles. Mon esprit était trop meurtri, mon corps ne m’appartenait plus. Finalement, je m’évanouis à mon tour.


« - Où est Nicolas ? »


Ce fut la première question qui me vint à l’esprit lorsque je repris connaissance à Cherub. Le docteur me le montra, il dormait encore dans le lit situé à côté du mien. Il m’expliqua que j’avais eu de l’eau dans les poumons et qu’ils avaient été obligés de m’opérer en urgence. Les poumons de mon frère étaient restés sains, apparemment grâce à ma protection, mais il avait perdu beaucoup de sang et on avait dû l’opérer à l’épaule rapidement, pour qu’il puisse s’en resservir normalement. Mais il aurait besoin d’une longue rééducation. J’étais désolé pour lui, mais immensément soulagé qu’il aille bien. Et puis, Mac arriva et me parla de la mission. Avant de nous retrouver, ils étaient tombés sur les malfrats qui s’enfuyaient lentement, à cause des blessures de balles qu’on avait réussi à leur faire. Ils avaient mis du temps à nous retrouver parce-qu’ils avaient eu du mal à les faire parler. Finalement, ils leur avaient indiquer la position où on se trouvait approximativement. Ils avaient donc pu être arrêtés, et les deux enfants avaient été obligés de dénoncer leur père pour alléger leur peine de prison. Ils avaient fourni toutes les preuves nécessaires aux agissements du père, et le trafic avait pu être démantelé grâce aux aveux de l’homme. En échange, il put être extradé en Irlande pour purger sa peine de prison. La mission était donc un succès, et je reçus le t-shirt marine. J’avais 13 ans.
»



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Matthias Speth
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MessageSujet: Re: Elles me planqueront PLUS JAMAIS dans les archives !!   Mar 18 Nov - 21:05

C'est vrai que c'est vraiment mérité !!


Un monde parfait? Regarde ce monde, c'est un grand carnaval !

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MessageSujet: Re: Elles me planqueront PLUS JAMAIS dans les archives !!   Mar 18 Nov - 21:05



ONCE UPON A TIME - Histoire - fin  
« Je repartis en mission plusieurs fois, avec des agents plus jeunes ou moins gradés que moi. J’étais parfois mal à l’aise d’avoir un pouvoir sur des agents plus vieux que moi qui n’étaient encore que gris, mais généralement ça passait bien. J’étais conciliant, et ma sensibilité m’écartait des conflits et des problèmes. Les missions étaient parfois à haut risque, mais les ordres de mission étaient soigneusement conçus et nos couvertures ne volaient jamais en éclats. Certaines missions n’aboutissaient pas faute de preuves, d’autres permettaient aux agents récemment gris de prendre de l’assurance et de l’expérience tout en restant encadrés. Mon frère termina sa rééducation et put recommencer les missions, à présent devenu t-shirt noir depuis notre mission commune. De retour au campus, je continuais la guitare et le théâtre, je me perfectionnais encore. Heidi aussi avait rejoint ma passion pour les planches, et on apprenait à se connaître et à être à l’écoute l’un de l’autre encore plus profondément qu’avant. On se confiait beaucoup l’un à l’autre, elle me disait qu’elle était triste car c’était difficile pour elle de cacher son secret à tout le monde au campus. Parfois, elle avait envie que les choses se sachent, pour qu’elle puisse retrouver l’amour et être un peu plus heureuse. Je l’encourageais dans cette voie là, mais je comprenais que ce n’était pas une décision facile à prendre. En attendant, elle sortait avec des filles en mission lorsqu’elle le pouvait, et elle apprenait à se contenter de ça, essayant de ne pas trop s’attacher car elle savait que cette histoire finirait un jour ou l’autre. Et puis, elle aimait bien me titiller sur des filles qui me taperaient dans l’œil, ou des garçons, s’amusait-elle à me dire. Moi ça me faisait rire, il y avait des filles que je trouvaient très mignonnes, des mecs que je trouvais très beaux, les deux m’attiraient, mais pas assez pour avoir l’envie de passer au stade supérieur. Mon orientation sexuelle était le dernier de mes soucis, et c’était plus un sujet de dérision qu’autre chose pour moi. Cependant, ma mission avec mon frère m’avait changé. La remontée de ces souvenirs m’avait rendu plus irritable. J’avais une haine profonde envers les trafiquants de drogue et les pédophiles, et ce sujet était devenu ma corde sensible. Dès qu’il en était question, mon avis était tranchant, mes propos agressifs. Un jour, un garçon avec qui je suivais des cours d’informatique commençait à se pavaner car sa prochaine mission était une affaire de drogue. Il disait que ça devait être bon de s’enfiler une ligne, et que c’était dommage que ce soit passible d’exclusion sinon il aurait bien voulu essayer. Ce discours m’a fait basculé dans un état second. Je lui ai balancé à la figure, pauvre con, sais-tu combien de gens se font égorger et éventrer dans les rues, pour que tu planes pour quelques minutes ? Je lui disais, espèce d’enculé, de quel droit tu achèterais ton plaisir sur des cadavres d’innocents ? Je pétais littéralement les plombs, et même si je ne restais que sur de la violence verbale, je fus convoqué dans le bureau de Mac. Il me remit les pendules à l’heure et j’écopai d’une peine de baby-sitting de rouges pendant deux semaines. Il fallait que j’apprenne à ne pas me laisser submerger par mes émotions, c’était mon point faible depuis longtemps et qu’il fallait que j’y fasse attention. Je savais qu’il avait raison, mais trop de choses me dégoûtaient chez les hommes, et je n’arrivais pas à rester placide devant tant d’horreurs. Alors oui, j’étais irritable sur certains sujets, je m’énervais facilement. Je faisais déjà tout pour me calmer, mais rien n’y faisait. Je ne voulais pas renier mes convictions pour autant, car j’étais fidèle à la devise « si tu te tais, c’est que approuves ». Je ne pouvais pas me taire sur certains sujets. En revenant d’une mission en Inde couronnée de succès, j’entendis un mec de mon âge parler avec une fille. Elle lui donnait la définition d’un viol, ce con ignorait la signification du mot à plus de 14 ans. La fille me salua, je la connaissais comme ça, on était dans le même cours d’italien. Et puis là, j’entendais le mec qui disait, merde, ça doit être horrible, j’imagine… et il faisait ses pronostics, comme sur le tiercé gagnant d’une course. Je lui ai dit, pauvre connard qu’est-ce que tu peux t’imaginer, tu savais même pas ce que ça voulait dire il y a 15 secondes. Le mec n’a pas aimé, il s’est mis à m’engueuler, comme quoi j’ouvrais toujours ma gueule et je croyais toujours en savoir plus que les autres sur n’importe quoi. C’est monté en épingle, les insultes sont parties comme une traînée de poudre. La rage s’est encore emparée de moi, pour ce sujet qui me tenait trop à cœur. Cette fois, le mec avait un caractère bien trempé, on en est venus aux mains. Il était meilleur que moi en arts martiaux, il m’a cassé le tibia, et je lui ai cassé le nez. J’ai cru que j’allais l’égorger, il continuait à déballer ses conneries, je le supportais pas. Après ça, je suis parti en mission de recrutement avec une jambe dans le plâtre. L’orphelinat était miteux, il puait la merde dans toutes les pièces. Les cours étaient d’un ennui indéfinissable, les enfants débiles comme j’en n’avais pas vu depuis longtemps. Seul celui que je devais recruter était à peu près censé. Au fil du temps, je l’ai trouvé sympa, mon approche était irréprochable. Je l’ai empêché de traîner avec des petits cons qui dévalisaient la supérette d’en face, à la place je l’emmenais dans un bar, où un petit groupe faisait des mini-concerts. A la fin, ils me prêtaient leur guitare, je m’amusais bien, le gamin que je devais recruter trouvait ça cool. Enfin, ça rendait pas ma mission plus agréable, juste vivable si je puis dire. A la fin de la mission, j’avais fait ma punition, j’étais blanchi. Pourtant, les choses n’étaient pas réglées dans ma tête. Je voyais les choses d’une certaine façon, les arguments de Mac pour m’en faire démordre étaient très convaincants, je les recevais et je les acceptais. Mais je n’étais pas d’accord. Pour moi, il y avait des choses qui étaient trop horribles pour qu’on blague dessus, même pour déconner. Il y avait des choses pour lesquelles il valait mieux se taire que dire des conneries. Et puis, ça me faisait flipper de voir qu’au sein même du campus, quelques agents portaient les prémices de certaines vices extrêmement graves. Alors évidemment, Cherub les faisait œuvrer pour le bien. Mais ça me faisait peur, vraiment, je ne pouvais pas laisser passer ça, il fallait que je l’ouvre. J’étais devenu comme ça, à l’inverse total de lorsque j’étais petit et nouveau à Cherub, et à présent, rien ni personne ne pouvait plus me changer.


Pourtant, je n’eus plus d’ennui de taille, si bien que je fus choisi pour une mission à grande envergure. Comme la mission en Irlande, elle regroupait plusieurs trafics qui fonctionnaient en un seul et même réseau, très bien organisé. La diversification des domaines permettait de brouiller les pistes pour la police et de récolter un maximum d’argent, car chaque filière apportait son lot de bénéfice. Des agents avaient été disséminés dans toutes les branches du réseau, pour arriver à remonter jusqu’au haut de la pyramide, jusqu’à présent intouchable et inconnue. Nicolas, Heidi, moi et deux agents bleus marines furent destinés à la branche australienne du réseau. Mon frère et moi, on n’était jamais retournés dans notre pays d’origine… Cinq autres agents étaient aux Etats-Unis, et cinq en Pologne. Les deux agents marines s’occupaient d’un trafic de drogue qui se fournissait en Nouvelle Zélande, et qui revendait en Asie. Une partie de l’argent gagné revenait en Australie, et servait à financer l’achat de matériel de pointe dans un laboratoire clandestin. Laboratoire qui servait à faire des inséminations artificielles, à partir des ovules de juments récoltés dans le ranch clandestin dans lequel Heidi, Nicolas et moi étions affectés. On avait accepté cette mission avec détermination, on s’était informé sur ce qui se passait là-bas, et ce qu’on y avait découvert nous avait horrifié. Les juments faisaient des poulains à répétition, pour stimuler leurs productions hormonales. Elles vivaient la plupart du temps avec un sac attaché à leur queue, qui récoltait les semences. Semences qui venaient de façon totalement déréglée à cause des injections d’hormones que les poulinières subissaient quotidiennement. A la naissance des poulains, ces derniers étaient immédiatement retirés de leur mère pour que l’on puisse tirer le lait à profit. Ces poulains, sans leur mère, n’avaient aucune chance de survie et étaient soit revendus à la boucherie pour les plus épais, soit entassés sur le tas de fumier grandissant. Notre rôle, à Heidi, Nicolas et moi, était de nous lier d’amitié avec les enfants du propriétaire du ranch, qui était l’un des commanditaires de la branche et qui dirigeait ceux qui travaillaient au laboratoire. Cet homme avait un fils et deux filles, qui venaient monter les étalons du ranch, sans rien savoir des agissements de leur père. La phase d’approche de la mission se déroula comme prévu. Je devins rapidement ami avec le fils du malfrat, il était loin d’être aussi stupide que ceux que j’avais été chargé d’approcher pendant d’autres missions. Il était un peu réservé, mais pas bête du tout. Il était travailleur et ambitieux, très vite je parlai avec lui de ma passion pour l’équitation, qu’il partageait aussi. De son côté, mon frère se mit à sortir avec la fille aînée du propriétaire du ranch, c’était souvent ainsi qu’il procédait en mission. Quant à Heidi, elle gagna rapidement la confiance de la deuxième fille. J’espérais qu’elles avaient les mêmes goûts, ça permettrait à ma meilleure amie de se faire plaisir. Mais je ne trouvais pas le temps de lui en parler. Rapidement, mon nouvel ami m’emmena au ranch de son père. Bien sûr, le tas de fumier et les juments n’étaient pas visibles, elles étaient bien cachées, les apparences de l’enseigne étaient soignées. Il me présenta son père, un homme très aimable et poli. Il me proposa rapidement de monter à cheval, je refusai, prétextant un niveau trop faible pour monter leurs étalons fougueux. En réalité, je ne voulais pas retrouver ces sensations là. Je voulais reléguer les souvenirs douloureux à leur place, et je refusais de les faire remonter comme lors de mon entraînement initial. Je ne voulais pas non plus être trop enthousiaste, cela risquerait d’éveiller leurs soupçons. A la place, je faisais quelques recherches au ranch, je découvris rapidement l’enclos des juments, celui des poulains… des larmes de rage me montèrent aux yeux, j’aimais énormément ces animaux, je trouvais cet homme vraiment immonde… je parvins à refouler ma colère, pour le bon déroulement de la mission. Rien ne servait de s’enflammer, ce serait en finesse que cet enfoiré finira en tôle. Non, je n’avais pas de peine pour son fils. Je l’aimais bien, et évidemment, il ne méritait pas de ne plus avoir de père. Mais moi, j’avais toujours accepté le principe de l’omelette, et en voyant des horreurs pareilles, je n’avais aucun mal à faire mon travail. Ce fut rapidement au tour d’Heidi de pénétrer au ranch. La fille cadette du malfrat n’était pas aussi mordue que son frère, mais elle aimait bien l’ambiance du lieu, elle y était bien, elle aimait y passer du bon temps avec ses amies. Ainsi, ma meilleure amie pouvait m’aider dans mes investigations. Le ranch était informatisé, on put scanner les disques durs et poser des mouchards dans le bureau du propriétaire. Seulement, en apparence, tout était légal, même les coups de fil au laboratoire. Un numéro revenait souvent, celui d’un portable, et le quartier général découvrit qu’il s’agissait du numéro du trafiquant de drogue appréhendé par les deux marines. Les preuves se mettaient en place doucement, mais on n’avait rien d’assez solide. Un soir, alors qu’on bavardait avec Heidi, les confidences arrivèrent. Elle me parla de la fille du propriétaire du ranch. C’était drôle comme un petit coin de ma tête le savait déjà. Elle me disait que cette fois, c’était différent de son premier amour. Cette fille là lui ressemblait vraiment, elle avait une vivacité d’esprit hallucinante, des facilités en langue déconcertantes. Elle était extrêmement mature pour son âge, et Heidi me dit que cette fille, jamais elle ne pourra l’oublier. Et qu’il ne servait à rien que je lui dise de ne pas trop s’accrocher pour ne pas qu’elle se fasse de mal, elle en était incapable. C’était la première fois qu’elle ressentait quelque chose d’aussi fort. J’étais heureux pour elle, dans un coin de ma tête. Les confidences se faisaient aussi avec mon frère. Il était aussi tombé raide dingue de la fille aînée. Il me racontait tout d’elle, que c’était la première fois qu’il était amoureux comme ça, lui aussi. Je trouvais ça drôle, le hasard des choses. Ma meilleure amie et mon frère qui trouvaient l’amour fou pendant la même mission. Et moi ? Non, j’étais pas attiré par mon contact. Il était beau et sympa, mais je ne me voyais pas aller plus loin que l’amitié avec lui. Et puis, il me semblait qu’il était hétéro, à ce qu’il me disait sur les filles. Pourtant, il avait une sensibilité à leur égard qui me parlait énormément. Enfin, cette mission, aussi dangereuse soit-elle, c’était quand même le pied. Mon frère n’allait pas au ranch, sa copine l’emmena d’abord chez elle. Il rencontra son père, comme Heidi et moi. L’homme fit de l’humour, comme quoi il aimait bien notre famille, il trouvait qu’on était des enfants intelligents et sympathique. Vieux con, j’avais envie de dire, tu nous trouveras sûrement aussi sympathiques quand tu croupiras en tôle grâce à nous. J’avais toujours des pulsions violentes comme ça, mais je les emmagasinais toutes. Nicolas trouva de nouvelles preuves, grâce à ses visites dans la maison familiale. Ca me mettait toujours un peu mal à l’aise lorsqu’il me parlait de ses moments enflammés avec sa copine, mais bon, j’étais heureux pour lui. Je ne l’enviais pas, ni lui ni Heidi, pour la simple raison que je ne ressentais pas le besoin d’aimer et d’être aimé comme eux. L’amitié me suffisait, je n’avais jamais été en manque d’affection. On commençait à amasser des choses concrètes grâce à nos investigations. Certaines informations se reliaient en Pologne, Etats-Unis et Nouvelle Zélande. Le QG de Cherub réussissait à obtenir des informations sensibles en décryptant les e-mails codés envoyés et reçus au ranch ou chez son propriétaire. Notre mission touchait à sa fin, mais une chose nous restait toujours à élucider. Les mouchards enregistraient des conversations téléphoniques très explicites, qui parlaient ouvertement de déplacement d’argent, de liquidations d’hommes. Elles étaient enregistrées au bureau du ranch, pourtant ce n’était pas le propriétaire qui parlait. Il fallait que l’on découvre de qui il s’agissait, et notre mission serait terminée. Mais on devait faire vite, car du côté des deux marines, ils avaient toutes les preuves nécessaires pour faire boucler tous les membres de la filière drogue pour perpète. En attendant, les meurtres continuaient, car les agents du MI5 ne pouvait pas arrêter les trafiquants de drogue tout de suite. Comme ils étaient reliés au ranch, il fallait que tout se fasse en même temps… C’était compliqué de tout coordonner. On décida alors de passer à la vitesse supérieure. Mon frère mit les pieds au ranch pour la première fois avec sa copine, un samedi en pleine nuit. Ils revenaient de boîte, ils avaient dansé et bu toute la soirée. Moi, j’avais assisté à une superbe démonstration de dressage faite par mon ami sur un magnifique étalon espagnol. Je m’étais occupé de cet étalon pour le faire briller, j’y avais pris un immense plaisir. La nuit était chaude et claire, on s’était fait une petite soirée gratte au coin d’un feu – le fils du proprio du ranch avait une guitare lui aussi – et à présent on dormait à la belle étoile. Pendant ce temps, Heidi et sa copine étaient au chaud dans un box, en train de faire des choses qui n’appartenaient qu’à elles. Ce que j’aimais bien avec mon nouvel ami, c’est qu’il acceptait aussi bien que moi la relation de sa sœur avec ma meilleure amie. C’était un mec vraiment sympa et ouvert d’esprit. Cette nuit là, on était tous réunis au ranch, c’était vraiment la belle vie. Très tôt le matin, Heidi et moi on s’est levés pour aller pisser. Il faisait encore noir, il n’était pas encore 5 heures et demi. On vit alors un homme arriver à cheval et descendre discrètement. Il se dirigeait vers le bureau… c’était sûrement le suspect mystère. On ne le voyait que de dos et de loin, mais on le suivit. On se planqua derrière la porte du bureau, et on tenta de faire entrer une mini-caméra à l’intérieur, pour identifier la personne. Seulement, la conversation téléphonique fut trop courte et on n’eut pas le temps de mettre notre dispositif en place. On dû partir rapidement juste avant que l’homme ne sorte du bureau, et on ne réussit pas à le voir distinctement. On espérait fortement qu’il ne nous avait pas vu, parce-qu’on s’était vraiment planqués au dernier moment. J’avais un sentiment étrange et désagréable, mais je n’arrivais pas à le définir. Pendant ce temps, mon frère cuvait avec sa copine. La copine d’Heidi nous proposa de monter à cheval tous les trois, et dit en riant que ça aiderait Nicolas à soigner sa gueule de bois. On était devenus trop proches les uns des autres pour refuser, et on se mit donc à seller trois chevaux. Des étalons, Heidi avait choisi l’espagnol gris qui avait servi à la démonstration faite par mon ami, mon frère avait un étalon arabo-frison doux et pépère – pile ce qu’il lui fallait après la nuit qu’il avait passé – et moi, j’avais un espagnol aussi, mais plus petit que celui d’Heidi et palomino. Je m’étais souvent occupé de lui pendant la mission, il était hyper sensible, mon ami m’avait dit qu’il avait été battu par le passé et que c’était pour ça qu’il avait parfois des réactions brusques et inexplicables. Pourtant, il était aussi très à l’écoute et ultra-doux lorsqu’on essayait de le comprendre. Je passai un bon bout de temps à le panser, et quand je le sellai enfin il brillait, avec son poil d’or et ses crins d’argent. On se mit à cheval ensemble dans l’immense carrière qui donnait sur la campagne, à côté de l’enclot des juments. On s’était rendus compte que cet enclot fermé avait un trou dans un mur sous la toiture, et qu’à cheval, on était en hauteur donc à travers ce trou on avait une vue imprenable sur le bureau. Heidi, Nicolas et moi, on surveillait donc par le trou avec une discrétion infaillible. On commençait à faire marcher nos chevaux, à les faire trotter… le mien avait des allures sensationnelles, il était à l’affût de la moindre de mes demandes, c’était incroyable. Lorsqu’on se mit au galop tous ensemble, l’aurore pointait le bout de son nez. Des couleurs roses et orange enflammaient le ciel et éclairaient un jour nouveau. Les sensations retrouvées, le vent dans mes cheveux, le doux balancier de la foulée m’arrachèrent une larme. Un simple coup d’œil à mon frère et je sus qu’il pensait à la même chose que moi. Et puis, une voix nous fit tous les trois sursauter, avec Heidi. C’était la voix du suspect mystère qui nous parlait. En un coup d’œil, je sentis mon cœur tomber dans ma poitrine, inerte, comme s’il avait cessé de battre. La même lueur de panique et de détresse était visible dans les yeux de mon frère. Heureusement on n’avait plus six ans, et il ne nous avait pas reconnu… mais lui n’avait pas changé, et on ne l’avait pas oublié. Il nous disait de céder un peu plus avec nos mains, de garder un peu plus de contact avec nos mollets. Mais nous on n’entendait rien d’autre que des échos d’il y a dix ans. La copine d’Heidi nous présenta à lui, c’était un ami de son père, qui venait de temps en temps leur donner des cours d’équitation. Nicolas et moi on écoutait à peine. On faisait tout pour garder notre professionnalisme et tout ce qu’on avait appris à Cherub, mais notre visage n’était plus naturel et on le savait. Heidi était surprise de notre attitude, ça ne se voyait pas mais je le lisais au fond de ses yeux. On fit notre possible pour finir cette chevauchée et faire abstraction du reste. J’essayais de réfléchir et de trouver un plan pour le coincer. Mais quand les vieilles images ne me rattrapaient pas, c’étaient des envies de meurtre qui me venaient. Je ne pouvait plus réfléchir. Finalement, on descendit de cheval. De retour dans le box du palomino que j’avais monté, mes membres tremblaient et je m’appliquais à respirer profondément pour me calmer. Je sortis du box en même temps qu’Heidi pour ranger le matériel de mon cheval dans la sellerie. Là, le moniteur nous appela pour nous parler. Je ne savais pas trop à quoi m’attendre, j’étais incapable de réfléchir. Je savais qu’il ne m’avait toujours pas reconnu et j’en étais soulagé, mais j’étais tout de même totalement déconnecté. Néanmoins, je commençai à m’inquiéter lorsque je croisai le regard d’Heidi. Il nous emmena dans le bureau. Là, il nous parla de nos exploits à cheval, en nous donnant quelques conseils et en faisant le récapitulatif des choses négatives comme positives. Je vis un sachet de bonbons aux couleurs criardes sur le bureau, j’en eus la nausée. Il s’en rendit compte et même s’il ne comprit pas pourquoi, il sortit un flingue d’un tiroir du bureau. Il le pointa à terre et nous parla de cette voix mielleuse et nasillarde, qui me fit descendre aux enfers à nouveau. Heidi me regarda rapidement, c’était un signe, mais je ne compris pas lequel, sa signification, pour la première fois que je la connaissais, m’était inconnue. Une fraction de seconde plus tard, elle se jeta sur le moniteur, lui préparant un de ses meilleurs enchaînements. Mais il réagit trop vite et fit basculer la sécurité de son 38. Je compris au tout dernier moment et le projetai contre un mur. Le coup partit et une balle s’écrasa sur un mur qui séparait le bureau de l’enclot des poulains. J’entamai alors un duel avec cet homme tant haï, mais il avait l’avantage de l’arme. La porte du bureau s’ouvrit à la volée, mon frère et sa copine venaient d’arriver, alertés par le coup de feu. Nicolas vit le paquet de bonbons à son tour, et un mot lui échappa, un cri, une insulte de trop. Mon regard était accroché au sien, pour essayer de le calmer et l’empêcher de continuer, comme une supplication. Je m’étais déconcentré sans m’en rendre compte et d’un revers du bras, le moniteur plaqua Heidi contre un mur et m’écarta de quelques dizaines de centimètres. Mon regard était toujours suspendu à celui de mon frère, jusqu’à ce qu’une détonation partit, puis deux. Je vis le visage de mon frère de tordre en une dernière expression de souffrance mais aussi de libération, et je vis ses yeux s’éteindre. Sans réfléchir un seul instant, je me ruai sur l’homme et lui arrachai son arme des mains. Ma rapidité et ma violence le surprit. Heidi bondit vers la porte du bureau pour écarter sa copine qui venait d’arriver, essoufflée. Au même moment, je plaquai le moniteur contre le mur, poussant le bureau pour le prendre en sandwich entre les deux. Mes larmes se mêlaient à mes cris de rage et de haine. Dans un état second, ma main libre et furieuse fit voler les bonbons à travers la pièce. A ce moment, l’homme se prit un bonbon sur le visage et me regarda en souriant largement, lentement, un sourire pervers et bienheureux vissé sur son visage horrible. Je fit basculer la sécurité du 38 et tirai comme possédé, une fois, deux fois, trois fois, voulant retirer ce sourire de sa face. Lorsqu’il s’écroula, je déposai l’arme sur le bureau, vidé. Je me retournai en arrière et vis mon frère étalé à côté de sa copine. Du sang s’échappait de sa bouche, il avait les yeux vides et une expression d’horreur tapissée sur le visage. Sa copine avait du sang qui jaillissait de sa poitrine. Je ne respirais plus, je ne voyais plus rien, j’étais arrivé bien au-delà des profondeurs de l’enfer. Je ne sentis que la main d’Heidi me relever et me faire sortir du bureau. Dans son autre main, elle tenait son portable. Abandonné de toutes mes forces et de toute mon âme, je marchai comme un somnambule vers le box de l’étalon palomino. Je le fis sortir de son box, sans licol ni attache, et l’emmenai dehors. Il me suivit et une fois au grand air, notre contrôleur de mission arriva sur les lieux. Heidi l’emmena à l’intérieur, moi je ne le voyais pas ni ne l’entendais. Mon âme détachée de mon corps, je montai sur l’étalon et regardai le corps de mon frère être sorti au grand jour, sous la lumière sanglante de ce début de journée. Sur cette dernière vision, je fermai les yeux, avec la ferme intention de ne jamais les rouvrir.


Je n’ai que de très vagues souvenirs du retour au campus. Le Dr Cohen parlait de l’état de choc, pour moi c’était juste un désintérêt total de la vie. J’appris que Joshua avait pris sa retraite pendant notre mission, je n’avais plus qu’Heidi en véritable amie ici. Toutes mes autres connaissances me semblaient futiles et sans intérêt. Je fus convoqué au bureau de Mac avec ma meilleure amie, j’étais encore un zombie. Elle raconta au directeur ce qui s’était passé, le dernier mot de mon frère. Elle hésita à expliquer le reste, un simple regard de ma part lui montra qu’elle pouvait tout dire, ce n’était plus ma vie à présent. Elle parla donc de notre attitude étrange face au moniteur, et finalement évoqua la façon dont je l’avais achevé, alors qu’il n’était plus armé et qu’on l’aurait facilement maîtrisé. Mac me demanda si c’était bien passé comme ça, et j’acquiesçai sans un mot. Il me demanda d’expliquer pourquoi, je gardai le silence. Heidi le regardait désolée, elle n’en savait pas plus. Il n’insista pas, et nous laissa partir pour la cérémonie d’hommage qui avait lieu à la Chapelle du campus. Revinrent les noms de Jason Lennox, Johan Urminski, Katherine Field, Thomas Webb et Ashton Owen. La cérémonie funèbre fut magnifique. Pendant le récit de l’évêque, je revoyais tous les moments forts que j’avais vécu avec Nicolas, mais je ne lâchai pas une larme. A la fin, la Chapelle s’était vidée, je m’approchai du cercueil et déposai une rose sur le drapeau britannique qui le recouvrait. Toutes mes pensées dérivaient vers la même idée, si je ne l’avais pas initié à l’équitation, rien de tout cela ne serait arrivé. Il n’aurait pas tant souffert, il serait encore en vie aujourd’hui. Je m’en voulais atrocement, je l’avais tué indirectement, mais surtout j’avais manqué de confiance en lui. Il m’avait tout dit et tout confié, pourtant moi, je ne lui avais jamais parlé de notre mère sur la grève, ni de ce que le moniteur m’avait fait à moi aussi. J’étais un ingrat, et maintenant il était trop tard pour rattraper ça. Je murmurai pardon, en fermant les yeux, et ma première larme de la journée roula sur ma joue pour s’écraser sur une pétale de la rose. A la sortie de la Chapelle, Heidi me prit dans ses bras, puis la fille du propriétaire du ranch et son frère, tous deux vêtus de orange. Nous n’avions pas le droit de leur parler, alors c’est en silence que je les étreignis tous les deux. Leur présence me faisait chaud au cœur, eux aussi avaient perdu leur sœur aînée dans ce drame. Je ne cherchai pas à expliquer leur présence ici, Mac nous emmena de nouveau dans son bureau, Heidi et moi. A présent que j’avais dit au revoir à mon frère, je me sentais plus concernée par notre mission et son issue. Le Dr McAfferty nous annonça que le moniteur qui passait les coups de fil suspects était le lien entre le propriétaire du ranch et le trafic de drogue de la branche australienne. C’était lui qui donnait les ordres d’exécution aux hommes de main lorsqu’une personne se révélait un peu trop curieuse. Le propriétaire du ranch avait été arrêté et avait livré ses contacts les plus hauts placés pour pouvoir être incarcéré en Angleterre plutôt que dans une prison australienne. Les informations qu’il donna complétèrent celles récoltées par les deux marines dans le trafic de drogue, et grâce au démantèlement des filières de Pologne et des Etats-Unis, les hauts commanditaires du réseau purent être identifiés. Des preuves purent être retenues contre eux grâce aux investigations des services secrets internationaux et ils écopèrent de prison à perpétuité. De son côté, la copine de mon frère fut enterrée à Londres dans un cimetière civil, et la copine d’Heidi ainsi que son frère, qui avaient perdu leur mère très jeunes, se retrouvaient orphelins. Leurs capacités intellectuelles étaient immenses et ils avaient passé avec succès les tests d’entrée à Cherub. Ils passeraient leur entraînement initial à la prochaine session. Le comité d’éthique avait reconnu à l’unanimité qu’Heidi et moi avions accompli une performance exceptionnelle. Malgré les points qui restaient dans l’ombre quant à mon comportement et celui de mon frère à la fin de la mission, les membres du comité avaient décidé d’accorder à ma meilleure amie le t-shirt marine, et à moi le t-shirt noir. J’étais franchement gêné par ce nouveau grade. Je ne pensais pas avoir fait d’erreurs lors de cette mission, mais les conséquences de mon insouciance de gamin avaient été bien trop lourdes. Ce t-shirt me rappelait ma culpabilité entière dans cette histoire. J’eus du mal à retrouver une vie normale à Cherub, mais j’y parvins plus ou moins, grâce au théâtre et à la musique. Je devins très proche de Mike, le fils du propriétaire du ranch. On partageait la même passion de l’équitation et de la guitare, je passais beaucoup de temps avec lui. Heidi, de son côté, s’affichait enfin avec Maya, la sœur de Mike. Enfin, elle connaissait le bonheur plein et entier. Le fait de vivre dans le campus avec celle qu’elle aimait lui permettait d’affronter le regard des autres avec beaucoup plus d’assurance. Quelques mois après la fin de notre mission, nous apprenions que les poulains et les juments survivants du ranch avaient été placés dans un haras national australien. Il les remettait en état et se servirait ensuite de leur bon patrimoine génétique pour préserver leur race dans les règles de l’art. En revanche, les étalons qui étaient déclarés légalement par le propriétaire du ranch, appartenaient maintenant officiellement à ses enfants, Mike et Maya. Ils avaient trouvé un accord avec Mac et les cinq étalons du ranch avaient été confiés à un ancien agent de Cherub, qui tenait à présent une ferme dans la campagne située aux alentours du campus. Ce dernier avait toujours voulu s’occuper de chevaux mais n’avait jamais réussi à réunir les fonds nécessaires – il avait toujours été panier percé, et ça avait été un agent aux états de services assez limités. Ce fut donc une bonne occasion pour lui de démarrer un nouveau business, et il entama un élevage de chevaux de race. Sa proximité du campus permettait à beaucoup d’agents mordus d’équitation de monter à leur guise, et l’option équitation vit le jour. Mike, Maya, Heidi et moi étions devenus inséparables, et on passait le maximum de temps possible à la ferme. J’étais tombé amoureux du palomino, et je m’occupais avec beaucoup de soin de l’étalon arabo-frison… Ma vie au campus était riche, entre théâtre, guitare, équitation et sorties, mais il me fallait bien ça pour me redresser, et oublier, encore. Pendant mes séances avec le Dr Cohen, je ne parlais pas, je n’avais rien à lui dire. Pour moi, il était hors de question de lui confier à elle ce que je n’avais jamais dit à mon frère. Mes diverses activités me permettaient d’enfouir encore plus de souvenirs au fond de moi et m’évitaient de faire face, et par la même occasion de surmonter et de tourner la page. Mais je m’en fichais, je voulais vivre et je prenais la solution de facilité face à ma douleur, comme j’avais toujours fait. Je faisais abstraction des souvenirs qui me hantaient pendant la nuit, et à l’aube, je me lavais le visage devant le miroir, essayant d’effacer de mon esprit les traces de sang qui embrasaient encore chaque matin le ciel.
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MessageSujet: Re: Elles me planqueront PLUS JAMAIS dans les archives !!   Mar 18 Nov - 21:06

Bah ouais !! MERDE !!



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MessageSujet: Re: Elles me planqueront PLUS JAMAIS dans les archives !!   Lun 11 Avr - 18:34

Soan Knight : Bienvenue dans mon monde parallèle, ce monde où CHERUB n'a jamais existé...



Chapitre 1 : When I was a Child

Mackay, petite ville du Queensland, sur la côte est australienne. J’étais un gamin comme les autres. Tout du moins, je le croyais. Je pensais que tous les parents étaient divorcés, que toutes les mères étaient aimantes et que tous les pères étaient chauffeurs routiers. Mon grand frère s’appelait Nicolas, c’était lui qui avait essuyé les plâtres, qui avait connu la séparation de nos parents et qui m’avait protégé de tout ça. Moi, j’étais à peine né, de quoi est-ce que je pouvais me rendre compte… Ma mère était institutrice, elle était très pédagogue et nous élevait comme il fallait. On passait un mois chez elle sur deux. Mon père, il était un travailleur modeste, un homme respectable et sans histoire. Pas très riche, peu présent pour ses enfants à cause de ses longs trajets professionnels, mais il avait un bon fond et lorsqu’il était présent, c’était un bon père. Mon frère avait 6 ans et moi 4 et demi. On était de parfaits exemples d’insouciance et de naïveté. A l’école, on s’ennuyait. Nicolas était assez turbulent, et je le suivais. Mais les instituteurs nous pardonnaient tout, parce-qu’ils connaissaient nos capacités hors du commun et nous respectaient pour ça. On a grandi tous les deux, sans autre cadre ni borne autres de ceux que nous imposait notre mère à juste titre. Très vite, j’ai connu une passion, celle de l’escalade. Ma mère m’encourageait dans cette voie-là, elle pensait que ça me canalisait, et encore une fois, elle avait raison. J’adorais le contact de la roche granitique sous mes touts petits doigts. Le sentiment de pouvoir gravir des montagnes et d’arriver au sommet du monde un jour. Le sentiment de se dépasser chaque jour. Ca me donnait l’impression d’être déjà grand. A cinq ans, les moments passés sur les falaises, près de chez nous sur la côte australienne, étaient les meilleurs de ma vie. Mon père riait lorsque je lui racontais mes mésaventures. J’aimais l’ambiance qu’il y avait au club d’escalade. Chaque semaine, j’y passais une journée entière. J’aimais bien le moniteur, il était toujours très sympa avec moi. Il me poussait à me surpasser toujours, et moi j’aimais ça. Il me disait que j’étais un vrai petit champion, et ça me faisait plaisir qu’on me dise ça. Il me donnait des bonbons à la fin des leçons, des bonbons emballés dans un papier vert criard. « Pour mon champion » disait-il.


Chapitre 2 : A Fallen Angel



J’avais cinq ans et demi. Ma mère venait d’être mutée dans une nouvelle école, à Rockhampton, une classe d’élèves en difficultés. Elle entra vite en pleine dépression nerveuse, elle était trop fragile, et les élèves trop turbulents pour elle. Mais elle ne voulait pas démissionner, réussir son travail était pour elle un gage de la réussite de l’éducation de ses enfants. Elle s’affaiblissait, ne mangeait presque plus et pleurait souvent. Elle voulait réussir mais s’en sentait incapable. Elle fit un long séjour à l’hôpital, pendant lequel Nicolas et moi, nous vivions chez notre père. A sa sortie de l’hôpital, le juge des enfants décida de nous mettre sous la garde exclusive de notre père. Ma mère n’allait pas mieux, l’hôpital ne lui avait rien fait de bon. La perte de la garde de ses enfants fut le pire pour elle. Cette nuit-là, j’avais trop chaud. Je me levai et marchai jusqu’à la plage, là où il faisait toujours frais, avec une petite brise. Je faisais ça très souvent, je passais par la fenêtre et comme mon père ronflait, il n’entendait rien. C’était Nicolas qui m’avait appris ça, mais il était trop grand pour passer par la fenêtre maintenant, alors il ne pouvait plus me suivre. En plus, il dormait cette nuit-là. C’était la pleine lune. La lumière laiteuse se reflétait sur les flots, faisant scintiller d’un éclat blanchâtre une ligne indistincte à la surface de l’eau. Sur la plage, je vis ma mère. Elle était en robe de chambre blanche. Elle avait encore pleuré, je le voyais. Je n’osais jamais lui parler lorsqu’elle n’allait pas bien. J’avais peur de dire quelque chose de maladroit et de lui faire du mal. Elle ne me vit pas. Elle entra dans l’eau doucement, exactement dans le sillage de la ligne de lumière que dessinait la lune sur les flots. Sa robe volait avec la brise qui venait de l’océan pacifique. Je me rendais compte ce soir-là à quel point elle était belle. Son étoffe blanche et rendue transparente par l’eau salée laissait voir sa peau pâle, contre laquelle j’aimais me blottir. Son corps entrait dans l’eau plus profondément, je n’avais pas peur, elle savait nager. Elle était belle, elle ne pleurait plus, elle avait l’air bien. Je commençais à avoir froid, je rentrait chez moi et me recouchai. Le lendemain, mon grand frère pleurait. Moi je ne comprenais pas, j’étais seulement triste à cause de l’ambiance morose des gens habillés en noir autour de nous. Jamais je n’oubliai l’image de ma mère qui descendait dans l’eau, tel un ange aux ailes coupées.


Chapitre 3 : The Hell in Heaven

Mes six ans sonnèrent. En même temps que l’année 2000, la promesse d’une ère nouvelle, le nouveau millénaire… Je continuais l’escalade, je m’étais très attaché à mon moniteur. Il m’emmenait souvent dans son bureau, il me confiait quelques secrets, ça devait rester entre nous. Des petites choses, comme des soucis avec sa femme, les résultats scolaires de ses enfants… c’était un jeu amusant et je me pris au jeu. Je gardais ses secrets, et il se confiait à moi. J’aimais l’attention qu’il me portait, et la confiance qu’il avait envers moi. J’avais l’impression d’être important, j’étais flatté qu’un adulte s’intéresse autant à moi. Et puis un jour, il me demanda d’enlever mon t-shirt. C’était notre nouveau petit secret. J’avais confiance en lui et ses mains sur ma peau ne me faisaient pas peur. Notre secret devint plus grand encore. J’enlevai davantage de vêtements, jusqu’à finir nu devant lui. Au début, j’étais mal à l’aise, je n’aimais pas le contact de ses grosses mains sur mon petit zizi. Mais je finis par m’habituer, et j’étais obnubilé par l’obsession de lui faire plaisir. Le jeu évolua encore, et j’appris de nouvelles choses. Des choses de grands. J’étais fier de moi le premier jour où j’avalai sans m’étouffer. J’étais fier de moi au moment où je parvins à ne pas hurler de douleur lorsqu’il me pénétrait. Et il me rendait tellement d’affection que je ne pouvais rien lui refuser. Le voir fier de moi était la plus belle des récompenses. Je gardais le secret religieusement.  Parfois, je refusais de jouer quand j’avais trop mal, mais bien vite je m’en voulais parce-que je voyais qu’il était déçu, je ne voulais pas lui faire de peine… je finissais toujours par accepter.


Mon frère avait sept ans, je lui parlais tellement de mes exploits à l’escalade qu’il voulut essayer lui aussi. Il apprécia tout autant que moi, mais il faisait plus de bêtises, il était plus énergique et turbulent, moins attentif aux règles. Mon moniteur l’aimait bien aussi je crois, mais Nicolas ne l’aimait pas, lui. Il refusait toujours ses bonbons avec une insolence certaine. Alors le moniteur finit par se désintéresser de lui. Je voyais bien qu’il ne lui donnait plus de conseils techniques mais qu’il ne travaillait plus qu’avec moi. Mais mon frère n’était pas un jaloux, il ne m’a jamais envié. Un jour, le cours était fini depuis longtemps et j’étais dans le bureau du moniteur pour « jouer au secret ». Je pensais que mon frère était déjà rentré en vélo, mais en fait, il m’attendait. Il me cherchait autour des falaises sans me trouver, pendant que je distribuais fidèlement mes gâteries à mon moniteur ravi. Le moment fatidique était venu où j’allais devoir serrer les dents. C’est là que je croisai le regard de mon frère, qui me fixait avec des yeux ébahis à travers la fenêtre du bureau, dos au moniteur. Ce regard qu’il me lança ce jour-là, je ne l’oubliai jamais. Nos yeux restèrent accrochés quelques interminables secondes, et je finis par fermer les miens dans un rictus de douleur. A ce moment-là il lâcha un cri, et déboula dans le bureau, en transe. Il se jeta sur le moniteur en le rouant de coups à l’aide de ses petits poings d’enfant. Il était entré dans une rage folle, je le n’avais jamais vu ainsi. A partir de cet instant, tout est devenu un peu flou pour moi. J’entendais mon frère hurler et je voyais son sang qui commençait à s’écouler sur le sol. Je ne comprenais pas trop ce qui se passait, ni pourquoi ce moment habituel de ma vie quotidienne avait tourné à l’enfer en une fraction de seconde. Je rentrai chez moi avec le vélo de mon frère, alors qu’il était transporté à l’hôpital en ambulance. Le moniteur expliquait aux médecins qu’il avait fait une mauvaise chute à l’escalade, parce-que son petit frère l’avait mal assuré. Je ne revins plus jamais faire de l’escalade ici, après l’horreur de cette journée. Ma complicité avec mon frère restait intacte, mais on n’évoqua jamais cet incident. Comme si ce jour n’était jamais arrivé, qu’on voulait l’oublier tous les deux et revenir comme avant, comme des frères normaux. C’est ce que l’on fit le reste de notre vie. Mais une incompréhension résidait toujours dans ma tête et ne me quittai plus : la réaction de mon frère. Pourquoi s’était-il énervé ainsi ? Il était normal que le moniteur, ainsi agressé, ait répliqué dans la violence… J’avais arrêté de jouer à cause de la tournure des événements de ce jour-là. Mais je ne me rendais pas encore compte…


Chapitre 4 : The Black Hole

Mon frère mit plusieurs semaines à récupérer de cette chute d’escalade. Au fil du temps, les souvenirs se mélangèrent dans mon esprit et je ne savais plus quelle version des événements était réelle ou non. Mais puisque j’essayais d’oublier ce jour, ce flou grandissant ne me dérangeait pas, bien au contraire. Mon père, lui, avait pris de mauvaises habitudes depuis cet accident. Le manque d’argent lui pourrissait la vie, car depuis le décès de notre mère, son maigre salaire de camionneur ne lui suffisait plus à nourrir deux enfants dans une ville où la vie était aussi chère qu’à Mackay. Alors pour oublier la dégradation constante de notre niveau de vie à tous les trois, il s’était mis à fumer. Juste des cigarettes au début. Et puis quelque chose qui avait un peu plus odeur de plantes, et qui le rendait un peu bizarre à chaque fois. Plus calme, mais il s’énervait plus vite. Ses humeurs étaient changeantes, cela me rappelait un peu le comportement de ma mère avant sa mort. Cela ne m’inquiétait pas. Ca passerait, comme c’était passé pour ma mère. Encore une fois, je ne me rendais pas encore compte… que cela était le début d’une spirale descendante qui allait tous nous engloutir.


Un jour, on nous prévint que mon père avait eu un grave accident lors de son dernier trajet en camion. Il était rentré dans le mur d’une usine et était gravement blessé. Il avait tué cinq travailleurs qui se trouvaient de l’autre côté du mur lors de l’impact. Les analyses toxicologiques montraient qu’il était complètement défoncé lors de l’accident. Il fut renvoyé sur-le-champ par la compagnie de transport qui l’employait depuis vingt ans. Lorsqu’il rentra à la maison, il était dans une chaise roulante. J’étais curieux de savoir pourquoi il n’était pas debout. Il nous expliqua, à moi et mon frère, avec une mine sombre, qu’il ne marcherait plus jamais.


Après cet accident, les problèmes d’argent que connaissaient notre famille ne s’arrangèrent pas. Mon père, privé des membres qui lui étaient indispensables pour se retrouver un métier dans sa branche (c’était tout ce qu’il savait faire, conduire un camion…) sombrait dans la déchéance la plus totale. Il avait substitué les herbes qui se fumaient à un liquide blanchâtre qu’il faisait courir dans ses veines plusieurs fois par jour. Très vite, il arrêta de payer le loyer et le propriétaire du logement nous jeta à la rue tous les trois. Nous étions devenus sans abris, avec un père camé jusqu’à la moelle. J’avais tout juste dix ans.


Chapitre 5 : The Light in the Darkness ?


Un matin d’hiver, notre père avait disparu de notre campement de fortune. Encore. On le retrouvait souvent, gisant au bord d’un trottoir ou d’un cours d’eau, presque mort. A chaque fois, on finissait par le traîner à la maison en attendant qu’il émerge. On se regarda avec mon frère : on allait encore arriver en retard à l’école, à cause de papa, une fois de plus. Alors que je m’habillai en vitesse, je poussai un petit cri de douleur. Une aiguille venait de me transpercer le bras. C’était une de ces saloperies de mon père, qu’il laissait traîner partout… Mon frère était énervé et se dépêcha d’aller chercher du désinfectant. La piqûre s’était plantée au mauvais endroit et le saignement, bien que pas très fort, ne s’arrêtait pas. Je feignis de ne plus avoir mal, on avait d’autres chats à fouetter que soigner un petit bobo de rien du tout. Je venais de chopper le VIH à cause d'une saloperie qui avait trop traîné dans les coins sales de la ville depuis trop d'années, mais je ne le saurai pas avant plusieurs dizaines d'années... Pour le moment, on devait retrouver notre père.


Il était dans le canal qui traversait la ville. A plat sur le ventre, à la surface de l’eau. Le visage plongé dans la saleté de l’eau qui coulait ici. Son fauteuil roulant brisé gisait au fond du canal. Le corps flottait, tout blanc, au milieu de l’eau rougie par son sang. D’ici, on ne pouvait pas voir qu’il avait été égorgé. Sur le moment, ça ne me fit ni chaud ni froid. Je ne savais pas si je devais être en colère contre le destin, contre mon père ou heureux d’être libéré de ce fardeau. Et pourtant, il avait été un si bon père dans mon enfance… Comment avait-il pu devenir une loque aussi minable ? Aujourd’hui, j’avais onze ans, et je ne savais plus quoi attendre de la vie.


Chapitre 6 : And the Truth will Save Us

Mon frère et moi, on devint pupilles de la nation puisqu’on n’avait pas d’autre famille connue. De ce fait, on nous plaça comme des pions dans un orphelinat miteux, au sein de l’institution pourrie de l’Etat. Nous étions déjà trop vieux pour être adoptés, nous savions que nous passerions le reste de notre enfance ici, jusqu'à nos 18 ans...


On allait à l’école du quartier, mais on avait honte, avec nos vêtements sales et notre crasse habituelle. L’école était le seul endroit où on pouvait faire quelque chose d’intéressant. L’endroit où on ne nous regardait pas totalement comme des chiens battus, mais où notre intelligence était reconnue et appréciée. Mon frère me protégeait toujours des autres qui me chahutaient en me traitant de pouilleux. Il savait se battre, et se montrait toujours très protecteur.


Un jour j'étais dans le parc de l'orphelinat et je jouais sur la balançoire, tout seul. Les autres enfants faisaient leurs devoirs avec les assistants sociaux, moi je les avais terminées en cinq minutes, comme d'habitude. Mais un grand costaud qui me détestait, du dortoir d'en face, vint s'approcher de moi. Il était jaloux de mes bonnes notes à l'école car j'étais toujours dans les bonnes grâces des professeurs, contrairement à lui. C'est alors qu'il s'attaqua à moi et qu'il me défonça la gueule en beauté. J'étais amoché, il me laissa dans le parc gisant par terre, en pleurs. Mon frère arriva, il essayait de me consoler mais c'était la triste vérité : il ne pouvait pas toujours être là pour moi. Alors que je pleurais sur lui, je lui avouai ce lourd secret que j'avais porté toute mon enfance... Je lui racontai cette nuit où j'avais vu notre mère se suicider. Je n'avais pas compris, sur le coup, mais je m'en voulais tellement de ne pas avoir tenté de l'arrêter... Il me prit dans ses bras et me berça. Il m'assura que ce n'était pas de ma faute, qu'à mon âge je n'aurais rien pu faire. Non, je n'eus pas le courage de lui parler de mon autre secret, parce-que je l'avais déjà oublié - j'avais forcé mon esprit à flouter ce souvenir tellement fort qu'il avait disparu, pour le moment. Avec mon frère, on était une vraie famille, même si on était que deux, on veillait l'un sur l'autre. Et je m'étais enfin libéré de ce premier secret qui commençait à me détruire.


Chapitre 7 : The Life Goes On

A l’aube de mes quinze ans, mon frère estima que j’étais assez grand pour apprendre à me défendre seul. Il m’apprit alors l’art de la bagarre, et les gosses à l’orphelinat se mettaient à me respecter aussi, car j’avais cassé le nez du caïd du dortoir alors qu’il me cherchait des noises. Ma complicité avec mon frère était intacte, mais j’avais grandi, j’étais plus fort à présent et je pouvais me débrouiller seul face au monde. Ou presque…


Mon frère avait atteint l’âge légal de travailler. Il quitta l’école et trouva un petit job de livreur de journaux dans le quartier. On pouvait alors, grâce à lui, nous acheter des fringues décentes. Cet argent de poche nous faisait goûter à une nouvelle liberté, et on préparait notre émancipation.


Lorsque mon frère eut 18 ans, il put quitter l'orphelinat. Comme on l'avait décidé avant, il fit les démarches nécessaires pour devenir mon tuteur légal - il ne pouvait pas me laisser seul ici, même si j'avais appris à me défendre seul, il savait que c'était une vie de merde pour un gosse. Alors il m'emmena avec lui. On était deux gamins pauvres et sans ressources, on vivait plus ou moins dans la rue, comme à l’époque de la déchéance de notre père, mais mon frère travaillait beaucoup et on arrivait à vivre. Mais on étouffait ici... On voulait voir plus loin. Voir l'Angleterre...


Chapitre 8 : Little Birds beggin to Fly

J’avais pas mal travaillé avant ma majorité et à force d'économiser, mon frère et moi partîmes à Londres. Pour quitter ce pays où on avait tant souffert. On ne voulait plus vivre ici, on voulait s'affranchir de notre passé. Mais Londres c'est une ville très chère et on n'avait aucune ressource... On vivait dans la rue. Mais on s'en foutait, on était libres, et on était ensemble. On travaillait toujours, moi comme agent de sécurité dans un centre commercial (j’étais devenu bien baraqué), mon frère comme journaliste indépendant (la bourgeoisie anglaise était friande de ses satires politiques). Son affaire marchait tellement bien qu’il dût embaucher un reporter photographe pour le seconder. Il trouva une jeune femme tout à fait expérimentée, avec qui il entreprit un travail très fructueux. Le hasard fit que cette femme était Australienne, et que mon frère s’enticha d’elle. Une belle histoire d’amour commença et mon frère partit vivre avec elle dans notre pays natal. Il hésita longuement avant de me laisser ici, mais je parvins à le convaincre de partir sans se retourner. Il méritait d’être heureux et de profiter de sa vie, après toutes les épreuves endurées… Je ne voulais pas qu’il rate sa vie à cause de son frère qui n’était pas capable de se débrouiller seul.


Bien sûr, son départ m’a déchiré le cœur, et la solitude commençait à me bouffer les entrailles. Mais c’était la meilleure solution. J’étais au moins rassuré de le savoir heureux. J’avais quelques nouvelles de temps en temps, quand j’arrivais à grappiller quelques minutes d’internet frauduleux dans les cyber-cafés. J’avais toujours une vie de merde dans les caniveaux, mais j’avais connu ça une si grande partie de ma vie que ça ne me faisait plus grand-chose. J’avais quand même 17 ans.


Chapitre 9 : Finally, Happiness is Coming

Je me faisais chier dans ce centre commercial. Mortellement. C’était pas ça, que je voulais faire de ma vie. Rester debout, planté devant des portes de magasins à fouiller les sacs des passants. Les bouquins me manquaient, je n’apprenais plus rien, j’avais loupé un épisode de ma scolarité, de ma vie, de mon enfance, et tout ça me manquait atrocement. Alors je commençais à jouer avec les passants. A leur faire croire des trucs, que j’allais les coffrer pour détention d’armes blanches quand une dame se promenait avec une lime à ongles dans mon sac par exemple. Ca me faisait marrer de voir leurs tronches flippées, pour finalement leur dire que c’était une blague et qu’ils pouvaient se barrer tranquille. Certains, ça les énervait et ils partaient furax. D’autres, ça les faisait sourire, voire rire. Ca me faisait un peu de compagnie, ça me sortait un peu de ma solitude de jouer au mariol comme ça.


Et finalement, un matin, peu avant mes 19 ans, une fille se pointa au centre commercial. Une blondinette parmi tant d’autres que j’avais vues passer avant. Je lui fis mon coup pourri habituel, elle s’esclaffa joyeusement et partit faire ses courses. Je ne l’avais pas particulièrement remarquée, mais elle revint à la sortie du centre commercial pour me parler. Elle me tendit sa carte et m’invita à me présenter le lendemain après-midi, dans la bibliothèque municipale. Je ne comprenais pas trop bien le truc. Elle me fit un clin d’œil en chuchotant :

«  Ne loupes pas cette occasion de montrer ton talent au grand jour ».

J’étais interloqué. Mais je n’avais rien à perdre.

Le lendemain, je me présentai à la bibliothèque avec mes fringues les moins sales : un jean déchiré et une chemise grise à délavée. Je ne savais pas trop ce que je foutais là, mais ce dont j’étais sûr c’est que mon apparence générale dénotait grandement avec la classe de ce lieu. C’est que la grande bibliothèque de Londres, ça déconnait pas. Il y avait une foule d’attente assez impressionnante. Les gens semblaient savoir pourquoi ils étaient là. Moi, je ne savais toujours pas… J’entrepris de me renseigner sans trop avoir l’air con. C’est là que je tombai sur une affiche qui décrivait l’événement : la troupe Le Théâtre de l’Esquif recrutait un nouveau comédien pour sa nouvelle pièce, dont le texte avait été spécialement écrit par le dramaturge Daniel Danis suite à la demande spécifique de la metteuse en scène Hélène Arnaud. Et le mode de recrutement était original : les candidats s’affrontaient en matches d’improvisation théâtrale, et les meilleurs seraient pris pour une période d’essai correspondant aux premières répétitions de cette pièce. A l’issue, seul le meilleur serait retenu. Je m’esclaffai bruyamment devant ce canular. La fille du centre commercial était gonflée. Je n’avais jamais fait de théâtre de ma vie, et avec juste une de ses vannes pourries, elle en conclut que je pourrai jouer dans une grande pièce sérieuse comme celle-là ? Quelle blague… Mais après tout, qu’avais-je à perdre, à part une journée de travail au centre commercial ? Je me rangeai dans la queue et patientai comme tout le monde. Au fil de l’attente j’étais légèrement nerveux, sans trop savoir pourquoi.

Après trois heures de queue, vint mon tour. Je fus affecté dans un groupe trois, contre trois autres personnes. Et le match d’impro commença. Je n’avais jamais fait ça de ma vie. Je pris rapidement la position du petit timide qui voulait pas trop s’affirmer et parlait en bafouillant. Rien de très démarquant en somme, mais les autres avaient de si gros caractères, ils gueulaient, s’esclaffaient bruyamment, sautaient à pieds joints… C’était tellement gros que ça me semblait absurde. Trop gros pour être drôle. Mais alors que le jeu dérivait sur une conversation concernant l’adultère, j’eus une soudaine inspiration. Je pris mon bras dans l’une mes mains et l’abattis violemment sur le crâne du mec d’en face, simulant une frappe de poêle à frire à la mère Dalton. Dans le même mouvement, je proférai haut et fort la première phrase vraiment assurée de ma vie « Crétin, si c’était moi qui avait baisé ta femme, elle aurait déjà quitté ton pieux depuis quinze ans. »… Et sa première femme l’avait effectivement quitté il y a quinze ans. Le jury sonna la fin du match pile à ce moment-là. Ils faisaient tous des mines renfrognées, comme s’ils s’emmerdaient depuis le début de la journée. Sauf la metteuse en scène en question – je la reconnus grâce à l’affiche – qui semblait vaguement intéressée. Elle intima à tout le monde de se barrer. Tout le monde, sauf moi. Je fus conduit dans une salle à part avec une demi-douzaine d’autres personnes.

Encore plusieurs heures d’attente. La metteuse en scène revint, accompagnée de la fille qui m’avait accosté au centre commercial et de deux autres mecs. Voilà, nous dit-elle. C’était la troupe au complet, et on était les heureux élus. On n’avait plus qu’à signer notre contrat de travail pour débuter la période d’essai. J’étais aux anges. La blonde du centre commercial me souriait avec un œil brillant. J’étais le roi du monde.


Chapitre 10 : When the Child Grows Up…

Je crois que ce nouvel emploi me fit franchir une étape. Pour la première fois de ma vie, j’avais acquis une situation, seul, sans l’aide de mon frère. Mes premiers versements me permirent de me trouver une piaule où dormir – un truc miteux, mais au moins je n’étais plus à la rue. Je me découvris une rapide passion pour l’art du théâtre, passant mes soirées à répéter mon texte, et quand je le connaissais plus que par cœur, je dévorais les bouquins de théâtre et de pièces classiques que la blonde me refilait. Elle passait me voir de plus en plus souvent dans ma piaule miteuse. Moi, je n’aimais pas aller chez elle, c’était trop propre : ça me mettait mal à l’aise, comme si je n’y étais pas à ma place. J’étais à l’aube de mes 19 ans et je baisais pour la première fois de ma vie – j’enfournais pour la première fois de ma vie, plutôt, car techniquement je n’étais plus puceau depuis longtemps… J’avais des sentiments pour cette fille, une sorte d’amour, mais pas de passion. Je devais penser à des trucs hyper bizarres pour bander suffisamment pour la baiser. Des trucs qui n’avaient rien à voir avec elle ou avec son corps, mais qui n’avaient même aucun rapport avec la féminité en général. Je me sentais homme, même si je savais qu’au fond, un truc clochait profond chez moi.


Ma période d’essai touchait à sa fin, et sans surprise, j’obtins le rôle. C’était presque trop facile avec l’une des comédiennes de la troupe dans ma poche. Mais je pensais quand même l’avoir mérité, j’avais bossé nuit et jour là-dessus, j’y avais mis toute mon âme. Et j’avais du plaisir à reprendre une activité « cérébrale » qui m’avait manqué depuis mon abandon de l’école. Bref, je m’épanouissais à 100% dans mon nouveau métier et pour la première fois depuis très longtemps, j’avais trouvé un sens à ma vie. Les répétitions n’en étaient pas moins laborieuses, et mes camarades me faisaient souvent remarquer que je ne m’affirmais pas assez sur scène – que je devais envoyer, en ayant ou non l’approbation de la metteuse en scène. Ces remarques m’agaçaient au plus haut point, même si je savais qu’elles étaient justifiées. Au fond, j’attendais toujours secrètement le consentement d’Hélène, comme un besoin de faire plaisir au plus puissant, et d’être reconnu par celui-ci, comme ce que j’avais fait toute ma vie. Mais ça, je ne m’en rendais même pas compte. Je travaillais mon jeu et mon affirmation sur scène pour ne pas avoir à travailler sur moi-même.


En réalité, j’avais fini par oublier ce que j’avais vécu dans mon enfance, dans le sens où à force de refouler tous ces sévices, je ne savais plus ce qui relevait de la fiction ou de la réalité. Et puisque je n’avais aucune envie de le savoir, j’avais définitivement rangé ça dans la case des oubliettes. Et ça n’était pas prêt d’être déterré.


Epilogue

Le jour où je partis en Australie pour assister au mariage de mon frère, je larguai Blondy. Notre tournée était terminée et elle avait trouvé un rôle d’enfer dans un grand film anglais, elle qui avait toujours rêvé de faire du cinéma. Ça tombait à point nommé, on n’aurait plus à travailler ensemble, ce qui arrangeait tout le monde. Moi, je restais dans la troupe, elle partait réaliser ses rêves. Je lui précisai que je l’aimais, elle l’avait toujours su car j’avais toujours été hyper attentionné avec elle. Mais au fond, elle avait toujours su qu’un truc clochait, quand même. Que je l’aimais, mais pas comme j’aurais dû l’aimer…


Le mariage de mon frère était somptueux. Il habitait dans une région Australienne bien loin de notre région natale, ça me faisait plaisir de découvrir de nouveaux paysages sans revenir d’un pouce sur mon passé. J’étais heureux pour lui, et à mon retour à Londres, heureux tout court. J’étais libre de sillonner le monde, pour le moment avec l’Esquif on était sur une nouvelle pièce et on allait se produire à Londres, mais qui sait ce que nous réservera l’avenir ? Et surtout, j’étais libre, sans attache, et prêt à dévorer ce qui me barrait la route : j’étais enfin adulte.  



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