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 Pas d'bras, pas d'chocolat... Et avec une jambe, ça donne quoi ?

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Kathleen Stevenson
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MessageSujet: Pas d'bras, pas d'chocolat... Et avec une jambe, ça donne quoi ?   Lun 22 Juin - 11:14

[19 juin 1942 - 11h00]

Le médecin de MIS avait demandé un assistant sur place, parce qu’il devait souvent s’absenter, or, il devait être disponible 24h/24 pour les enfants. Kathleen Stevenson avait donc directement approuvé, sans trop savoir où chercher. Elle pouvait bien sûr demander au MI6, mais ils ne trouvaient jamais les bonnes personnes, celles dont Kathleen voulait la présence ici.

Le médecin avait eu une idée, néanmoins. Il était resté en contact avec une infirmière de l’hôpital militaire de Hampshire, qui lui parlait souvent des désastres de la guerre. Elle lui avait parlé dans une lettre d’une ancienne infirmière allégée d’une jambe et qui craignait de ne plus pouvoir pratiquer le métier qu’elle avait tant aimé. Le désespoir qui l’avait animée avant qu’elle ne rencontre un petit garçon qui lui redonne goût à la vie. Dans sa dernière lettre, l’infirmière avait indiqué que l’enfant était parti, et qu’elle se sentait seule et recommençait peu à peu à broyer du noir. Et si c’était la candidate idéale ?

Kathleen avait donc réussi à récolter les informations nécessaires sur Evelyn Wood pour savoir si, oui ou non, elle était la personne qu’il leur fallait. Une fois la réponse trouvée, Kathleen avait rédigé une lettre suffisamment explicite, sans en dire trop néanmoins, pour faire comprendre à Evelyn qu’elle pouvait avoir une place ici, et ainsi pouvoir réexercer son métier.

« Bonjour Evelyn,

Je m’appelle Kathleen Stevenson, et je suis directrice d’un orphelinat à caractère un peu spécial (je vous expliquerai tout lors de ma visite, ce serait trop long par lettre). Mon médecin a besoin d’un assistant, et après recherche, nous en sommes arrivés à vous. Je viendrai vous rendre visite le 19 juin à 11h environ pour que nous puissions en discuter de vive voix.

Bien à vous,

Kathleen Stevenson »


Kathleen n’aimait pas s’absenter de l’institut. Elle avait toujours peur qu’il se passe quelque chose de grave. Mais parfois, il le fallait, et avec un peu d’espoir, la femme ne reviendrait pas seule. Elle l’espérait. Sinon, cela signifiait de nouvelles recherches et encore du temps perdu. Elle avait assez de choses à faire.

Elle et le médecin se rendirent donc en voiture jusqu’à Hampshire. La route se prolongea durant une heure environ, et enfin, ils étaient arrivés. Tout le monde ne pouvait pas rentrer dans l’hôpital militaire : l’accès était globalement réservé aux militaires et aux proches des blessés. Mais avec leur carte d’appartenance au MI6, on ne pouvait empêcher le duo d’entrer, d’autant plus que Kathleen était une haut-gradée dans la hiérarchie du service secret britannique.

Ils demandèrent ainsi à la réception dans quelle chambre se trouvait Madame Wood. Chambre A42, au bout du couloir. Sans plus perdre de temps, les deux adultes se rendirent là, avant de frapper doucement à la porte.

Une voix, que le médecin reconnu immédiatement, les invita à rentrer. Ils s’exécutèrent donc. L’infirmière s’affairait autour de la femme, que Kathleen reconnu immédiatement, quoiqu’elle ait l’air plus fatiguée et les traits plus tirés que sur les photos que la directrice avait pu récolter. Tandis que le médecin alla saluer chaleureusement l’infirmière, là où Kathleen se contenta d’un simple bonjour. Celle-ci se dirigea plutôt vers Evelyn.

« Bonjour, vous êtes bien Evelyn Wood, n’est-ce-pas ? » Il ne s’agissait pas vraiment d’une question. Kathleen savait bien de qui il s’agissait. « Je suis Kathleen Stevenson. Vous avez bien reçu mon courrier, je suppose ! »
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Evelyn Wood

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MessageSujet: Re: Pas d'bras, pas d'chocolat... Et avec une jambe, ça donne quoi ?   Lun 22 Juin - 15:56

On était le 19.
Ma rencontre avec cette Kathleen allait-elle changer quelque chose?
Serai-je capable de travailler avec des orphelins?
Et que pouvait-il avoir de si spécial, cet endroit?
Toutes ces questions avaient au moins eu le mérite de chasser le brouillard qui avait suivi le départ de Tomy.

L'infirmière avec qui j'avais été si sèche au début s'était finalement révélée être très sympathique. Nous discutions de sujets légers, alors qu'elle changeait ma perfusion, ou faisait mon lit. Je commençais à avoir honte de ma situation.
J'avais encore de la difficulté à manger normalement, mais, mis à part ça, j'aurais pu céder ce lit à quelqu'un de plus nécessiteux que moi. Sauf que je n'avais nulle part où aller…
Jusqu'à cette lettre!

J'avais demandé à ma nouvelle amie de venir me réveiller à dix heures et demie, pour que je puisse me rendre présentable avant cette visite mystérieuse. Mais à présent, face au petit miroir à main, je me faisais peur.
Mes traits avaient perdus leur finesse au profit de la fatigue et de la souffrance. Des cernes marquaient mes yeux, et mes cheveux pendaient, si ternes. La maigreur faisait ressortir clavicules et côtes, et la pâleur de ma peau veines et tendons.
Comment quiconque pourrait-il avoir envie d'embaucher un cadavre pareil?

Je m'efforçais de dompter mes cheveux, les nouai avec un bout de tissu. Je n'avais pas de maquillage. Tant pis.
Cette Kathleen me choisirait pour qui j'étais, et non pour mon apparence. Je posai le miroir, face cachée, sur la petite table de nuit. Dans une dizaine de minutes, mon avenir serait probablement scellé.
Je tournais nerveusement le bracelet offert par Tomy pour mon vingt-troisième anniversaire, moins d'un mois au paravent. Ma collègue revint dans la pièce, et fit mine de vérifier l'état de cicatrisation de ce qu'il restait de ma cuisse. Je détournai la tête.

C'est ce moment-là que choisit un couple très hétéroclite pour entrer dans la pièce. Un petit homme, au sourire aimable, aux cheveux poivre-sel, se dirigea immédiatement vers l'infirmière qui avait laissé retomber mon drap. Sûrement le médecin dont la missive parlait.
La femme devait être Kathleen. Son corps moulé dans un tailleur strict me fit frissonner, mais moins que ses yeux.
Verts.
Les nuances étaient différentes, et pourtant…
Une larme perla, que je contins dans un sourire forcé, et un hochement de tête qui confirmait mon identité.
- Enchantée... Bien sûr, j'ai reçu votre lettre.
Devais-je ajouter quelque chose? L'émotion me nouait la gorge et faisait trembler ma voix. Je pris conscience que je jouais à nouveau avec le bracelet de Tomy.
Je fermai les yeux un bref instant, et pris une profonde inspiration.
- Je vous en prie, assez-vous.
Je tendis la main en direction de la chaise en plastique près de mon lit. C'était étrange. J'imagine qu'hors de cet hôpital, elle aurait été assise derrière un grand bureau, et aurait prononcé cette phrase.
Peut-être la distance hiérarchique, le cadre plus formel, m'auraient rendus moins vulnérable. Moins effrayée.
Et merdre! Ressaisis-toi un peu! Elle vient pour t'embaucher, toi, parmi toutes les infirmières valides qui rêveraient de s'éloigner du front! Montre-lui que tu en vaux la peine...
- J'imagine que maintenant, vous allez pouvoir m'en dire un peu plus sur votre organisation..?
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Kathleen Stevenson
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MessageSujet: Re: Pas d'bras, pas d'chocolat... Et avec une jambe, ça donne quoi ?   Mar 23 Juin - 10:20

Evelyn invita l’autre femme à s’asseoir, comme deux vieilles amies qui ne s’étaient plus vues depuis longtemps. Si elle était comme ça avec les enfants, c’était parfait. Cela dit, Kathleen n’avait pas besoin de son invitation pour saisir la chaise et se poser dessus, mais prononça néanmoins un rapide merci.

Tandis que la patiente implorait la directrice d’en dire d’avantage sur le MIS, la directrice se retourna vers son médecin et lui fit le signe de tête convenu. Alors, il emmena son amie aller boire un café. Ils devaient être absolument tranquilles pour discuter de tout cela, à l’abri des oreilles indiscrètes. Si quelqu’un entendait ce que Kathleen allait dire, elle serait dans les ennuis jusqu’au cou. Son Institut n’était pas secret pour rien, après tout ! Le médecin reviendrait après, éventuellement avec l’infirmière, tant qu’ils restaient discrets sur le caractère improbable de l’établissement.

Les explications allaient être longues, et Kathleen s’attendait déjà à ce que la femme en face d’elle soit rebutée par l’ensemble. Lorsqu’elle devait accueillir des enfants, ils avaient peur de ne pas être à niveau, mais ils ne semblaient, sinon, jamais réellement opposés à l’idée de devenir espion. Et pour cause, c’était le rêve de tout gosse.

Pour les adultes, néanmoins, c’était une toute autre affaire, et ils étaient, en général, beaucoup plus difficile à convaincre. Bref, il était temps de se lancer, Kathleen allait bien voir sa réaction. Et puis, à force, elle savait répondre à n’importe quelle observation négative, ou presque…

« Bien. Ce que je vais vous dire est secret d’État. Vous devez absolument garder ça pour vous. » Elle ne voulait pas avoir l’air autoritaire ou tyrannique, mais ce point était essentiel. « On devra vous faire signer un papier, comme quoi vous jurez de garder silence. Je sais, c’est une drôle d’entrée en la matière, mais vous allez vite comprendre. » Elle radoucit légèrement le ton, qui n’avait pas été élevé pour autant. « Vous êtes d’accord ? »

Après être tombées d’accord, Kathleen entama les explications.

« Je suis la directrice du MIS : Modern Institut of Seafront. Mais c’est une couverture. Si vous prenez les premières lettre de chaque mot, vous tombez sur MIS, ou MI6, si vous préférez. Eh oui, notre établissement fait partie des services secrets britanniques ! Quel rapport avec les enfants ?, me direz-vous ! Eh bien nous sélectionnons les orphelins les plus doués intellectuellement et physiquement parlant, nous les formons sur tous les plans pour qu’ils puissent effectuer des missions qu’eux seuls peuvent réaliser. Ça peut être choquant, mais pensez-y ! Qui soupçonnerait un enfant ? Personne ! Au-delà de ça, nous accordons une importance extrême à leur bien-être, et nous faisons tout pour ne pas les mettre en danger. Il est également important de préciser qu'ils sont tous volontaires, et qu'ils peuvent tous se retirer quand ils veulent. Voilà le résumé de notre institut et de sa philosophie. Vous vous posez certainement beaucoup de questions, et je vais y répondre avec joie… » Conclut-elle (momentanément) par un sourire.
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MessageSujet: Re: Pas d'bras, pas d'chocolat... Et avec une jambe, ça donne quoi ?   Mar 23 Juin - 20:41

Elle n'avait pas l'air d'avoir saisis mon trouble. Heureusement!
Avant de parler, elle fit un bref signe de tête à l'homme qui l'avait accompagnée, et il sortit avec l'infirmière.
C'était visiblement du sérieux, alors! Le lit de l'autre côté du rideau était vide depuis le départ de Tomy, mais je me demandais s'ils n'auraient pas déplacé le patient, pour garder leur secret...
D'ailleurs, ce qu'elle commença par dire confirmait effectivement cette pensée.
L'Etat.
L'Etat m'avait volé une jambe. Avais-je vraiment envie de travailler à nouveau pour eux? Avais-je le choix?
Je me contentais de hocher la tête. Je pouvais toujours signer son papier, et ne pas accepter le poste, si cela semblait trop absurde.

Elle s'arrêta de parler. C'était impressionnant, la jeune femme avait à peine respiré!
Je me demande bien le nombre de personnes qui ont déjà eu droit à ce speech. En tout cas, c'était bien mené!

Des enfants. Espions. Orphelins. Génies. Le MI6!
Je n'en revenais pas!

Ses magnifiques yeux vertes me ramenèrent à la réalité. Cela faisait plusieurs secondes que je réflechissais, il fallait que je lui offre ma réponse. Ou plutôt, mes questions...

- Effectivement, personne ne soupçonnerait des enfants. Personne ne soupçonne même l'existence d'une telle branche au sein des services secrets. Et oui, j'aurais quelques questions.

La première était osée. Je n'étais même pas sûre de vraiment vouloir en connaître la réponse, mais je savais qu'elle reviendrait m'empêcher de trouver la paix, si je ne la posais pas.

- Pour commencer, veuillez pardonner mon impertinence, mais je ne peux pas m'empêcher de me demander pourquoi vous m'avez choisie moi. Je veux dire, il est évident que je suis...

Handicapée. Invalide. Estropiée. Infirme. Ma gorge se noua. J'étais incapable de me regarder. Comment aurais-je pu le prononcer? Je serrai les lèvres brièvement, puis repris:

- Et puis, vous avez dit que les enfants étaient volontaires. Mais j'imagine qu'offrir un tel cadre à un orphelin revient à proposer un million à un mendiant. Je veux dire... Ont-ils vraiment le choix? Leur offrez-vous une alternative aussi accueillante que la votre, s'ils ne veulent pas prendre part à votre organisation?

Sauter sur l'offre aurait été trop facile. Je devais me montrer un minimum suspicieuse, n'était-ce que pour souligner ma perspicacité, et mon sens de l'éthique, qui, de toute façon, était parfaitement capable de m'empêcher de saisir une opportunité pareille si elle n'était pas équitable.
Je crus tout de même bon d'ajouter:

- Je ne remets pas en cause votre jugement, ni votre façon de faire, mais j'aurais besoin de savoir que ces enfants sont vraiment libres, pour pouvoir travailler avec eux.

J'avais hâte d'entendre ses réponses! J'espérais de tout coeur qu'elles ne me décevraient pas, car plus le temps passait, plus j'avais envie de faire partie de cet orphelinat!
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Kathleen Stevenson
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MessageSujet: Re: Pas d'bras, pas d'chocolat... Et avec une jambe, ça donne quoi ?   Mer 24 Juin - 21:05

La première question était plutôt inattendue, à vrai dire. Cela lui rappelait presque les visites qu’elle faisait avec les enfants. Avant de remettre l’institut en question, ils émettaient un doute quant à leurs capacités à rentrer dans les rangs du MIS. Les adultes, eux, s’interrogeaient plutôt sur le bien-fondé de son établissement. Peut-être était-ce là une trace de la relation qu’Evelyn avait eue avec Thomas. Peut-être aussi, était-ce tout simplement parce qu’elle était un peu plus… spéciale que les autres. Peu importe, Kathleen devait évidemment y répondre.

« Eh bien, il n’y a pas vraiment de raison bien précise. Néanmoins, nous avons eu écho de votre existence par l’infirmière qui vous soigne et qui est une amie relativement proche de mon médecin, comme vous avez pu le constater. Elle nous a raconté d’une part comment la relation avec Thomas vous avait remonté le moral, et d’autre part le désespoir qui vous animait de ne plus pouvoir exercer votre métier. Nous avons pu récolter des informations sur vous : vous avez déjà servi dans un environnement militaire. Bref, vous êtes, selon nous deux, la candidate idéale pour une infirmière sur place. Et comme avec ce poste, vous restez en permanence à l’Institut, vos blessures de guerres ne sont pas un handicap. »

La deuxième question était plus attendue. Mais quoiqu’il arrive, Kathleen savait garder son sang-froid et pouvait répondre de manière assurée. Elle savait ce qu’elle faisait. Et même si elle ne savait pas, elle n’avait pas le droit de le montrer dans ce métier. Cela faisait partie des choses que l’on apprenait dans le monde de l’espionnage. Cette alternative était prévue, mais Kathleen n’avait jamais dû le mettre en exécution jusqu’ici.

« Il existe effectivement une alternative, voire deux. Nous avons une liste des meilleurs orphelinats à Londres et nous nous arrangeons pour que ces enfants soient placés là rapidement. L’État britannique peut arranger ce genre de choses. Il reste l’autre solution, plus enviable pour l’enfant : lui trouver une famille d’accueil. Mais en temps de guerre, cela ne court pas les rues, malheureusement… Cela dit, nous n’avons jusqu’ici jamais été confrontés à cette situation jusqu’ici. Les enfants se plaisent vraiment dans notre institut, j’ai l’impression. »

Comme d’habitude, la directrice s’assura que la personne en face d’elle n’ait plus de questions, avant de passer à la suite : la discussion avec le médecin. Après cela, si Evelyn acceptait de rejoindre les rangs du MIS, ils la conduiraient là-bas, si l’hôpital le permettait déjà, et Kathleen lui ferait visiter les lieux tant bien que mal.

« Avez-vous encore des questions ? »
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MessageSujet: Re: Pas d'bras, pas d'chocolat... Et avec une jambe, ça donne quoi ?   Mer 24 Juin - 22:09

Décidément, cette femme ne respirait jamais!
Mais sa réponse me satisfit. Qu'aurais-je pu demander de plus? Avoir un contact était effectivement un bon moyen de trouver des employés... Et puisqu'ils sauvaient en quelque sorte des orphelins, peut-être pensaient-ils pouvoir me sauver aussi. Après tout, je n'étais pas très différente de ces enfants. Je n'avais pas d'attaches, j'avais connu la guerre. Finalement, je n'avais que quelques années de plus et un savoir dans la pratique médicale qui leur était apparemment utile.

Elle avait dit le mot. Sa phrase se voulait positive, bien sûr! Mais je n'arrivai pas à accepter l'idée que, toute ma vie, les gens me verraient avant tout comme handicapée. D'ailleurs, cela ne risquait-il pas de déranger les enfants? De leurs rappeler les atrocités de la Guerre, au-delà des murs rassurants de l'institut? Des risques qu'ils prenaient?
Et s'il y avait une urgence? Si je devais courir à l'autre bout du campus, serais-je assez rapide? Je pouvais marcher au même rythme que n'importe qui d'autre, à présent, surtout avec les cannes. Je savais que, théoriquement, la prothèse me permettrait de m'en passer, ou, au moins, de n'en avoir qu'une petite. Mais je n'étais pas encore capable de me déplacer ainsi sur plus de trois pas.

Sa deuxième réponse était toute aussi parfaite. Était-elle toujours comme ça? Je commençais à comprendre pourquoi ils avaient mis une telle responsabilité dans les mains d'une femme. Dans les mains de cette femme-là. Elle était incroyable, et sûrement tout aussi douée avec les enfants. Comment lui résister?

J'avais des milliers de questions, mais c'était une habitude. Deux d'entre elles avaient vraiment de l'importance, pour l'instant:

- J'aurais encore deux petites choses à vous demander, oui. Je souhaiterais savoir si les enfants reçoivent une formation médicale, au moins d'urgence. J'imagine que c'est le cas... Je me demandais si, à moyen terme, il serait possible que j'en fasse partie?

D'où cela était-il sorti? Je n'avais que prévu de savoir si, puisque je n'étais pas la plus adaptée pour réagir en cas d'urgence, s'il fallait se déplacer, les enfants pouvaient le faire. Il n'était pas possible d'exiger cela de n'importe quel enfant, mais ils n'étaient pas n'importe qui, apparemment. De plus, des connaissances médicales leur seraient sûrement utiles pour les missions. Même s'il était préférable de penser le contraire, mieux valait qu'ils soient prêts.

Mais pourquoi diable m'étais-je proposée? Il était vrai que j'aurais adoré faire ça, le sourire qui s'était dessiné sur mes lèvres alors que je posais ma question en était la preuve. Mais je n'avais jamais enseigné, à part aux nouvelles, sur le terrain. Aurais-je le droit de participer aux cours?
Le médecin était peut-être mieux considéré, pour un tel rôle. En même temps, s'il était depuis un moment à l'institut...

- Je pensais qu'avec min expérience du terrain dans le domaine... Mais je ne sais pas, à vous de voir.

Argh. Pourquoi n'arrivais-je pas à être plus sûre de moi? Cette femme, décidément, me déstabilisait. J'étais plus stressée que dans une tente surchargée, au milieu du sang, des cris et des larmes.

- Et finalement, je souhaiterais savoir si nous pouvions rejoindre votre médecin, ou s'il pouvait revenir. J'aurais aimé faire la connaissance de l'homme avec qui je vais travailler, avant d'accepter...

J'estimais cela plutôt acceptable, comme condition. Et, de tout mon être, j'espérais à présent que ce serait un homme bien. J'avais vraiment envie de travailler au milieu de ces enfants!
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Kathleen Stevenson
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MessageSujet: Re: Pas d'bras, pas d'chocolat... Et avec une jambe, ça donne quoi ?   Jeu 25 Juin - 19:21

Evelyn semblait positivement impressionnée par les réponses de la directrice. Elle serait moins difficile à convaincre – Kathleen pensait même que c’était déjà dans la poche. En tous les cas, les premières impressions de la femme furent bonnes. Cette visite était bonne pour déboucher sur quelque chose de constructif, même si Mme. Stevenson n’en avait jamais réellement douté.

Néanmoins, la femme allongée sur son lit avait encore quelques questions. Celles-ci pouvaient même s’affilier à une prise d’initiative. Kathleen aimait bien ça, cela montrait qu’Evelyn voulait aller de l’avant, ce qui était une qualité indéniable.

« Les Agents ont dans leur programme un cours de survie, où est, entre autre, abordé les premiers secours en profondeur. Votre participation à ce cours est évidemment la bienvenue. Notre professeur sera ravi d’avoir de l’aide et une personne d’expérience pour l’aider ! Nous en reparlerons ensemble au prochain conseil du personnel. Nous le menons une fois toutes les deux semaines pour voir ce qu’on peut améliorer à l’Institut. Croyez-moi, on trouve des nouveaux points à chaque réunion. Ce n’est jamais fini…»

Elle tenait également à féliciter la jeune demoiselle pour la prise d’initiative. Kathleen aimait bien encourager ses collaborateurs, ce qui garantissait une bonne qualité de travail collaboratif.

« Vous venez par ailleurs de rajouter une raison de plus pour vous engager ! » ajouta-t-elle donc avec un clin d’œil « Nous aimons bien avoir des collaborateurs qui prennent leur tâche à cœur ! »

Il était grand temps, comme venait de le souligner Evelyn, de rencontrer le médecin, le Docteur Till Rosenwald. Tout en se levant, Kathleen précisa à la femme qu’elle allait chercher le médecin qui était surement en train de boire un thé à la cafétéria de l’hôpital. Elle quitta la chambre, laissant leur futur infirmière seule un instant et parcourut le long couloir, dépassant une multitude de portes blanches jusqu’à l’accueil. La cafétéria était là, juste à gauche, et Kathleen, de son œil de Lynx, repéra immédiatement son médecin, vers lequel elle se dirigea.

« Il est temps, Till. » dit-elle calmement. Tout se passait comme prévu, le médecin savait très bien de quoi parlait la directrice.
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MessageSujet: Re: Pas d'bras, pas d'chocolat... Et avec une jambe, ça donne quoi ?   Jeu 25 Juin - 21:11

Sa réponse, comme je m'y attendais, était satisfaisante. Je pris sur moi pour ne pas rougir, lorsqu'elle m'adressa un presque compliment. Mais qu'est-ce qui m'arrivai?

J'attrapais, sur la table de nuit, un gobelet en plastique pour masquer mon trouble. Ce qui fut, d'ailleurs, une bonne initiative. L'eau, bien que tempérée, eut pour effet de me ramener un peu sur terre. Dans mon corps. Dans ce corps.

La jeune femme quittant la pièce acheva de me faire reprendre mes esprits. Elle allait le chercher. Mais j'étais parfaitement capable de les rejoindre. Je préférais avoir un premier contact plus égalitaire que couchée dans un lit. Cette posture me plaçait automatiquement dans une position inférieure, et était probablement à l'origine de mon malaise...

C'est ainsi que, d'un geste rôdé par l'expérience, j'ôtai l'intraveineuse de mon coude. Ma prothèse n'était pas là, elle était restée en salle de rééducation, mais je n'en avais pas nécessairement besoin. Et puis, ça serait l'occasion de voir la réaction du médecin face à ce qui restait de ma jambe. Je ne doutais pas qu'il saurait agir de façon appropriée, mais c'était une opportunité de couper court à tout malaise.

Assise sur le bord du lit, je dus tendre les bras pour attraper les cannes. Le passage assise-debout était toujours le plus difficile. Je faillis d'ailleurs perdre l'équilibre, et me rétablis de justesse. Mon coeur s'était mis à battre trois fois plus vite, mais il n'y avait pas de casse.

Heureusement pour ce qu'il restait de ma dignité, j'avais eu l'occasion de m'habiller, pour cette visite. La blouse d'hôpital, qui laissait voir tout l'arrière des patients, n'étaient vraiment pas terrible! Je ne portais rien de transcendant, un simple t-shirt blanc assorti d'un pantalon miliaire dont on avait attaché la jambe coupée avec des imperdables, mais au moins, j'étais présentable!

La courte distance qui me séparait de la cafétéria me permit de me recentrer, et j'entrai dans la pièce d'un air assuré, un petit sourire aux lèvres.
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Kathleen Stevenson
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MessageSujet: Re: Pas d'bras, pas d'chocolat... Et avec une jambe, ça donne quoi ?   Ven 26 Juin - 12:42

En fait, non. Tout ne se passait pas comme prévu. Miss Wood les rejoignit à la cafétéria, et ce n’était pas dans les plans de Kathleen. Mais peu importe. Cet imprévu était très léger, et facilement arrangeable. La directrice avait déjà vu pire.

Évidemment, Kathleen fit comme si de rien n’était et se retourna en souriant à la jeune femme. Celle-ci s’était un petit peu arrangée pour avoir l’air plus ou moins présentable malgré son handicap. Elle souriait. C’était d’ailleurs un très beau sourire, pensa Stevenson. Un sourire rassurant, essentiel pour s’occuper d’enfants blessés.

« Ah, Evelyn, je vous présente le médecin de mon orphelinat : Docteur Till Rosenwald. C’est donc avec lui que vous allez travailler – si vous acceptez le poste – dorénavant. Till, je te présente Evelyn. Je suis sûr que vous allez très bien vous entendre. »

C’est alors que l’infirmière, assise entre les deux personnes du MIS, un café devant elle, intervint, à la surprise de la directrice. À nouveau, ce n’était pas bien grave. C’était très bien, même. Kathleen pourrait rebondir sur son intervention pour poser une question pratique.

« Ah, vous pourrez de nouveau pratiquer, Miss Wood, visiblement. C’est formidable pour vous ! »

« À ce propos, » renchérit donc Kathleen « Peut-elle partir de l’hôpital, maintenant ? Est-elle suffisamment guérie ? S’il faut, mon médecin peut encore s’occuper d’elle – vous connaissez sans doute aussi bien que moi ses fabuleuses compétences en médecine…»

L’infirmière hocha de la tête. Visiblement, tout était en ordre de ce côté-là. Il était temps de retourner dans la chambre de Miss Wood, sans l’infirmière, et puis de prendre la route vers MIS, si Evelyn acceptait sa proposition bien entendu. Mais elle n’avait presqu’aucun doute quant à cela.

« Nous allons retourner dans la chambre de Miss Wood pour régler quelques points… »

L’infirmière nous indiqua qu’elle devait aller s’occuper d’un autre patient dans une chambre, qu’elle n’avait pas vu l’heure passer et qu’elle était légèrement en retard. Elle s’éclipsa donc rapidement. Tant mieux, c’était ça en moins à faire. Le trio retourna donc dans la chambre d’Evelyn, Kathleen en tête, telle une meneuse – et c’était bien ce qu’elle était.
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MessageSujet: Re: Pas d'bras, pas d'chocolat... Et avec une jambe, ça donne quoi ?   Dim 12 Juil - 12:26

Oups.
Elle m'avait souri, mais quelque chose dans ses yeux disait le contraire de sa bouche. J'avais sentis que ce n'était pas une bonne idée, de la suivre. Pourquoi n'étais-je jamais capable de m'écouter? Depuis quand avais-je à ce point perdu confiance en moi?

La réponse à cette question me heurta de plein fouet, alors que je plongeai dans les yeux verts de la directrice. Encore.
J'allais devoir passer outre ce... drame. Mais comment pouvais-je oublier la perte de l'amour de ma vie, alors que cette jambe, ces cannes, ne faisaient que me le rappeler? Serai-je un jour capable de ramener ces souvenirs à la surface sans que les larmes envahissent mon regard?

Je n'avais pas écouté les quelques mots de la directrice, mais au sourire engageant du médecin, je devinais qu'elle venait de faire les présentations. Ma consœur rebondit sur l'occasion pour lancer une de ses phrases qui avaient le don de m'enrager, avant la venue de Tomy et de son enthousiasme contagieux.

Heureusement, la femme qui promettait désormais d'être ma patronne rebondit, m'ôtant la responsabilité de répondre à cette question. Une pointe de vexation me fit tressaillir, lorsqu'elle mentionna que son médecin pouvait prendre soin de moi. Hors de question que mon futur collègue me voie comme une patiente! Et puis, j'étais parfaitement capable de prendre soin de moi-même.

Kathleen signala qu'il était temps de retourner dans ma chambre. J'aurais préféré évité cela. Plus rien ne m'attendait dans cette pièce aseptisée, à présent. Mais je n'eus pas le choix, puisqu'elle se dirigeait déjà vers le fond du couloir. Je la suivi donc, le médecin fermant la marche.
Une fois arrivée, je choisis délibérément de ne pas m'asseoir. Je raffermis ma prise sur les poignées entourées de tissus, avant de prendre la parole.

- Maintenant que nous sommes seuls... Aviez-vous quelque chose à me demander?
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Kathleen Stevenson
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MessageSujet: Re: Pas d'bras, pas d'chocolat... Et avec une jambe, ça donne quoi ?   Mer 15 Juil - 15:44

La dernière question d’Evelyn laissa Kathleen légèrement perplexe… Bien sûr, elle ne laissa, comme d’habitude, rien transparaître. La femme en face d’elle semblait soudainement plus refrognée, moins souriante, moins engageante… Comme si quelque chose l’avait blessé. Ou peut-être avait-elle envie de quitter cet endroit au plus vite, envie soulignée par le fait qu’elle restait debout au lieu d’aller s’asseoir.

« Vous vouliez rencontrer Till, non ? » répondit néanmoins Kathleen avec un sourire assuré. « C’est le moment de faire plus ample connaissance avec votre futur collègue. » Poursuivit la directrice. « Nous pourrons nous en aller une fois que cela sera fait et que nous aurons répondu à vos questions. À condition, bien sûr, que vous acceptiez le poste que nous vous offrons… »

Till Rosenwald s’avança vers la femme pour qu’ils puissent discuter ensemble. Lui aussi restait debout. Son accent était presque parfait, même si une pointe d’accent germanique perçait de temps à autre. Sa voix était légèrement rauque, et l’homme prenait son temps pour parler.

« Je serais ravi de vous avoir comme assistante, chère Miss Wood. J’ai lu votre dossier et votre histoire, car nous avons pu récolter divers rapports de supérieurs à votre propos. Je dois dire que je suis plutôt impressionné par votre vécu et votre expérience. Vous avez là une certaine plus-value, et je vous en félicite. »

Le Docteur aimait bien faire de longs discours un peu pompeux. Kathleen leva les yeux au ciel, plutôt par amusement que par exaspération. Elle aimait bien quand il parlait. Il avait une voix douce et reposante, une voix de vieux papy qui raconte des histoires au coin du feu. Une voix apaisante, parfaite pour calmer ses patients. Il savait ce qu’il disait, et il le montrait.

« Néanmoins, il y a une certaine zone d’ombre dans votre dossier. Ce n’est pas forcément grave car vous avez peut-être tout appris sur le terrain… Mais vous n’avez jamais eu de formation théorique ? »
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Evelyn Wood

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MessageSujet: Re: Pas d'bras, pas d'chocolat... Et avec une jambe, ça donne quoi ?   Ven 24 Juil - 19:31

La directrice refit les présentations!
J'étais sauvée, je connaissais à présent le nom du médecin qui ferait peut-être mon quotidien. À entendre sa voix, j'aurais dit qu'il n'était pas d'origine anglaise. Mais quel accent perçait à travers ses mots?
Je ne sus le déterminée, plus concentrée sur le contenu de ses phrases que sur leurs formes.
Je n'eus pas envie de rougir lorsqu'il fit, en quelque sorte, mes éloges. Peut-être parce que la directrice avait détourné le regard, pour nous donner un semblant d'intimité?

Dans tout les cas, j'étais contente de réussir à reprendre mon sang-froid. Surtout qu'il m'en fallut, pour encaisser la question du médecin.
Une formation?
Le médecin du village m'avait enseigné les bases de son art, mais l'armée m'avait directement plongée dans la mêlée.
Non, je ne m'étais jamais assise sur les bancs d'une quelconque université. Quant au terrain... Il ne m'avait certainement rien appris de la pédiatrie, malheureusement. Je savais parfaitement traiter n'importe quelle blessure par balle, mais restais impuissante face à une simple rougeole.

- Non, effectivement, je n'en ai pas reçue. Je serais ravie d'étendre mes connaissances à tout ce qui touche aux enfants et adolescents. Heureusement, je n'en ai pas vraiment rencontrés sur le terrain. Disons, pour faire simple, que je m'en sors nettement mieux en traumato' qu'en maladies...

J'espérais que ça ne poserait vraiment pas de problème...
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Kathleen Stevenson
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MessageSujet: Re: Pas d'bras, pas d'chocolat... Et avec une jambe, ça donne quoi ?   Lun 27 Juil - 20:36

Le médecin regarda gravement Evelyn et écouta avec attention ce qu’elle avait à lui dire. Aux confessions de la femme, il sourit et lui dit chaleureusement :

« C’est très bien, Miss Wood. Nous remédierons à ces lacunes en temps voulu. Et l’expérience que vous avez déjà acquise sur le terrain devrait être amplement suffisante d’ici là… »

Puis, Till se retourna vers la directrice, qui s’avança à nouveau, alors qu’elle s’était rangée dans l’ombre pour les laisser tranquille. Elle reprit la parole.

« Bien, nous allons peut-être nous mettre en route. La route étant relativement longue, nous aurons encore le temps de discuter de tout ça dans la voiture… Evelyn, n’hésitez pas à poser n’importe quelle question. Faite comme si nous étions de vieux amis ! », conclût-elle avec un sourire satisfait.  

Bien sûr, Kathleen n’avait pas voulu précipiter les choses, mais elle sentait bien qu’Evelyn voulait partir au plus vite d’ici, et la femme la comprenait bien. Elle n’aimait pas vraiment l’ambiance que dégageaient les hôpitaux. Le trio sortit ainsi de la chambre, traversa le couloir et avant de sortir enfin du bâtiment, Kathleen alla signaler qu'ils reprenaient Evelyn Wood avec eux. Ils se dirigèrent ensuite vers la voiture. Kathleen sortit la clé de contact de la poche avant gauche de sa veste et la rentra dans la serrure de la portière avant. Tout trois embarquèrent dans le véhicule, la directrice se retournant discrètement pour s’assurer qu'Evelyn n’avait pas de problème pour monter.

Puis, elle alluma le moteur et mis l’auto en marche, direction le MIS.

« Tout va bien ? » s’enquit-elle finalement auprès de sa nouvelle recrue.


Dernière édition par Kathleen Stevenson le Lun 10 Aoû - 14:11, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Pas d'bras, pas d'chocolat... Et avec une jambe, ça donne quoi ?   Sam 8 Aoû - 13:33

J'étais donc prise! J'allais enfin quitter cet endroit lugubre, qui sentait la mort médicalisée. D'ici à les considérer comme des amis… Je ne connaissais pas la signification de ce terme. La fille de l'estropié de guerre qui n'était à l'école que la moitié du temps n'avait pas d'amis. L'adolescente curieuse, assistante du médecin du village était surnommée la grenouille, à cause des rumeurs qui courraient sur leurs dissections. Fausses, évidemment, mais comment en convaincre une bande d'ado en prise aux hormones, et désespérés de trouver une cible sur laquelle se défouler.
L'infirmière sur le terrain. Elle, elle avait eu une amie. Plus qu'une amie. Une confidente, une amante… Mais cette infirmière-là avait été tuée dans une explosion.

Quant à la convalescente… Elle avait eu un petit frère. Mais était-il réellement un ami? Ce mot n'avait pas plus de sens aujourd'hui que dix ans auparavant. Et pourtant, la porte de la voiture qui s'ouvrait devant moi était pleine de promesses. C'était aussi un défi. Je n'avais pas la moindre idée de la façon de m'incruster dans ce véhicule. Je n'étais pas sûre de le vouloir…

Le médecin s'était contenté de m'indiquer la place passager, à gauche de la directrice, avant de s'asseoir à l'arrière, derrière le siège conducteur. Une canne sous chaque bras, je restais interdite devant l'assise en similicuir. Cinquante ans plus tard, j'aurais eu droit à une rééducation en règle, physio et ergothérapeutes à la clé. Ils disposaient de voitures partiellement démontées, pour apprendre à leurs patients à reconquérir les gestes de la vie courante. Mais que pouvais-je en savoir?

Je pris donc mon courage à deux mains, littéralement. J'avais eu le temps de remarquer que le siège avait été reculé au maximum, pour laisser le plus de place possible aux jambes du passager. L'attention me tira un sourire affecté. Je pris appuis sur le haut de l'encadrure de la main gauche, et posai délicatement les cannes sur le siège, à l'opposé de l'ouverture. Ma paume droite vint s'appuyer juste à côté, l'avant-bras les maintenant à la verticale. La moitié de mon corps était à présent dans le véhicule, et il ne me fallut qu'un coup de hanche pour parvenir à mes fins. Le claquement de la portière que je refermai derrière moi m'arracha une grimace. Mi satisfaction de cette maigre victoire, mi effarement face à ce que je venais de faire.

Sous le vrombissement du moteur, l'effarement l'emporta, et je serrai les poings à m'en faire blanchir les phalanges. Rationnellement, je savais que je ne risquais rien. Mais c'était plus fort que moi. La directrice me demanda si "tout allait bien". Avait-elle remarqué mon trouble? Sûrement, rien ne semblait pouvoir échapper à son regard de lynx. La vraie question était de savoir ce que je devais répondre.
Le regard perdu dans le paysage qui défilait, je m'octroyai le luxe de la réflexion. Elle m'avait de les considérer comme des amis, et ils partageraient probablement les prochaines années de ma vie. Oui, mais en tant que mes supérieurs hiérarchiques. Le paysage se troubla. Succombant à l'horreur qui menaçait de m'envahir depuis que le moteur avait démarré, je ne pris même pas la peine de cacher le tremblement de ma voix. Sur une grande inspiration qui ravala un sanglot, je répondis à sa question tellement banale.

- Je… Non. La dernière fois… La dernière fois que j'ai pris un véhicule…

Mais j'étais incapable de terminer. Allait-elle comprendre? Elle avait lu mon dossier, non? N'étais-je pas pathétique, à pleurer ainsi dans une voiture?
Certes, j'avais pris une ambulance pour me rendre à l'hôpital, mais j'étais alors inconsciente. Cela ne comptait pas. Tout ce qui comptait, c'était… Joan… Laissai-je échapper dans un souffle, entre deux sanglots. La tête reposée contre la vitre qui s'embuait sous ma respiration saccadée, face aux démons que j'avais repoussé ces dernières semaines, je n'avais à présent que faire du jugement de la femme qui conduisait.
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Kathleen Stevenson
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MessageSujet: Re: Pas d'bras, pas d'chocolat... Et avec une jambe, ça donne quoi ?   Lun 10 Aoû - 14:24

Kathleen observa du coin de l’œil leur nouvelle collaboratrice se débrouiller pour monter dans la voiture. Ne pas l’aider ne relevait pas de la méchanceté ou de l’égoïsme de Stevenson, mais il s’agissait plutôt ici d’un petit test, pour voir comment la femme allait réagir, comment elle allait se débrouiller, si elle allait y arriver. Bref, voir si elle était débrouillarde – qualité indispensable pour entrer dans les rangs de MIS.

La directrice fut impressionnée par ce que venait de réaliser Evelyn. Bien sûr, c’était loin d’être souple et spectaculaire, mais elle était arrivée d’une manière ou d’une autre à rentrer dans la voiture, sans se plaindre, sans demander de l’aide. Kathleen, maintenant, n’avait plus de doute : ils venaient de recruter une perle, et elle brillait par son courage. La femme ne put s’empêcher de sourire légèrement. Parfois, ça lui échappait. Mais elle était heureuse…

La question que Miss Stevenson lui avait gentiment posée n’eut pas l’effet escompté. Au lieu de la mettre à l’aise, elle fit sangloter Evelyn. Oups. Kathleen n’arrivait pas toujours à ses fins. Mais qu’à cela ne tienne, elle savait toujours comment réagir, et c’était essentiel pour être une directrice efficace. Elle savait toujours ce qu’elle devait faire.

Elle observa Evelyn à travers le rétroviseur, et un regard de compassion pouvait se lire dans ses yeux. Elle était vraiment désolée pour la jeune femme. Elle avait effectivement lu dans le dossier de Miss Wood l’histoire de l’accident, et la perte d’une amie chère, Joan, comme elle murmura à travers ses larmes. Elle espérait peut-être revoir son visage dans la buée qui s’était formée sur la vitre.

« Vous deviez vraiment beaucoup l’aimer, cette Joan. C’est beau à voir, un tel amour en temps de guerre. Ça manque !» À vrai dire, Kathleen avait un peu deviné qu’il s’agissait plus que d’une relation amicale. Elle ne jugeait pas. Pour elle, ça restait de l’amour, et il était impensable de briser sa beauté parce que celle-ci sortait des « normes ». Elle n’était pas la seule, d’ailleurs, à MIS. Kathleen voulait vraiment la rassurer, presque la prendre dans ses bras pour lui tapoter l’épaule et la consoler. C’est vrai, elle était la directrice, mais cela avait-il réellement de l’importance ? Kahtleen se voulait humaine avant tout, et elle n’avait jamais eu de problème dans le respect de la hiérarchie.

« Vous savez, au MIS, j’ai un peu réussi, avec l'aide de mes collaborateurs à construire le monde dont je rêve ! » dit-elle, finalement, sur un ton presque de rêve. Oui, Kathleen, vraiment, pouvait aussi se montrer humaine. Surtout dans des moments comme ça. Elle voulait vraiment que les gens – tant parmi les adultes que parmi les enfants – puissent venir se confier à elle en cas de problème. Si elle avait eu une famille à elle, Kathleen aurait très certainement été un peu mère-poule. Mais la plupart du temps, et surtout dans un contexte comme celui du MIS, elle arrivait à se contrôler et à être ferme quand il le fallait.

Elle poursuivit. « Un monde où on est respecté comme on est, un monde où tout le monde à sa place. Bien sûr, tout le monde a ses qualités et ses défauts, mais nous vivons dans un endroit où les gens ont compris ce que c’était de vivre en communauté. » À côté d’elle, le médecin approuva d’un signe de tête. « Vous verrez, vous y serez bien, au MIS. Et on se réjouit déjà de vous compter parmi nous.»

Il ne fallait pas que cela devienne sectaire non plus. Mais Kathleen faisait en sorte que cela ne le soit pas. Elle ne voulait pas enlever la conscience des gens. Que du contraire, elle voulait leur en donner. Finalement, elle se retourna et sourit de façon rassurante à la jeune femme.
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MessageSujet: Re: Pas d'bras, pas d'chocolat... Et avec une jambe, ça donne quoi ?   Lun 14 Déc - 23:45

Elle finit par dire quelque chose.
Forcément... C'était la directrice, il fallait qu'elle reprenne les choses en main. Mais, malgré le bon sens dans ses paroles, mes sanglots refusaient de s'arrêter. J'aurais aimé pouvoir reprendre le contrôle sur ma respiration. Ordonner à mes yeux de cesser de couler. Afficher un pauvre sourire et m'excuser platement pour cette petite crise de nerfs. Petite?
À chacun de ses mots, emplis d'une sincère bienveillance, ils redoublaient d'intensité.

Ne pouvait-elle pas se taire?

Ne pouvait-elle pas voir que, en cet instant, j'avais simplement besoin de ressentir la douleur de la perte?
Seule. Comme si une part de la femme que j'avais aimée, que j'aimais, existait encore grâce à cette souffrance.

Et la douceur de la directrice devant moi, si attentionnée fut-elle, amplifiait ma blessure à l'infini. Il fallait qu'elle s'arrête. Immédiatement.
Ou mon souffle, haletant depuis maintenant quelques minutes, le ferait à sa place.

- Ah... Arrêtez la... la voi... ture...

Entre deux sanglots, quelques mots s’échappèrent. Elle dû m'entendre, car le véhicule ralentit. Je n'attendis pas l'arrêt pour ouvrir la portière, sortir mes jambes de l'habitacle, en attrapant ma cuisse inerte à deux mains, et me laisser rouler sur le sol. Je ne sentis même pas le choc sur mon épaule, seulement la route déchirant mon t-shirt, et avalant une partie de la peau qui recouvrait mon épaule. Je n'étais plus consciente de ma respiration affolée, comme si toutes les molécules d'oxygène de l'univers ne pouvaient remplir le vide en moi.
Je ne sentais rien. Rien d'autre que le trou béant dans ma poitrine. Et ce mot.
Solitude.
Celle qui prend un grand S. Celle qui s'installe quand nos êtres chers sont morts, qu'on les a laissé tombés, et que jamais quelqu'un ne pourra regagner notre confiance à présent en miette.
Me hissant sur les avants-bras, je me tirais en avant. Les larmes brouillaient toujours ma vue, je n'avançais probablement pas réellement, mais pourtant, une force inouïe me hurlait de bouger.
De vivre.
Seule pour de bon, cette fois, dans le champs qui bordait la route, mon souffle reprit peu à peu un rythme acceptable, et mon esprit retrouva sa place aux commandes de mes membres. C'était effarant. Comment avais-je pu perdre le contrôle de mon propre corps à ce point-là? Qu'est-ce qui disjonctait, chez moi?
Mon cœur battait encore dans ma cage thoracique comme s'il voulait s'en échapper quand je revins, piteusement, à quatre pattes, vers le véhicule toujours immobilisé au bord de la route. J'étais vraiment lamentable. Que pourraient-ils bien faire d'une infirmière sous l'emprise d'un stress post-traumatique?

Assise par terre, ma jambe brisée, symbole de mon état intérieur, m'empêchait de les regarder dans les yeux, pour affronter leur jugement. J'étais redevenue une petite fille, honteuse d'avoir fait une bétise qu'elle ne comprenait pas vraiment.

- Je suis désolée, je ne sais pas ce qui m'a prise. Je comprendrais si vous... Je suis désolée...

Ce n'était peut-âtre pas ce qu'ils voulaient entendre. Et pourtant, pouvais-je vraiment promettre que cela ne se produirait plus?
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Kathleen Stevenson
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MessageSujet: Re: Pas d'bras, pas d'chocolat... Et avec une jambe, ça donne quoi ?   Mer 16 Déc - 20:56

Ce ne fut pas un sourire – comme on aurait pu s’y attendre, éventuellement du moins –, que Kathleen reçut en retour, mais des larmes. Et une supplication : arrêter la voiture. La directrice s’exécuta sans dire un mot, mais elle s’inquiétait déjà. Qu’avait donc Evelyn derrière la tête ?

En même temps, il y avait de quoi se faire du souci. La nouvelle recrue semblait en prise à une véritable crise de larmes. Kathleen avait-elle donc dit quelque chose de travers ?

La portière s’ouvrit alors même que la voiture roulait encore, et Evelyn valsa dehors et tomba par terre, avant de rouler sur le sol, mettant ses vêtements en lambeau. Kathleen était mal à l’aise, et même si elle ne le désirait pas, c’était visible pour quelqu’un qui la connaissait aussi bien que le médecin. D’ailleurs, en de tels moments, la femme avait besoin de lui. Elle était prise au dépourvu, et c’était suffisamment rare que pour le noter. Et puis, le médecin pouvait être psy à ses heures perdues. Il comprenait généralement très bien les gens.

« Qu’ai-je dit de mal ? »
finit-elle par dire, tout en jetant un coup d’œil par la vitre pour s’assurer que tout allait bien – enfin, façon de parler, bien sûr – dehors. La jeune femme revenait péniblement vers le véhicule, alors que des larmes brouillaient sa figure. La directrice était bien triste pour elle.

« Eh bien, je crois que tu as touché un point sensible chez elle. Tu viens de lui rappeler combien elle est seule maintenant, sans vrai ami. »
dit-il après un instant de réflexion.

« Mais j’ai pourtant dit qu’on la soutenait… »


« Certes, mais elle nous connait à peine. Bon, elle revient… »

Kathleen se tût et se retourna vers la porte arrière. Evelyn était assise là, les larmes séchées à présent, et murmurait quelques mots d’excuses. La directrice ne savait plus trop que dire, mais elle se devait de reprendre la situation en main. Elle ne pouvait pas montrer de signes de faiblesse devant ses employés, ou encore pire, devant ses futurs employés.

Elle fit un signe de tête au docteur pour qu’il aille l’aider, avant d’elle-même s’excuser, pour finalement reprendre la discussion là où elle en était arrivée, si c’était possible. Elle espérait de tout cœur que le reste du trajet se passerait sans encombre.

« C’est moi qui m’excuse, j’ai été maladroite… »

Une fois que tout le monde était bien installé dans la voiture, celle-ci redémarra ; la route reprit son cour.
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