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 Dossier de Gabriel Deschamps

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Gabriel Deschamps
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MessageSujet: Dossier de Gabriel Deschamps   Mer 14 Aoû - 18:22


GABRIEL
DESCHAMPS




© Elga

• NOM : DESCHAMPS
• PRÉNOM(S) : Gabriel

• NÉ LE : 30 décembre 1931
• À : Alentours de Luçon, Vendée (85), France

• AGE : 9 ans

• FILS DE : Inconnus
• ORIGINES : Français

• UNITÉ : B. Ce choix s’est fait naturellement pour Gabriel dont le seul but est à présent de se venger des Boches pour tout ce qu’ils  lui ont fait subir, à lui et aux gens qu’il aimait.

• MATRICULE : A1B3


• ORIGINE(S) ETHNIQUE(S) : Le physique de Gabriel est typique d’Europe du Nord, mais il ignore tout de ses origines ethniques. Sa mère était finlandaise, elle avait émigré en France dans l’entre-deux guerres pour fuir la misère et le froid de sa ville natale. C’est là qu’elle avait rencontré un français assez mal intentionné qui devint le père de Gabriel. Le petit garçon est donc d’origine franco-finlandaise, mais se considère comme purement français, n’ayant jamais connu sa mère biologique et n’ayant aucune information sur elle. Seuls ses yeux bleus, sa peau pâle et ses cheveux couleur blé qui deviendront bruns avec le temps montrent une origine nordique, dont il n’a sinon absolument pas hérité, à cause de son éducation exclusivement française.



• PHYSIQUE : Gabriel est un petit garçon de taille plus que modeste pour son âge. Son séjour de trois mois en camp de concentration lui a valu un grave retard de croissance, et de nombreuses carences alimentaires le condamnent à rester plus petit que ses camarades du même âge. Ainsi, à presque dix ans, il atteint à peine les 1m15 de haut. Quant à sa corpulence, le camp a aussi été dévastateur pour lui puisqu’il a perdu un poids considérable, le laissant à l’état de zombie vivant. Depuis son évasion il a repris quelques kilos, mais il a toujours la peau sur les os et sa musculature est gravement sous-développée. Heureusement, sa jeunesse lui permettra de récupérer assez rapidement une corpulence normale mais pour l’instant, il pèse à peine une douzaine de kilos. Etonnamment, malgré cette maigreur extrême qui saute aux yeux au premier coup d’œil, sa démarche est assurée et son maintien reste droit et affirmé. Tout dans ce petit corps misérable transpire la force et la volonté, ce qui lui permet de ne pas être trop transparent malgré sa chétivité.

Cette volonté se lit également – et surtout – dans ses yeux, dont les cavités semblent particulièrement profondes à cause de son visage émacié. Ses iris ont ainsi une couleur bleu clair, presque translucide. Ils sont si clairs qu’ils paraissent transparents, c’est la première chose avantageuse que l’on remarque chez Gabriel. La vive couleur des yeux est accentuée par cette lueur de force et d’espoir qui brille étonnamment fort sur ce petit visage. Les yeux de Gabriel sont donc le reflet de sa vivacité à toute épreuve.

Le visage de Gabriel a actuellement une forme allongée et très osseuse, mais lorsqu’il reviendra à la normale, ce visage deviendra ovale et plutôt bien dessiné. Ses lèvres fines sont dominées par un nez droit et plutôt court. Son front assez grand sera plus tard masqué par une frange, lorsque ses cheveux auront repoussé. Pour l’instant, ses cheveux très courts sont couleur paille, ternes et à la limite du blanc. Mais avec une alimentation normale plus riche en vitamines, ils s’assombriront jusqu’à devenir brun-marron, avant de retomber de chaque côté de son visage arrondi.

Sa peau, contrairement à ceux de ses parents adoptifs, a toujours été très claire. Assez fine et blanche, la moindre exposition prolongée au soleil la brûle, et le bronzage est un mot quasi-inconnu de Gabriel. Encore une fois, le régime alimentaire subi par le garçon ces trois derniers mois a modifié sa peau, qui est devenue plus terne, extrêmement fine, sèche et fragile. Elle se craque d’un rien ce qui fait saigner le jeune garçon très fréquemment. Mais lorsqu’il aura repris une alimentation normale, sa peau s’épaissira de nouveau et deviendra plus élastique. Elle s’enrichira également un peu en mélanine, ce qui lui permettra de bronzer un minimum, même si Gabriel restera toujours plutôt blanc comme neige à cause des gènes transmis par sa mère. Néanmoins, la peau du garçon restera à jamais marquée par tous les coups reçus au camp, et de nombreuses zébrures et hématomes couvriront son corps pour longtemps. Les cicatrices les plus profondes qu’il gardera toujours se trouvent essentiellement autour de la taille, sur le bas-ventre ainsi qu’en bas du dos. Quelques cicatrices moins profondes mais permanentes elles aussi zèbrent ses membres, bras, cuisses et jambes. Ses mains sont également extrêmement marquées de nombreuses coupures causées par le travail minutieux des armes à l’usine de Mauthausen.

Pour l’instant, Gabriel a donc un physique assez repoussant car il fait peur à voir et symbolise le chaos dans lequel est plongé l’Europe. Sa simple vue peut ranimer des blessures profondes dans les souvenirs des gens, voilà pourquoi de nombreux inconnus se détournent de sa vue. Mais après quelques temps passés à l'institut, Gabriel sera un petit garçon physiquement marqué mais doté de quelques avantages, comme un visage bien fait et une bouille assez mignonne. Il pourra même devenir très athlétique avec l’entraînement, grâce aux capacités formidables de résistance et d’endurance développées par son corps.



• CARACTÈRE :
Le caractère de Gabriel se définit par une complexité assez importante, à cause de nombreuses contradictions internes. Le comportement quotidien du jeune garçon est grandement influencé par ses humeurs passagères. S’il est en général aimable et extraverti avec les inconnus, il peut se révéler méchant voire cruel si une tête ne lui revient pas ou s’il est dans un mauvais jour. Habituellement, il est tout de même d’une compagnie agréable, assez bavard et doté d’un humour assez spécial, souvent sordide d’ailleurs. Il est l’ami de tous et s’entend avec la plupart des garçons et filles de son âge, même s’il ne s’attache jamais à ces gens. Beaucoup d’enfants font partie de son quotidien et il les considère comme de bons camarades, sans vraiment tenir à eux. Il ne tient pas à s’attacher, la vie lui a appris que ceux qui sont trop proches de lui finissent tous par le quitter. Les personnes de confiance à qui il voue une sincère amitié se comptent sur la moitié des doigts d’une main au grand maximum. Il a tendance à se méfier des inconnus, surtout des adultes à origines ethniques vaguement allemandes. Naturellement, il baisse plus rapidement sa garde devant les femmes et les enfants, qui ne l’ont jamais martyrisé. Il est très rapidement suspicieux envers les religieux de tous bords, qu’il assimile directement aux collabos. Il tente d’aborder les inconnus sans apriori, mais son histoire l’a rendu beaucoup plus méfiant que ce qu’il voudrait, et sa première opinion sur une personne se révèle souvent permanente.

Gabriel n’est pas un garçon calme en général. Si son séjour en camp l’a forcé à se poser un peu plus, il court et rit dès qu’il en a l’occasion. Il sait cependant se canaliser et fait bien la différence entre le sérieux demandé en classe et le défoulement des récréations. Ces moments d’amusement sont toujours omniprésents dans son existence, il s’efforce toujours de croquer la vie à pleines dents, car il a pris conscience de sa valeur bien trop tôt. Au premier abord, Gabriel est donc un garçon joyeux, jovial qui paraît parfaitement sain d’esprit.

Mais le jeune garçon est avant tout assez lunatique. Pour continuer à vivre, il a choisi d’enfouir toute la noirceur de ce monde au fond de son cœur, et la quantité d’horreurs qu’il a enfermé en lui l’a malgré tout aliéné pour le restant de ses jours. La banalisation de la mort et la destruction de la dignité humaine vécues chaque jour ont profondément entamé son sens moral. Habitué à voir les hommes considérés comme des numéros sans aucune valeur, son sens de la répartie a été anesthésié sur des questions purement humaines. S’il a conscience de l’absurdité et de l’horreur du traitement qu’il a subi, au fond de lui l’esclavage et les exterminations ne le choquent plus car son inconscient, trop longtemps confronté à eux, les trouve habituels et donc normaux. Les questions cruciales de son époque telles que la peine de mort n’éveillent plus en lui le signal d’alarme qu’elles devraient. Ce qui caractérise naturellement l’humain a été tué en lui, et il doit se battre chaque seconde pour récupérer sa condition humaine par des choix artificiels et des actes forcés. Son plus grand combat intérieur se trouve aujourd’hui en ce dilemme : comment rester un Homme lorsque notre nature, dans sa beauté et sa pureté, a été piétinée à néant ? Malgré ce combat incessant contre ce qu’il est devenu malgré lui, des traces de cette déshumanisation profonde ressortent souvent au grand jour. Il a ainsi développé un humour noir particulièrement sinistre, dérangeant et dangereux. Il est très difficile pour lui de réfréner cette tendance pour paraître normal, car c’est une des seules extériorisations possibles de ce qu’il y a de plus noir en lui. Ces idées sombres et glauques ressortent le plus souvent lors de ses rêves, ou plutôt de ses cauchemars qui assaillent sans cesse son sommeil, lui refusant le repos réparateur dont il aurait besoin. Ainsi, Gabriel se voit trop souvent en train de battre un autre enfant à mort, il ressent la plupart du temps une délectation à donner de la souffrance gratuite dans ses songes. Son inconscient apprécie particulièrement le piétinement de la dignité humaine, puisqu’il se voit souvent détruire l’appareil génital de sa victime, l’humiliation suprême. Il voit aussi fréquemment des images de démembrement, symbole direct de la déchéance du corps humain à l’état d’objets triviaux et sans valeur. Au fond de lui, Gabriel est donc détruit à jamais, mais sa combativité l’empêche de s’y résoudre.

Le jeune garçon a toujours eu un sens aigu du bien et de la justice. C’est pourquoi il s’efforce depuis son évasion avec Matthias de toujours protéger les plus faibles et les plus démunis. Il se bat pour distribuer de l’amour ou, à défaut de sentiment aussi fort, de quoi que ce soit qui puisse améliorer la vie des innocents. Marqué par de nombreuses injustices au cours de sa vie, il a appris la tolérance qu’il applique largement aujourd’hui, même si ça n’a pas toujours été le cas. Malgré ces fortes valeurs de justice, il n’a plus la force de pardonner et est devenu fortement rancunier. Son fort désir de vengeance alimente malgré lui chaque jour les parties les plus sombres de son être, et l’empêche de se sortir de l’abîme profond dans lequel il est enfoncé. Malgré tout, il ne cesse de se battre pour défendre sa propre conception du bien, dans le but de conserver son humanité qui lui tient tant à cœur. Heureusement, son intelligence et son sens inné de la philosophie positiviste lui ont permis de conserver un sens de la morale relativement intact aux vues des épreuves traversées. Cette même intelligence lui permet de se remettre en question fréquemment et le pousse à chercher des solutions à ses problèmes psychologiques. Ainsi, il ne se morfond pas dans son état de perdition et tente de s’y soustraire. Il est ainsi capable de soutenir des débats profonds sur des problèmes politiques ou religieux, et peut mettre en lumière des points importants en soutenant la bonne thèse. Même si tout cela n’est plus tout à fait naturel pour lui, à force de réflexion il parvient à garder un important sens du bien, ce qui rassure les autorités du MIS sur son état mental et ses capacités à prendre les bonnes décisions. Si son jugement profond est altéré de manière irréversible, il parvient à conserver ses capacités à raisonner comme il faut.

Le caractère de Gabriel est somme toute assez lunatique, et s’il s’efforce d’être le plus joyeux possible chaque jour, la morosité a parfois raison de sa force. Il a en effet gardé cette unique et dernière caractéristique de l’enfance qu’est la naïveté. Cette dernière le pousse à l’espoir d’un monde nouveau, plus juste et plus humain. C’est en ce nom qu’il se bat pour redevenir meilleur, car il compte bien faire partie de ceux qui bâtiront ce nouveau monde, lorsque le carnage actuel prendra fin. Son espoir est sans doute vain et le jour où il s’en rendra compte, Gabriel aura définitivement tout perdu. Mais tant qu’il demeure naïf, cette espérance le fait vivre et le pousse à continuer sur le meilleur chemin possible.



• PARTICULARITÉ(S) : Gabriel a d’importantes difficultés en sport à cause de son grave manque de musculature. Il s’essouffle rapidement, et n’a aucune force physique. Le moindre coup en entraînement de sport de combat lui vaudra de vives douleurs, et ceux qu’il tentera de porter seront pitoyablement sans effet. Il ne parviendra pas non plus en course et au parcours d’obstacle à suivre la cadence des autres recrues. Heureusement, cette faiblesse ne sera que temporaire, jusqu’à ce que son état de santé redevienne ce qu’elle devrait être. Sa totale incompréhension de la langue de Shakespeare se révèlera bien plus problématique pour ses débuts à l'institut, et entraînera un retard dans à peu près toutes les matières dispensées en cette langue. Le jeune garçon a en revanche d’impressionnantes facilités en philosophie et en expression orale. Les questions auxquelles il a été confronté dès son plus jeune âge lui ont permis de développer une capacité de réflexion et de compréhension tout à fait inhabituelle à son âge. Lorsqu’il maîtrisera l’anglais, il deviendra donc très doué pour les matières littéraires demandant une certaine argumentation.



• INTÉRÊT(S) : Gabriel a bien peu d’intérêts depuis ses trois mois passés en enfer. Il doit redécouvrir les plaisirs qu’il connaissait dans sa vie d’avant, qui étaient pourtant nombreux. Citons en particulier la musique, qu’il découvrit avec les Tziganes. Il connut ainsi un moyen extraordinaire d’extérioriser ses états d’âme, de se transcender et d’en faire profiter les autres. Pour Gabriel, la musique dont la guitare – c’était le seul instrument qu’il savait jouer car le père d’Amisha le lui avait appris – était un moyen de partager ce que l’on avait au plus profond de nous aux gens qu’on aime. C’était un don de soi qui le faisait particulièrement vibrer. De manière bien moins sérieuse, Gabriel aimait aussi jouer la comédie dans ses jeunes années. Il s’était amusé à l’école de Chasnais à jouer de vieux vaudevilles, très enfantins et pas très subtils, mais il avait bien ri en ce temps-là, et il avait pris du plaisir à se donner en spectacle. En règle générale, Gabriel adorait faire rire les gens, ou les faire pleurer en fonction du contexte, tant que ça restait des larmes de joie. Sans parler d’une réelle passion, il se sentait également très proche des animaux en général. Autrefois, il prenait beaucoup de plaisir à nourrir les poules, à s’occuper des vaches de la ferme, ou des ânes qu’il trouvait finalement assez intelligents, malgré les dictons. Il avait un lien privilégié avec les bêtes qu’il trouvait bien démunies et soumises à l’homme, mais toujours si généreuses malgré tout. Il aimait donc s’occuper d’elles et leur offrir de l’affection, car elles le rendaient souvent de manière totalement innocente. Le jeune garçon s’intéresse également à toutes les disciplines artistiques qui pourraient lui permettre d’extérioriser ses douleurs : le dessin, la peinture, la sculpture, l’écriture… cependant il n’a pas encore eu la chance de s’initier à ces disciplines.



• PEURS : Gabriel ne se projette pas encore dans sa vie d’agent, et il ne voit pas ce qui pourrait l’effrayer. Il a vécu tellement d’épreuves qu’il n’a plus peur de grand-chose. Ses craintes lui viennent avant tout de son passé. Sa peur la plus profonde, la plus existentielle aussi, est celle de l’abandon. Au fil de sa vie, il n’a cessé de voir les gens qu’il aimait disparaître autour de lui. C’est devenu une crainte sourde qui l’accapare à chaque moment de sa vie mais qu’il essaie de faire taire comme il peut. Il supporte très mal la solitude et à son âge, il a toujours besoin d’avoir une figure plus âgée qui veille sur lui. Gabriel est terrifié à l’idée de se retrouver seul au milieu de nulle part, ne pouvant compter que sur lui-même pour vivre, abandonné de l’humanité toute entière. Aussi bizarre que ça puisse paraître, cette peur ne s’était pas tout à fait réalisée à Mauthausen car il n’avait jamais cessé d’être entouré de gens, même s’ils étaient tout sauf amicaux. Sa deuxième peur importante, plus terre à terre, est celle des maladies en tout genre. S’il a été confronté à des dangers physiques important, la peur de la maladie s’est ancrée profondément en lui au camp autrichien. Car il avait appris là-bas à se battre et à résister à tout, mais la fièvre n’étant ni palpable ni mesurable, elle est devenue l’ennemi invisible qui lui faisait le plus peur. Il est si facile d’être emporté par une maladie inconnue qui a simplement croisé notre route… c’est effrayant de finir aussi impuissant. C’est l’impuissance engendrée par la maladie qui terrorise Gabriel, c’est son fantôme à lui qui le poursuivra toujours.



• RELIGION : Gabriel a été élevé dans la pure tradition catholique. La Vendée étant un département très conservateur, où les valeurs religieuses restaient très fortes, le jeune homme a baigné dans les versets de la Bible pendant toute son enfance. Il a cru en Dieu et en ces textes par pure obéissance mais a mis plusieurs années avant d’avoir sa propre idée sur la question. De nombreux problèmes moraux ont parsemé sa vie et l’ont poussé vers une réflexion très originale pour l’époque, surtout à son âge. Il s’est ainsi rapidement affranchi des fondements traditionnels de sa religion d’origine, sans trop le montrer autour de lui, une fois sorti de la sphère familiale. En effet, l’Eglise avait conservé une place importante dans l’administration et la société, et malgré la laïcisation de la France plusieurs années plus tôt, la Vendée avait toujours résisté au changement, tenant à son identité, religieuse principalement. Être un bon chrétien avait fait partie d’une obligation dans les codes sociaux de son enfance, il avait donc rapidement intégré ces valeurs. Néanmoins il les a souvent remise en question en grandissant, jusqu’à reléguer l’existence de Dieu en un simple courant de pensée sans aucune puissance réelle. Le jeune garçon a tout de même senti sa présence à un moment de sa vie où il en avait besoin, il est donc resté fidèle à une image d’un Dieu omniprésent, même si elle reste très floue pour lui. Son rapport à la religion est somme toute très personnel, il ne se laisse plus rien dicter de ce côté-là. Il ne croit absolument plus aux cours qui l’ont tant passionné lorsqu’il était plus jeune. Pour lui, tout ce qui lui a été enseigné en cours de religion n’était qu’un tissu de mensonges à des fins de propagande.  Comme en amour, il ne suit que son cœur, qui est le seul à définir sa relation avec Dieu.




Dernière édition par Gabriel Deschamps le Jeu 29 Mai - 20:57, édité 5 fois
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MessageSujet: Re: Dossier de Gabriel Deschamps   Mer 14 Aoû - 18:25


• VOTRE HISTOIRE :

24 décembre 1931 – 18h47 – France
La nuit était tombée sur la campagne vendéenne. La pluie tombait drue et martelait les vitraux de la petite église de Chasnais. Une jeune femme éplorée courait sous le déluge, ses longs cheveux blonds portés par le vent glacial. Elle serrait son petit contre sa maigre poitrine, protégeant l'enfant des deux petits degrés ambiants sous son large manteau élimé. Elle poussa la grande porte de l'église en pleurs, et une fois la porte de bois massif refermée sur elle, la jeune femme s'arrêta sur le seuil. Ses cheveux ruisselaient sur la couverture du petit qui, transi de froid, n'avait plus la force de pleurer. Le regard de la femme se promena à l'intérieur de l'église, comme ébloui par tant de chaleur et de sérénité, en comparaison avec la météo extérieure. Ses yeux bleus océan s'arrêtèrent sur les nombreux bouquets de fleurs disséminés aux quatre coins de l'église, puis ils détaillèrent plus attentivement les alentours de l'autel : la crèche avait été montée pour la messe de minuit, un bœuf et un âne empaillés se tournaient vers une mangeoire résolument vide. La jeune femme s'approcha de cette scène, censée symboliser l'espoir d'un jour nouveau. De nouvelles larmes coulèrent le long de ses joues car elle savait que ce soir de Noël ne la sauverait pas. Secrètement, cela faisait longtemps qu'elle avait cessé de croire en une quelconque divinité supérieure. Mais elle croyait tout de même en la bonté du personnel d’Église. C'est pourquoi elle déposa le poupon dans la mangeoire, emmailloté dans un épais tissu blanc sur lequel étaient brodés les mots "Gabriel - 30 décembre 1930". La jeune femme déposa un dernier baiser sur le front du nourrisson, se détourna rapidement et courut au-dehors de l'église, disparaissant dans la nuit telle une âme noyée sous les pleurs.



1931
Jean Deschamps, à l'aube de ses 24 ans, avait perdu ses deux parents lors de la dernière guerre. Sa mère était morte en couche neuf mois après le départ de son père pour le front, et ce dernier était tombé à Verdun sous les obus allemands. Il avait donc repris la ferme de ses parents et tenté de la gérer seul. Grâce à une malformation au pied droit, il avait été jugé inapte au combat et n'avait jamais été appelé au service militaire obligatoire. Il avait été pendant plusieurs années le seul homme du village, jusqu'à la fin de la Grande Guerre. Vivant seul dans la ferme familiale, il était très actif auprès de la paroisse locale et s'attirait la sympathie de toutes les jeunes femmes du village. Mais leurs avances le laissaient indifférent, et sa simple charité et bonté d'âme en faisaient l'ami de tous. Malgré l'aide précieuse des femmes du village, Jean avait dû embaucher un jeune ouvrier agricole, Luc, qui était étranger au village. Personne ne savait d'où venait ce jeune homme de 19 ans, mais Jean l'avait recueilli et lui avait offert le gîte et le couvert en échange de son travail à la ferme. Luc était un bon chrétien, aussi avait-il attiré assez rapidement la confiance de Jean. Les deux hommes apprirent à se connaître et développèrent des relations amicales. Le plus jeune commença à se confier avec le temps, et Jean apprit ainsi que son protégé était fils de pêcheurs. Il avait fui la côte après le décès de sa jeune sœur, emportée par la mer un jour de tempête. Il n'avait jamais voulu revoir ses parents, qui étaient pour lui morts avec sa sœur. Il avait alors entrepris un voyage vers l'intérieur du continent et avait découvert les cultures et l'élevage, choses qu'il n'avait jamais vu de sa vie, n'ayant connu que la pêche comme moyen de subsister. En quelques mois, il parcourut les vingt-trois kilomètres qui séparaient le littoral des campagnes de Chasnais. C'est ainsi qu'il atterrit dans la ferme de Jean.



24 décembre 1931 – 20h03 – Chasnais
Une génisse du troupeau de Jean n'avait toujours pas vêlé. Le taureau l'avait chevauché inhabituellement tard dans l'année, et la mise-bas approchait à grands pas. Cette dernière serait risquée, surtout à cause du froid. Ce soir-là, Jean et Luc décidèrent de rester dormir au champ pour surveiller la génisse, pour pouvoir agir rapidement en cas de problème. Car le temps d'être alerté par les cris de l'animal puis de venir jusqu'au champ, il y avait de grandes chances pour que la mère ou le petit soit déjà mort de froid, de fatigue ou des deux. Les deux collègues avaient donc monté une tente de fortune à l'aide de vieilles peaux pour se protéger de la pluie. Réfugiés sous la toile trempée, ils commencèrent à boire à la santé du divin enfant qui allait bientôt naître. La température extérieure avait chuté et la neige commençait à recouvrir le champ ainsi que la ferme. Luc et Jean, réchauffés et embrumés par le vin de Noël, souhaitaient échapper au froid du dehors. Le plus jeune, entre deux gorgées, posa sur son employeur un regard nouveau, chargé d'une chaleur inédite. Les deux hommes commencèrent à se rapprocher et à s'enlacer, oubliant la neige. Ils laissèrent la chaleur de l'autre pénétrer leur corps, et pour la première fois, l'un comme l'autre connurent le plaisir suprême. A la suite d'une énième étreinte, la génisse commença à crier de douleur. Jean et Luc bondirent au-dehors comme un seul homme, surveillant la mise-bas de loin au début. Voyant que le petit ne sortait pas, ils s'approchèrent de la vache. Jean commença à fouiller dans le ventre de la vache, se rendant compte que le veau était placé à l'envers dans son ventre, la tête en arrière. Avec l'aide de Luc, il tenta de le retourner, de le tirer, en vain. Une heure et demie plus tard, la vache rendit son dernier souffle. Le plus jeune rentra dans la maison principale pour ramener la carcasse vers l'habitation, prêt à la dépecer. Mais Jean resta figé au beau milieu du champ, fixant ses mains et ses bras pleins de sang et de liquide blanchâtre.

Il se mit à marcher sans voir où il allait. Ses pas le menèrent naturellement sur le parvis de l'église de Chasnais. Là, il s'agenouilla et lava ses mains dans la neige avant de rentrer dans la demeure du Seigneur, rougissant le tapis immaculé. Une force extérieure à son propre corps le fit se relever. Il pénétra dans l'église, toujours mû par cette force inconnue. Il marcha le long de la nef et tomba à genoux devant l'autel. Là, ses mains se joignirent et il commença à prier avec plus de ferveur que jamais. Comment se laver du terrible pécher qu'il venait de commettre ? Comment se faire pardonner pour ce qu'il est au plus profond de lui ? Comment continuer à vivre dans la grâce du Seigneur malgré sa nature ? Des citations de la Bible défilaient dans son esprit torturé… « actes intrinsèquement désordonnés, contraires à la loi naturelle, et donc à celle de Dieu »… « coupables d'une action monstrueuse et doivent être mis à mort »… Les prières de Jean durèrent de longues minutes, mais le temps lui semblait s’être arrêté. Il lui fallait une réponse, il ne pourrait continuer à vivre sans ça. Toute sa vie était fondée sur ses croyances… C’est lorsqu’il leva son visage inondé de larmes vers le ciel qu’un cri se fit entendre dans l’église. Le poupon venait de se réveiller et braillait à pleins poumons. Jean se leva et s’approcha de la crèche, découvrant le nourrisson dans sa mangeoire. Dieu avait fini par lui répondre et lui montrait clairement la voie à suivre pour continuer à vivre dans la vertu. L’homme adressa un profond remerciement à son Seigneur qui venait de le sauver. Il prit le bébé dans ses bras, ce dernier cessa alors de pleurer. C’était un nouveau signe de Dieu : il était sur la bonne voie. Il découvrit les inscriptions brodées sur le vêtement de l’enfant…   Il serra le petit contre son torse et sortit de l’église, foulant la neige fraîche. Il emmenait Gabriel dans son nouveau foyer avec la ferme intention de suivre les instructions de Dieu : élever cet enfant dans une famille saine, et ainsi remplacer ses parents naturels pour cette rude tâche. De retour à la ferme, Luc accueillit ce petit comme le sien. Ce fut la première et la dernière nuit de fête où le couple ne participa pas à la messe. C’est ainsi que le miracle de Noël se produisit ce soir-là, donnant naissance à la famille Deschamps.



1934 – Chasnais
J’étais un petit garçon comme les autres, heureux et choyé. J’ai vécu mes premières années à la ferme, avec Jean et Luc. J’étais entouré d’amour et je ne manquais de rien. Nous vivions très bien grâce à nos quelques poules, vaches, et grâce à notre lopin de terre. La fontaine du village se trouvait à seulement quelques minutes à pieds de la ferme. Sur les registres paroissiens, Jean m’avait officiellement adopté. A la maison, j’avais deux pères, je les appelais tous les deux « papa ». Mais en dehors, je n’avais pas le droit d’appeler Luc ainsi. Il était juste l’employé de la ferme… Je ne comprenais pas trop pourquoi, mais j’obéissais. Au fond de moi je savais que mes deux papas s’aimaient très fort, c’était tout ce qui m’importait. N’importe qui aurait pu le voir, même moi à trois ans, je le savais. J’allais souvent à l’église avec Jean, il était très aimé dans la paroisse, et tout le monde s’occupait de moi. J’avais souvent droit à des cadeaux, venant autant du curé que des femmes du village. Parfois, les gens se retournaient sur mon père, je ne savais pas trop pourquoi. C’était bizarre. A l’école, j’étais déjà très intelligent pour mon âge. Mes cours préférés étaient ceux de religion, j’adorais chanter joyeusement en cœur avec les enfants de mon âge. J’aimais bien ces chants qui parlaient d’amour, de lumière et d’espoir. Mes parents me disaient toujours que c’était très important de louer le seigneur, alors j’obéissais, et au final j’y prenais du plaisir aussi. Le seul cours laïque qui m’intéressait était celui d’histoire, où on parlait de la Grande Guerre. Les boches nous avaient méchamment volé l’Alsace-Lorraine et avaient voulu tous nous massacrer. Mais comme nous, les français, on était plus forts, on les avait repoussés chez eux, et on avait repris nos territoires. Depuis, ils devaient nous payer de lourdes dettes, et ils n’avaient plus le droit d’avoir de soldats. Bien fait pour eux ! Je n’aimais déjà pas les allemands... Sinon à l’école, la plupart du temps je m’ennuyais, je faisais le pitre, et certaines sœurs me donnaient de vilains coups sur les doigts. Parfois, j’avais l’impression que les sœurs qui nous faisaient classe nous prenaient pour des attardés mentaux. J’aurais bien voulu qu’elles nous expliquent plus de choses sur la vie, les gens, le monde… qu’elles nous parlent normalement. Mais il paraît qu’on était trop petits. Pendant les récréations, j’allais beaucoup vers les autres enfants, je détestais la solitude. J’avais plusieurs copains avec qui je m’amusais bien, mais certains enfants refusaient de me parler. Un jour, en les entendant discuter entre eux, j’ai appris qu’ils n’avaient pas le droit de jouer avec moi… leurs parents disaient que ma famille était bizarre, malsaine. Je ne comprenais pas. Pas encore, du moins.



13 octobre 1935 – Chasnais
Luc avait reçu une lettre. Il en avait reçu beaucoup ces dernières années, et à chaque fois, mes deux papas étaient soucieux pendant quelques jours. Et puis la lettre finissait à la poubelle, et la vie reprenait son cours normal. Ce jour-là, la lettre devait être différente, puisque Jean vint me parler avec un sérieux inhabituel. Je comprenais déjà beaucoup de choses, mais mes parents me parlaient rarement avec autant de gravité. Jamais, en fait.

«  - Luc vient de recevoir son dernier rappel pour le service militaire. Ça veut dire que pendant un an, il doit être entraîné comme un soldat loin d’ici, et on ne le verra plus pendant tout ce temps. Tu imagines, il ne sera pas là pour tes 5 ans !

- Mais je veux pas que Papa s’en aille…

-  Moi non plus mon lapin. Il me manquerait trop. Mais la loi dit qu’il est obligé d’y aller. Normalement, on est obligé de respecter la loi, c’est presque aussi important que respecter Dieu. Mais pour Luc, la loi l’entraîne à la guerre, et c’est contraire aux désirs du Seigneur. Si on reste ici, ton papa va être arrêté et jeté en prison. Si on veut rester tous ensemble, on doit fuir loin d’ici et quitter le village. Tu comprends ça ? »

J’acquiesçai gentiment, comme je le faisais toujours avec mes parents, même si je ne comprenais pas tout… j’avais saisi le principal. Mes deux papas rassemblèrent l’essentiel de nos richesses dans des sacs, et chargèrent nos trois ânes. A la nuit tombée, nous quittions le village pour toujours, et commencions à marcher à travers la campagne. Je m’endormis rapidement dans un panier sur le dos de la grande ânesse, pendant que mes parents marchèrent toute la nuit pour gagner une zone abritée des regards avant le lever du soleil.



octobre - décembre 1935 – campagne vendéenne
Durant plusieurs mois, nous avancions vers l’est, nous éloignant encore plus du littoral vendéen. Nous évitions les routes et traversions de nombreux champs durant le voyage. Etant de bons chrétiens, on nous offrait généreusement le gîte et le couvert de nombreuses fois dans les paroisses traversées. Mais pour éviter d’éveiller les soupçons, nous ne restions jamais au même endroit plus d’une nuit. A chaque étape du voyage, Jean racontait qu’il partait retrouver sa femme à l’autre bout de la Vendée, qui l’avait quitté pour retourner chez son père.  Il inventait alors toute une épopée romantique, et disait que Luc était son petit frère qui l’accompagnait pour l’aider à s’occuper de son fils en attendant de retrouver sa bien-aimée… Je ne comprenais pas tous ces mensonges. On m’avait appris que le mensonge était un pécher, alors pourquoi mes parents si pieux mentaient aux bonnes âmes charitables avec autant d’insistance ? Il y avait décidément beaucoup de choses que je ne comprenais pas dans le monde des adultes…



30 décembre 1935 – Forêt de Mervent
Après de longues semaines de voyage, nous arrivâmes à l’orée d’un bois. Ce soir-là, il pleuvait dru et il faisait très froid. Nous choisîmes de nous abriter sous les arbres, et de nous enfoncer dans la forêt pour la nuit, dans le but de nous cacher. Ainsi, nous ne risquions pas d’être interpelés… C’était le jour de mon anniversaire, et pour la première fois, je ne reçus ni cadeau ni traitement de faveur. Mes parents s’en étaient excusés toute la journée, mais je voyais bien que ce n’était pas de leur faute… La plus petite ânesse était morte de fatigue pendant le voyage, et les deux derniers animaux étaient exténués. Luc chercha un endroit où il pourrait les décharger et les attacher à des troncs pour la nuit, tandis que Jean et moi avancions au cœur de la forêt pour trouver le campement idéal. C’est là que nous entendîmes des chants lointains, accompagnés de quelques percussions et guitares. D’après la lumière qui filtrait entre les branches nues, un feu dansait au milieu des arbres. Nous nous approchâmes prudemment du groupe de personnes, qui semblaient avoir trouvé un endroit totalement abrité de la pluie. Ils étaient tous vêtus de vêtements amples mais richement colorés et chantaient à l’unisson. Les voix étaient étrangement chevrotantes, mais les mains battaient les cordes de guitare à une vitesse ahurissante. L’ensemble musical était époustouflant. Le groupe de personnes ne semblait pas remarquer la présence de l’homme et de son fils, qui restaient cachés derrière les arbres, comme éblouis par cette scène de convivialité et de chaleur. Luc revint vers son âme sœur après avoir attaché les ânes à quelques pas d’ici, et prit son compagnon par la taille sans un mot, partageant le spectacle avec sa famille. Nous avions tous les trois l’esprit légèrement embrumés lorsque nous entendîmes un « Bouh ! » perçant juste à côté de nous. Mes parents, surpris et effrayés, se retournèrent vivement alors que la petite fille qui s’était cachée derrière un arbre pour nous espionner se mit à rire et partit en courant. Le groupe de personnes stoppa la musique et les chants et posèrent les yeux sur nous d’un air amusé. Jean se tenait prêt à leur expliquer son histoire inventée, mais dans la position dans laquelle il avait été surpris avec Luc, il fut obligé de raconter la vérité… La chaleur des tziganes lui inspira rapidement confiance, et ce fut la première soirée qu’on échangea avec eux autour de ce feu de camp. Ereinté, je m’endormis rapidement au son des guitares…



5 janvier 1936 – Mervent
Fatigués de notre voyage, les Tziganes nous avaient hébergé dans leur campement pendant plusieurs jours. Le chef de famille, trop vieux pour être appelé sous les drapeaux, avait fait visiter à Jean le centre du village, pendant que Luc aidait la communauté aux tâches de la vie quotidienne. La plupart des hommes du groupe étaient déserteurs, ils ne quittaient donc jamais la forêt, tout comme Luc. Parfois, Jean m’amenait avec lui dans le village, me faisant visiter les alentours, et me disant que c’était ici, notre nouveau foyer. La fuite était donc terminée, nous avions trouvé un endroit sûr où personne ne pourrait nous reprocher quoi que ce soit. Un jour, au marché, une femme qui vendait des choux demanda à mon père pourquoi il faisait les courses seul avec son fils. Il raconta qu’il était veuf, que sa femme était morte en couche… Encore une nouvelle histoire. Si j’avais fini par m’habituer aux mensonges de mes parents, je n’avais pas encore compris pourquoi ils agissaient ainsi.

Au campement, j’étais rapidement devenu ami avec Amisha, la petite fille qui nous avait tous surpris le soir de notre arrivée. Elle avait le même âge que moi mais était dotée d’un sacré caractère. Elle avait toujours un sarcasme à sortir, et elle était très mature pour son âge. Elle m’apprenait plein de choses que seuls les adultes connaissaient, et avec elle, je devins rapidement plus grand. Nous passions nos journées libres à jouer dans la forêt, à attraper des lapins. Pendant que la mère d’Amisha lui apprenait à coudre, son père m’apprenait à jouer de la guitare, chose qu’il avait lui-même appris de son père. J’étais ainsi le fils qu’il n’avait pas eu, et il m’appréciait je crois. Mes deux pères étaient heureux ici, pour la première fois ils n’avaient plus à se cacher aux yeux des autres. Nous étions une vraie famille, intégrée dans une véritable communauté. Nous nous habillions comme eux, et commencions à apprendre et à comprendre leurs traditions. Ils étaient très proches de la nature et du cœur, ils avaient une sensibilité et un caractère pur et sincère. Je n’avais jamais connu mes parents si épanouis, et je l’étais aussi.

Ce jour de début janvier était celui de la rentrée des classes à l’école municipale. Jean m’avait inscrit un mardi matin en allant au marché. Il voulait m’accompagner pour mon premier jour dans ce nouvel établissement mais je refusai, ne voulant pas passer pour un trouillard aux yeux d’Amisha. Et puis je n’étais pas tout seul, j’y allais avec elle, et quand j’étais à ses côtés je n’avais peur de rien. J’étais empli de confiance, même dans un endroit inconnu où je ne connaissais personne d’autre. En arrivant en classe, les sœurs m’accueillirent très gentiment, beaucoup mieux que les autres élèves. Ils me regardaient tous bizarrement et lançaient des remarques méchantes à Amisha, je ne comprenais pas pourquoi. Pendant la récréation, un garçon de ma classe me cracha « tu ne devrais pas traîner avec cette manouche ! » Je ne compris pas pourquoi personne n’aimait Amisha. Elle était comme les autres, seuls ses vêtements étaient différents, ainsi que son caractère. Elle était plus intelligente que tous les autres et elle me disait souvent « n’écoute pas ce qu’ils disent, ils sont juste jaloux. Ils sont trop bêtes pour nous ». Je me rendis vite compte qu’elle avait raison. Les sœurs nous donnaient plus de travail à nous deux, car elles voyaient qu’on progressait plus vite que les autres. Pour la première fois, j’avais droit à de gentilles remarques à l’école parce que je faisais bien mon travail. Je ne m’ennuyais plus alors je n’avais pas envie de faire le pitre. J’étais devenu un élève modèle. Si on me l’avait dit quelques mois plus tôt, je ne l’aurais pas cru… Finalement, j’étais heureux à l’école aussi. Je ne souffrais pas du rejet des autres élèves, parce-que j’avais Amisha et avec elle, je ne m’ennuyais jamais, et elle me comprenait toujours.

Seule mon application au cours de religion restait un mystère pour elle. Elle ne comprenait pas pourquoi j’accordais tant d’importance à ce Dieu que je n’avais encore jamais vu. J’étais parfois choqué par ses paroles, jamais personne avant elle ne m’avait dit ne pas croire en Dieu. Au début, je trouvais ça mal, je lui disais qu’elle devait changer d’avis pour aller au paradis, que ce Dieu allait la sauver du mal si elle arrêtait de le provoquer et s’excusait. Mais elle n’avait aucune envie de s’excuser. A l’école, elle suivait bien la catéchèse pour faire plaisir aux sœurs qui étaient si gentilles avec nous, mais je savais qu’elle récitait ses psaumes sans conviction. Elle qui avait un fort caractère, c’était la seule chose qu’elle faisait sans en avoir réellement envie. Ce n’était pas naturel pour elle de se forcer à faire quoi que ce soit, je lui posais souvent des questions formulées en reproches. Souvent, elle essayait de se justifier mais je ne comprenais pas, je n’avais pas été élevé comme ça, je n’avais pas vraiment envie de comprendre… J’en parlai un jour avec Jean, mon « guide spirituel » depuis ma naissance, celui qui m’avait inculqué les valeurs de Dieu que je connaissais et dans lesquelles j’avais toujours vécu. Sa réponse me surprit beaucoup, ce qu’il me dit était contraire à certains versets de la Bible que j’avais appris à l’école. « Tu ne dois pas juger Amisha parce qu’elle ne croit pas au même Dieu que toi. Chaque personne est libre de croire à son Dieu, et d’écrire sa propre Bible dans sa tête. Le plus important pour Dieu c’est de croire en l’amour des Hommes, et je suis sûr que pour ça, Amisha fait bien partie de l’amour de Dieu. » Sur le moment je ne compris rien à ces propos. Mais j’avais pris l’habitude d’écouter Jean, il était toujours de bon conseil quand j’avais des questions qui me faisaient mal à la tête, tandis que Luc m’aidait plus sur le plan matériel. Alors, un samedi soir, alors que les adultes parlaient autour d’un feu, j’allai voir Amisha dans sa chambre et je lui demandai de m’expliquer vraiment ce qu’elle pensait de Dieu. Elle m’expliqua alors sa vision des choses avec sérieux, et en écoutant son raisonnement, je fus obligé de voir, enfin, qu’elle n’avait pas tort. Elle avait une pensée différente de la mienne, mais elle n’était pas fausse pour autant, car elle paraissait logique et normale quand on l’entendait. Je n’en continuais pas moins à suivre les cours de religion avec application et à y croire de tout mon être. Mais c’est en cet hiver froid et rude du début 1936 que j’appris, pour la première fois de ma vie, à accepter la différence.


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Gabriel Deschamps
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MessageSujet: Re: Dossier de Gabriel Deschamps   Mer 14 Aoû - 18:27

22 Avril 1937 – Mervent
Nous étions installés dans ce petit paradis depuis un an et demi. Notre vie s’était calée sur un train-train quotidien bien agréable. J’allais toujours à l’école avec Amisha dans la semaine. J’accompagnais souvent Jean à la messe le week-end. Il était rapidement devenu proche de la paroisse et tout comme dans notre ancienne vie, il était actif auprès de l’Eglise. Il attirait la sympathie des femmes parce qu’il disait qu’il était veuf, mais elles ne cherchaient plus à le séduire comme celles de notre ancien village. Elles voulaient juste s’occuper gentiment de lui… mais il n’avait pas de véritable ami au village, car personne ne savait vraiment où il habitait. Tout le monde le voyait comme un homme pieux et respectable, mais qui étaient proche des Tziganes de la forêt, et beaucoup de gens trouvaient ça bizarre. De son côté, Luc avait totalement épousé le mode de vie de la communauté, contrairement à Jean qui avait gardé ses habitudes de gentleman. Avec le temps, nous étions devenus moins méfiants et un certain relâchement s’était installé. Luc sortait de temps en temps du camp pour aller au marché à la place de Jean, ou pour aller chercher de l’eau à la fontaine du village – nous n’avions pas de puy dans la forêt… Il était vu par les gens du village comme un membre à part entière de la communauté Tzigane, contrairement à Jean qu’ils ne savaient pas trop où placer. Moi, j’étais le fils de Jean, grand copain d’Amisha. Et malgré la situation un peu particulière de notre famille, les gens du village ne nous causaient pas d’ennui, et notre vie était totalement épanouie. Même si Luc avait un peu changé depuis notre arrivée ici – son caractère s’était affirmé – il s’entendait toujours aussi bien avec mon autre papa. Ces deux-là étaient faits l’un pour l’autre, tous les Tziganes s’accordaient à le dire. Parfois, quand j’avais envie d’un câlin d’une maman, la mère d’Amisha – qui était un peu la mama de toute la communauté – me couvrait de bisous et je retournais bien vite me réfugier chez mes deux papas, qui ne m’étouffaient pas dans leurs bras au moins. J’avais tout ce dont j’avais besoin autour de moi, et même si nos conditions matérielles étaient plus contraignantes que dans notre ancien village, j’y étais pourtant bien plus heureux.

Un jour de printemps, à l’école, fut un nouveau choc dans ma vie. En cours de religion, nous étudiions un nouveau passage de la Bible, celui de David et Jonathan. Les sœurs nous expliquèrent ce passage en insistant sur le fait que ce qu’ils faisaient était mal, et qu’ils n’avaient pas le droit, selon notre Seigneur, de s’aimer entre eux comme un homme aime une femme. Ce qu’ils faisaient était contre-nature car ils ne pouvaient pas avoir d’enfant, et si Dieu avait créé l’homme et la femme, c’était justement dans ce but. S’aimer entre homme était donc une terrible offense à Dieu. D’un coup, je ne comprenais plus le monde dans lequel je vivais. Amisha vit dans mes yeux ma détresse mais elle ne pouvait rien faire pour moi : elle ne pouvait m’apporter aucune réponse, c’était à moi de la trouver. Moi qui buvais les explications des sœurs avec tant d’avidité. Moi qui trouvais tant de lumière dans les témoignages des prophètes. Je venais d’apprendre que Dieu était contre l’amour de mes parents, alors que mon père lui-même m’avait appris à écouter Dieu. Je n’avais jamais pleuré depuis mon arrivée à Mervent, et les gentilles sœurs séchèrent mes larmes, sans comprendre ce qui se passait en moi. Je ne pouvais pas leur expliquer, c’était un secret que je n’avais pas le droit de briser, et pour la première fois, je compris pourquoi. Mon père avait choisi le mensonge pour se protéger du pécher ? Mais croyait-il ainsi berner le Seigneur ? On ne ment pas à Dieu ! Comment pourrait-il croire qu’en mentant à tout le monde, sur lui et Luc, il pourrait être absout ? Comment pouvait-il accorder tant de temps de sa vie à l’Eglise en étant un imposteur auprès de ces gens si bons ? Il était donc si faux au fond de lui ?

Pendant une semaine, je refusai de parler à Jean et m’enfouis dans les bras de Mama chaque jour en rentrant de l’école. Je ne parlais qu’à Luc, qui grâce à ses qualités manuelles et à sa simplicité ne m’avait jamais trompé, lui. Et puis vint le samedi où j’étais censé aller à la messe avec Jean. Voyant que je refusais de venir avec lui, il ne chercha pas à me forcer à le suivre. Il était le premier à dire que chacun était libre de croire ou non… mais il savait que quelque chose n’allait pas, alors au lieu de m’emmener à la messe, il entra dans la chambre d’Amisha où je m’étais réfugié et me parla pour essayer de comprendre. Je lui expliquai tout avec colère, moi qui ne m’étais jamais soulevé devant mes parents tant leur éducation avait été parfaite. Il est vrai que malgré les questions bizarres de mes camarades de classe dans mon ancien village « C’est vrai ? Tu as pas de maman ? Comment c’est possible ? » je ne m’étais jamais posé de question. Après tout, j’avais toujours été heureux à la maison. Mais maintenant je savais qu’il fallait un papa et une maman pour faire un enfant comme moi. Je traitai mon père de tous les noms méchants que je connaissais, persuadé qu’il avait trahi ma confiance depuis ma plus tendre enfance. Pourquoi ne m’avait-il rien dit ? Alors contre toute attente, il me prit dans ses bras en pleurant et me berça doucement en me caressant les cheveux. Comme si ses pires craintes venaient de se réaliser. Il se mit à me parler longuement, me racontant l’épisode de ma naissance…

Ma maman m’avait abandonné à l’église, c’était Jean qui m’avait trouvé… il avait décidé de m’élever avec Luc, comme une vraie famille, parce-qu’ils s’aimaient autant qu’un papa et qu’une maman… et parce-qu’ils m’aimaient comme leur propre fils. Le message d’amour de la religion m’avait toujours porté mais aujourd’hui, je ne voulais plus l’entendre. Il n’était pas assez fort, à côté de ce que j’avais appris à l’école. Jean m’expliqua alors que lui aussi s’était posé les mêmes questions, et avait fini par comprendre que la Bible n’était pas une vérité indiscutable. C’était juste un livre qui avait été écrit par des hommes, comme nous. Et que comme tous les hommes, ils avait leurs faiblesses et n’avaient pas toujours raison. Ces hommes avaient écrit la Bible selon leur propre compréhension du message de Dieu à l’époque, mais finalement, chacun était libre d’interpréter le message du Seigneur à sa façon, et nous n’étions pas obligés de suivre les pensées de ces hommes qui avaient écrit ce livre presque deux millénaires plus tôt. Nous avions le droit de ne pas être d’accord avec la Bible, et cela ne voulait pas dire qu’on n’était pas d’accord avec Dieu, juste qu’on le comprenait différemment. Nous avions le droit de penser que Dieu n’attend que de l’amour des Hommes envers les autres Hommes, quelle qu’en soit sa forme. C’est là que je compris que j’avais toujours eu le même avis que Jean sur la question, au fond. Dieu n’attend pas de nous un comportement irréprochable envers lui, mais avant tout un comportement positif envers les Hommes, dans le but de construire un monde bon. Dieu a juste servi aux humains à travers les siècles à faire des choix justes et bons pour leur prochain. Evidemment, ça n’avait pas toujours été vrai, car beaucoup d’Hommes avaient détourné ces idées de façon vile et cruelle. C’était aussi là la liberté de l’humain… la liberté de faire le mal. A quoi servait ce Dieu finalement ? Cette chose impuissante qu’on nous apprend à suivre aveuglément ? Jean ne répondit pas à ma question. Il me dit que c’était à moi de trouver la réponse, que ça pouvait prendre du temps mais que ça faisait partie de mon humanité, de trouver cette réponse par moi-même. C’était en cherchant cette réponse, et en la trouvant, que je pourrais devenir un véritable Homme qui réfléchit et ne se laisse pas traîner par une pensée toute faite et acceptée sans discuter. Jean affirmait que c’était ça le désir de Dieu, nous voir devenir des Hommes et non des bêtes suivant les commandements de gens qui ont vécu à une toute autre époque de la nôtre. Ce soir-là, non seulement je m’étais réconcilié avec Jean, mais je voyais mes parents sous un œil nouveau. Je les voyais comme deux hommes qui avaient bravé les critiques injustes de la société par amour, sans avoir peur d’un châtiment divin prédit par tous. Ils avaient su se dresser contre l’ordre établi par des hommes injustes. Evidemment, ils ne pouvaient le faire ouvertement, et il était plus intelligent pour eux de vivre dans le mensonge pour éviter les ennuis. Mais ils avaient bravé les règles dans leur vie familiale et s’étaient acceptés aux yeux de toute une communauté.

A partir de ce jour, je devins beaucoup plus critique en cours de religion. Je ne prenais que ce qui me semblait bon et jetais le reste. Je balançai l’histoire du diable et de l’enfer qui ne me plaisait pas. Je décrétai que savourer une orange le jour de Noël n’était pas un pécher de gourmandise dont il fallait se confesser au prêtre. Je décidai que les méchants n’étaient pas punis par Dieu qui n’était qu’amour, mais par les autres Hommes qui prêchaient le bien. Et même si tout ça n’était pas inscrit dans la Bible, Jean était d’accord avec moi, et au fond de mon cœur, je savais que Dieu aussi était du même avis que moi. C’était facile de me dire ça puisque finalement, je ne savais même pas qui était Dieu ni même s’il existait vraiment. C’est en ce printemps 1937 que j’appris à m’affranchir des idées religieuses préétablies, et à me faire ma propre conception du Bien.



1939 – Mervent
Nous étions installés dans la forêt depuis maintenant plus de 3 ans. Luc, avec l’aide des autres hommes de la communauté, avait construit une cabane confortable pour notre petite famille. Comme nous étions proches de la famille d’Amisha qui étaient les leaders de la communauté, nous avions une place importante parmi eux. Notre vie était toujours aussi bien calée, j’étais à peu près en paix avec moi-même. Une seule question me taraudait un peu plus chaque jour, celle qui touchait mes parents biologiques. Qui étaient-ils ? Pourquoi m’avaient-ils abandonnés, la veille de Noël en plus ? Est-ce qu’ils étaient encore en vie ? Avaient-ils eu le choix ? Jean m’avait montré le tissu dans lequel il m’avait trouvé. Il était brodé à la main d’une écriture appliquée, c’était la preuve que ma mère m’avait aimé. Alors pourquoi m’avait-elle abandonné ? Etais-je trop turbulent, trop envahissant, pas assez beau ? Comment a-t-elle pu décider de me laisser seul, sans savoir où j’allais aller, et si je serais bien traité ? J’avais une belle vie dans cette communauté tzigane, mais une partie de moi était toujours à la recherche de ces réponses que je ne pourrais probablement jamais avoir. C’était une sorte de vide en moi, la seule douleur qui demeurait dans ma vie si épanouie.

A l’école, notre programme avait légèrement évolué. Les sœurs nous parlaient moins de la Grande Guerre et un peu plus du contexte actuel. Les méchants Allemands avaient élu un homme bizarre qui avait remilitarisé le pays, en violation du traité de Versailles. Les Boches avaient déjà pillé la Pologne et l’Autriche. Mais nous, on ne devait pas s’inquiéter, parce-que les valeureux soldats français allaient nous aider à nous intégrer à cet ordre nouveau souhaité par Dieu. Ce nouveau type en rouge et noir était tellement puissant qu’il était porté par Dieu ? Et puis quoi encore ? Je ne comprenais pas trop ces discours à moitié pro-nazis. Aux dernières nouvelles, les sœurs qui nous faisaient classe étaient plutôt royalistes et n’aimaient pas trop le système républicain laïc, et voilà qu’elles se mettaient à soutenir un pouvoir venant d’un pays ennemi, qui pourrait sois disant « remettre de l’ordre en France ». Elles avaient l’air d’aimer l’idée du souverain puissant que la France avait perdu depuis la fin de Napoléon. C’était plutôt bizarre cette affaire. Par contre, je commençais à comprendre vraiment pourquoi on avait dû fuir notre ancien village. Les « déserteurs » étaient considérés comme de réels ennemis à la patrie, et j’étais bien content que Luc soit protégé dans la forêt. Je n’avais pas à m’inquiéter chaque jour pour savoir si mon père allait être fusillé ou non. Car les sœurs parlaient de ces « exemples » avec une fermeté quasi-sadique. Moi qui les trouvais gentilles au début, je commençais à les trouver un peu inquiétantes, tout comme Amisha. On se comprenait toujours aussi bien elle et moi, et souvent le soir après l’école, on reparlait de ce qu’on avait entendu dans la journée et on s’expliquait en quoi on n’était pas d’accord avec les sœurs. En vérité, cet Hitler nous faisait un peu peur, même si dans la communauté religieuse les gens semblaient l’attendre. Notre intelligence et notre capacité d’analyse étaient déjà hallucinantes pour notre âge.



19 mai 1940 – forêt de Mervent
En ce dimanche de printemps, Amisha et moi nous amusions à chasser des lapins. On avait bricolé des pièges avec des branches et de la ficelle piquée dans les poubelles d’un artisan du village sur la place du marché. Un gros lapin gris venait de se faire prendre par notre piège. Amisha et moi, cachés derrière des fourrées, on se mit à pouffer de rire, regardant ce gros lard essayer de se défaire des branchages. Nous n’étions pas du genre cruels, on relâchait toujours les petits ou les animaux trop maigres. Mais lui était vraiment une bonne prise. Soudain, à force de se débattre, il parvint à s’extirper du piège et partit à toute vitesse. Amisha lâcha une exclamation outrée de sa petite voix haut-perchée et se mit à courir après le fuyard. Je la suivis au pas de course, hilare, bien décidé à rattraper l’animal qui pourtant avait toutes les chances de nous échapper à présent. Le lapin prit de l’avance et finit par s’arrêter sous un bosquet, persuadé d’être bien caché. Mon amie et moi on se tapit derrière un buisson, bien décidés à avoir le lapin au lance-caillou. Après tout on était les rois de ce jeu-là, on avait attrapé plus d’une prise comme ça. Je sortis l’engin de ma poche pendant qu’Amisha me dégota un excellent projectile. Je visai avec discrétion, et, presque sûr de mon coup, tirai pendant que le lapin était immobile. Je me remis à rire et courus vers le bosquet, mon amie sur les talons, pour voir si j’avais eu l’animal. Manqué ! Il s’était enfui malgré son embonpoint, et on ne l’avait même pas vu détaler ! Je soupirai, reprenant mon souffle avec Amisha après notre course effrénée, quand je remarquai une cabane à quelques mètres, presque parfaitement cachée dans les arbres. A présent je connaissais presque par cœur cette forêt, et cette partie était une zone qu’on ne parcourait jamais. Elle était proche de l’orée du bois par lequel j’étais arrivé avec mes parents quatre ans plus tôt. Curieux, on s’approcha de la cabane et on se cacha sous une mince fenêtre. En observant discrètement, on put voir quatre hommes rassemblés autour d’un appareil électrique apparemment très compliqué. Ils semblaient très concentrés sur cette machine et regardaient une carte dépliée devant eux. Amisha me regarda avec un regard soudainement moins intrépide que d’habitude. Elle sentait, tout comme moi, qu’on avait affaire à quelque chose de grave. On décida de rentrer au campement discrètement, sans oublier de raconter tout ce qu’on avait vu en détails à nos parents le soir venu.

Dès le lendemain matin, les hommes partirent en direction de cette cabane. La communauté était seule à vivre dans cette forêt jusqu’à présent, et il était important de la connaître sur le bout des doigts, pour la sécurité de tous. Il ne fallait pas oublier que la plupart des hommes étaient déserteurs, comme Luc. Ils partirent avec des armes au cas où. Amisha et moi suppliâmes les hommes de nous laisser les accompagner, mais évidemment ils refusèrent. On était condamnés à partir à l’école comme chaque matin…



20 mai 1940 – forêt de Mervent
Amisha et moi revînmes au camp en courant après les classes ce jour-là. Les quatre hommes vus la veille parlaient avec beaucoup de sérieux avec Luc et le père de mon amie. Ils avaient apporté une de leur machine bizarre qui crachait des phrases incompréhensibles au milieu d’une avalanche de sons parasites. Pour la première fois, les enfants étaient écartés des conversations adultes. Ça n’était jamais arrivé dans la communauté depuis notre arrivée. Amisha et moi, on fut vite vexés, alors Jean vint vers nous pour nous expliquer les choses à sa façon, comme il le faisait toujours. C’est alors qu’on parla vraiment, pour la première fois, de l’invasion allemande. Hitler avait déjà annexé de nombreux pays dont la Belgique. Il n’allait donc pas tarder à arriver en France. Les quatre hommes de la cabane étaient là pour tenter de les empêcher de prendre le contrôle de la région, mais leur tâche était rude car la communauté religieuse, puissante en Vendée comptait collaborer pleinement. Mais Luc allait les aider, tout comme le père d’Amisha et la plupart des hommes de la communauté tzigane, tandis que Jean resterait proche de l’Eglise pour tenter de récolter le plus d’informations possible sur la collaboration et l’avancée allemande. C’est en ce jour de printemps 1940 que notre famille entra dans la résistance.

La forêt de Mervent devint rapidement un repaire pour les résistants. La communauté s’agrandit à une vitesse impressionnante, mais restait toujours aussi discrète et bien cachée. Seuls les Tziganes allaient parfois au village pour ravitailler tout le monde. Amisha, Jean et moi on continuait notre vie comme avant, même si à présent, on avait un but précis : se tenir au courant des avancées allemandes et mettre des bâtons dans les roues des religieux qui collaboraient. Pour l’instant, c’était essentiellement un travail de préparation. Nous n’étions pas très bien organisés, et nous avions encore trop peu de contact avec un quelconque réseau de résistants à plus grande échelle. Notre petite vie calme et paisible était terminée. Nous vivions tous dans une tension, une attente presque insupportable.



22 juin 1940 – Vendée
Le jour fatidique avait fini par arriver. Les troupes allemandes étaient arrivées en France et avaient tout dévasté, comme s’ils n’avaient rencontré aucune résistance. Il faut dire que beaucoup se demandaient où était passée l’armée française. Elle s’était planquée en attendant une nouvelle guerre de tranchées, mais ce n’était pas dans les projets d’Hitler, manifestement. Ce jour-là, les Boches avaient pris le contrôle des principales villes vendéennes, la Roche sur Yon, les Sables d’Olonne, Fontenay le Comte… Pendant ce temps, les autorités politiques et religieuses du département accueillaient l’occupant à bras ouverts. Je ne les comprenais décidément plus du tout.



25 juin 1940 – Mervent
Quelques soldats français avaient investi la place du marché. Ils n’ennuyaient pas trop les gens mais leur simple présence et leur air pas commode dissuadaient quiconque de faire un faux pas. Ce matin-là, j’accompagnais Jean au marché comme je le faisais souvent. En ce moment, il avait encore plus besoin de mon aide pour porter les courses, car on prenait un sacré paquet de denrées alimentaires : c’est qu’il fallait nourrir tout le monde dans la forêt ! Un soldat interpela mon père avec un regard suspicieux.

« - Dites-moi vous avez une famille bien nombreuse ! Vous comptez nourrir un régiment avec tout ça ?

- Ah, non, c’est que je fête l’anniversaire de ma femme demain, et je veux lui faire une belle surprise…

- Votre femme sera bien gâtée… »

Mon père partit devant moi, les bras pleins de sacs de nourriture. Je ne l’avais jamais vu si tendu et effrayé en parlant à quelqu’un. Je n’osai même pas lui demander pourquoi il avait parlé de sa femme au beau milieu du marché alors qu’il avait dit à tout le village qu’il était veuf. En arrivant au camp, il distribua les sacs dans les différentes cabanes de tziganes et de résistants.

Le soir, pendant le repas autour du feu, il n’y eut ni chants ni bonne humeur. Jean avait évoqué brièvement les questions du soldat français, personne n’avait rien dit. L’ambiance à la communauté n’avait jamais été si pesante. Personne n’avait le cœur à rire ni à sourire, même pas Amisha d’habitude si joyeuse. Nous savions tous que la situation était grave. En ces premiers jours d’été 1940, je connus la vraie peur pour la première fois.


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MessageSujet: Re: Dossier de Gabriel Deschamps   Mer 14 Aoû - 18:28

26 juin 1940 – forêt de Mervent
Depuis l’appel du général de Gaulle, la résistance s’était mieux organisée et les hommes de la communauté arrivaient à correspondre avec la France Libre basée en Angleterre. Les quatre résistants et leurs amis avaient préféré se replier dans leur cabane de l’autre bout de la forêt, il semblait moins risqué de nous séparer pour l’instant. De plus, cette cabane était plus éloignée du village, et plus difficile à repérer que notre campement de tziganes. Luc, le père d’Amisha et les hommes qui le souhaitaient passaient donc beaucoup de temps à l’autre bout de la forêt, continuant à participer aux plans des résistants. Ils allaient également dans le village plus fréquemment qu’avant pour de multiples petits sabotages, tels que la section des fils de communication du poste de police. Jean se chargeait de tout ce qui pouvait déranger l’Eglise dans leur collaboration avec les Boches. Amisha et moi, on aurait voulu participer aussi car on savait que l’heure était grave, mais les adultes nous l’avaient formellement interdit. On n’avait pas l’habitude d’être mis à l’écart du monde des grands, nous qui avions toujours vécu avec eux et partagé leurs conversations. Mais nous savions que l’heure était grave et qu’il ne fallait pas discuter. On ne voulait pas mettre en danger la communauté, alors on continuait à jouer notre rôle d’élèves sérieux.

Alors que je discutais avec Amisha dans la cour de récréation (nous ne parvenions plus à nous amuser comme avant), une sœur me prit à part. Elle me parla très sérieusement, comme à un adulte. Elle me dit que j’étais un garçon bien et intelligent, et que pour ma propre sécurité, il était préférable que je cesse de jouer avec Amisha. Il fallait que moi et mon père (Jean, l’existence de Luc n’était toujours pas connue au village) nous détachions totalement de la communauté tzigane, car on pourrait avoir des ennuis à être amis avec eux. La sœur eut l’air réellement sincère et désolée pour moi. Elle avait envie de nous sauver, moi et mon père. Comment pouvait-elle penser ça en participant elle-même au confort de nos ennemis ? Evidemment, je n’écoutai pas la sœur. J’étais bien trop proche d’Amisha pour la laisser tomber comme ça. Et puis j’avais besoin d’elle et de son amitié, autant qu’elle avait besoin de ma présence à ses côtés. J’étais sûr de moi et résigné. Si le danger me faisait peur, je ne savais pas encore vraiment à quoi je m’exposais… les informations qui parvenaient au village étaient encore bien trop floues sur le sujet.

Je choisis de ne pas parler des avertissements de la sœur, ni à Amisha ni à mes parents. Après tout, je ne voulais pas les inquiéter pour rien, ils avaient suffisamment de soucis en tête… Ce soir-là, la communauté tzigane fit une soirée musique autour du feu, en souvenir du bon vieux temps. J’eus pour la première fois le droit et l’honneur de jouer de la guitare avec les adultes, et Amisha chantait avec les femmes. Cette musique n’avait rien de festive, mais elle nous redonna du baume au cœur. Et Dieu sait si nous avions besoin d’espoir ce soir-là…



27 juin 1940 – forêt de Mervent
Il était six heures du matin. Je dormais à points fermés sur mon lit de paille. Mes parents dormaient entrelacés dans la pièce d’à côté, une radio posée à côté de leur lit. Je les avais entendus discuter très tard la veille, ils réfléchissaient au prochain message à envoyer à Londres. Si je n’avais pas le droit de participer à ces conversations, j’écoutais tout ce que je pouvais, le sujet m’intéressait toujours.

Je fus réveillé par un coup de pied sans sommation dans la porte de notre cabane. Je me levai précipitamment et courus d’instinct vers la chambre de mes parents. Deux soldats français y étaient déjà, hurlant à l’inceste et fracassant la radio sur le sol. J’eus l’impression d’être plongé d’un coup dans un cauchemar éveillé. Deux autres soldats arrivèrent et ils se mirent à quatre sur mes parents pour les rouer de coups de poings, de coups de pieds. Je leur hurlai d’arrêter mais personne ne faisait attention à moi. J’étais comme projeté en enfer en étant déjà mort, comme si mon esprit flottait dans ce chaos sans vraiment y appartenir. Mes parents me suppliaient du regard, et je compris qu’ils voulaient que je parte. De toute façon, je ne pouvais pas supporter ce spectacle plus longtemps. Je courus en pyjama vers la maison d’Amisha. Dehors, le chaos était le même que dans ma maison. Les soldats français grouillaient de partout, ils étaient des dizaines. Tous les résistants de la cabane de l’autre bout de la forêt avaient été traînés jusqu’ici. La plupart étaient bien amochés, certains ne tenaient pas debout. Ils étaient tous ficelés entre eux comme des chiens qu’on musèle. Certains tziganes avaient aussi été traînés hors de chez eux, une femme de la communauté hurlait à la mort, je ne voulais pas savoir pourquoi. Je cherchais en vain Amisha du regard, ou un membre de sa famille. Finalement, je me ruai dans sa cabane où je vis ses parents traînés de force vers la sortie. Je trouvai finalement mon amie cachée dans sa chambre, en pleurs. Je n’avais jamais vu mon amie pleurer. Je la pris dans mes bras et l’emmenai dehors, lui promettant qu’on allait sauver nos parents. D’où est-ce que je puisais cet espoir ? Probablement de ma jeunesse, pas de mon intelligence en tout cas… Un soldat me saisit par le bras et me dis « vous deux, vous suivez ».

On ne se fit pas prier. Mes parents se tenaient deux mètres devant moi, Luc ne pouvait pas marcher, il était à moitié porté par un soldat et saignait entre les jambes. Jean toussait beaucoup avec un bruit écœurant. Je serrai la main d’Amisha de toutes mes forces, quitte à lui faire mal. Une douleur indescriptible avait envahi mon âme et mon cœur. La communauté, résistants et tziganes réunis, constituaient un peu plus d’une vingtaine d’adultes, et une dizaine d’enfants de tous les âges, principalement plus jeunes qu’Amisha et moi. Tout le monde atterrit sur la place du marché, encore vide à cette heure matinale. Seules les sœurs étaient sorties du couvent pour voir la scène. Mon regard croisa celui de la sœur qui m’avait parlé la veille. Elle secoua la tête tristement. Puis mon regard se posa sur un camion à bestiaux, vers lequel les parents d’Amisha et les miens étaient conduits. J’eus alors un déclic et sortit de ma passivité et de mon mutisme. Je sautai vers mes parents, bien décidé à rester avec eux, à les retenir ici, avec moi. Alors qu’un soldat allait les balancer dans le camion, je hurlai :

« PAPAS ! NON ! LACHEZ-LES ! »

Les spectateurs ahuris me regardaient avec des yeux ronds. Même les soldats s’arrêtèrent sous la surprise, avant d’éclater de rire.

« Ahahahah ! Le mioche demande ses parents ! Le gamin est complètement aliéné, il va finir comme eux ! On l’embarque avec. »

Le soldat qui m’avait escorté jusqu’ici me reprit le bras violemment, m’imprimant des bleus sur la peau. Il me força à revenir avec Amisha, qui avait commencé à se débattre aussi avec toute la force dont elle était capable, pendant que nos parents étaient entassés dans ce camion trop plein. Mes souvenirs de ce moment sont ensuite devenus assez flous. Je me souviens surtout de la violence, des cris, je ne sais plus s’ils venaient de moi ou d’autres personnes dont la vie venait de se briser. Je ne savais plus où j’étais, ni qui j’étais, ni même pourquoi j’étais ici, dans un monde aussi absurde où des humains étaient capables de traiter leurs semblables de cette manière.



30 juin 1940 – camp de Mauthausen, Autriche, IIIème Reich
Cet endroit détenait plus de 3000 personnes, considérées comme « des criminels de droit commun, «asociaux», opposants politiques et objecteurs de conscience ». En clair, il contenait principalement les résistants des pays occupés, des homosexuels, des Tziganes et des Témoins de Jéhovah. Mais en arrivant là-bas, je ne comprenais rien à tout ça.

En descendant du camion, poussé et harcelé par les SS, je tenais encore la main d’Amisha serrée dans la mienne. Je ne l’avais jamais lâchée, malgré l’épuisement, la faim et la soif. Sa présence était la seule chose au monde qui me faisait tenir pendant ce long périple vers l’enfer. Les SS nous ordonnaient de faire descendre les morts, et commencèrent à nous compter pour la troisième fois depuis notre arrestation. Puis nous devions marcher, au milieu de gens à moitié nus, mélange de morts et de vivants devenus l’ombre d’eux-mêmes. Pendant que je suivais la file de gens, mon regard se promenait sur le chaos environnant. Je ne voyais que des bâtiments en béton sinistre qui transpiraient la mort. Au loin, une cheminée crachait des fumées noires dont l’odeur nauséabonde parvenait jusqu’à nous. Le décor était digne d’une prison de haute sécurité. Les fils barbelés, les sentinelles armées… Les SS frappaient de nombreuses personnes au passage à coups de pieds et de crosses, mais Amisha et moi furent épargnés, peut-être grâce à notre petite taille qui nous permettait de nous fondre dans la masse. Un homme aux aboiements de chien nous compta plusieurs fois en nous frappant encore, avant de nous faire faire la queue à l’entrée d’un bâtiment. Je cherchais fébrilement du regard des têtes connues dans la file, où tout le monde était mélangé : hommes, femmes, enfants. Mais j’étais petit, et je ne voyais pas grand-chose. J’apercevais uniquement les personnes du début de la file, qui se trouvaient sur un rocher un peu en hauteur. C’est là que je reconnus les parents d’Amisha et les miens. Jean soutenait Luc, mais ils étaient debout et toujours vivants. Mieux, on ne les avait pas emmenés vers le bâtiment qui crachait cette méchante fumée noire. Je montrai du doigt nos parents à Amisha, avec un fantôme de sourire sur le visage. Le sien aussi parut s’éclairer légèrement, le temps d’un instant. D’une seule voix, avec les forces qui nous restaient, on parvint à crier :

« Papa ! »

Nos quatre parents se retournèrent et avec un sourire sublime, nous envoyèrent un baiser dans le vent. Ce fut le dernier regard d’amour que l’on put emporter d’eux. Ils furent poussés de force dans le bâtiment, et on ne les revit jamais.

Je me pris mon premier coup de pied en même temps qu’Amisha, pour avoir eu l’audace d’appeler mes parents. Il me plia en deux plusieurs secondes. Mon opinion sur les Boches était définitivement scellée : je les haïssais de tout mon cœur, comme tous les Germaniques de la Terre.

Enfin vint notre tour d’entrer dans le bâtiment. On me força à me séparer d’Amisha en nous giflant au passage. Sa main était presque collée à la mienne, ce fut un vrai déchirement de la lâcher. Lorsqu’elle fut emmenée dans la pièce d’à côté, je lui jurai de la retrouver et de la sauver.

Un homme sinistre doté d’un flegme impressionnant me demanda de me déshabiller en commençant à me prendre mes habits. J’obéis avec gêne, je n’avais jamais montré mon corps nu à personne, mis à part à mes parents quand j’étais tout petit. Même Amisha ne m’avait jamais vu totalement nu. L’homme grassouillet me posa alors des tas de questions bizarres que je ne comprenais pas, car il les posait en allemand. Je n’avais jamais appris cette langue, je ne connaissais que le patois vendéen et le français. J’imagine qu’il me demandait des informations sur les activités des résistants de la communauté. Evidemment je savais beaucoup de choses, mais j’étais tellement épuisé et endolori que je n’eus aucun mal à feindre de ne rien comprendre. Il m’était de toute façon impossible de comprendre une langue étrangère totalement inconnue, et je n’avais aucune envie de leur faciliter la tâche… Il nota alors un numéro sur son cahier et me saisit l’avant-bras sans me demander mon avis. Il y tatoua rapidement une série de chiffres. Ce marquage m’arracha de petits cris de douleur, que j’essayais tant bien que mal de refouler comme un homme. J’essayais d’entendre Amisha dans la pièce d’à côté mais je n’entendais rien du tout, comme si elle avait été emmenée beaucoup plus loin, dans un endroit où je ne pourrais pas la voir…

L’homme me poussa alors dans une autre petite salle, où il brandit un rasoir et entreprit de me raser de la tête aux pieds. Il enleva tout, mes cheveux et mes poils de tout le corps. Pourtant j’étais blond, et ils ne se voyaient presque pas… le rasoir manié avec rapidité et violence entama ma chair à de nombreux endroits. Une fois l’opération terminée, je saignais d’un peu partout, et la douleur physique due aux coups et aux coupures m’habitait totalement. Mon bourreau alluma ensuite les douches et une eau glaciale vint cingler ma peau de toute part. Puis il enduisit tout mon corps d’un liquide piquant et puant, qu’il appliquait surtout aux endroits qu’il avait rasé, là où ça piquait le plus. Un éclair de gêne me traversa lorsque les mains de l’homme frictionnèrent mes fesses et mes parties intimes. J’eus un mouvement de recul et me pris une gifle, je ne devais pas bouger. J’avais envie de pleurer, mais je ne voulais pas lui donner cette satisfaction… Finalement, en sortant, ce monstre me balança un paquetage au visage avant de me prendre en photo comme un criminel destiné au couloir de la mort. Le paquetage ne contenait rien de plus qu’une chemise, un caleçon, un costume (veste et pantalon) rayé bleu et gris-blanc ainsi qu’une paire de galoches en toile à semelles de bois. Toute la tenue était sale et exhalait une odeur immonde, mélange de sueur, de terre et de mort. A croire que cette odeur bizarre que je ne connaissais pas flottait partout ici…

Je finis poussé dans un nouveau baraquement à l’aspect encore plus sinistre que le précédent. Dans ce bâtiment minable s’entassaient une quarantaine de personnes, et j’eus la surprise d’y voir Amisha, qui avait été rasée tout comme moi, et qui avait perdu ses jolies bouclettes rousses. La vue de ma meilleure amie me redonna espoir pour la suite, même si ce dernier était bien mince. Je vis dans ses yeux que sa force de vie s’était éteinte dans ces douches, et je ressentais la même chose qu’elle. C’est en cette chaude journée d’été 1940 que mon séjour en enfer commença.



10 juillet 1940 – camp de Mauthausen
Nous étions enfermés dans ce bloc depuis plus de dix jours, mais nous avions totalement perdu la notion du temps. La moindre seconde de notre vie était devenue un calvaire. Le moindre geste pouvait nous valoir des coups et des humiliations. Par trois fois, Amisha dut lécher les bottes d’un SS après s’être déshabillée. A chaque fois, je détournais les yeux par respect pour elle, mais je me prenais un coup de crosse dans le ventre car le spectacle était censé être une délectation pour tous. Nous étions devenus méfiants envers tout le monde, dès le premier soir les autres détenus avaient tenté de nous piquer notre couverture. C’était le seul bien que nous possédions… Amisha et moi étions les plus jeunes du bloc. Nous étions tous mineurs, et si personne ne semblait avoir moins de dix ans à part nous, les plus vieux n’excédaient pas les 14 ans. En raison de nos âges, les filles et les garçons n’avaient pas été séparés, pourtant beaucoup de garçons avaient déjà des poils sous la ceinture et certaines filles avaient déjà des seins.

Nous étions sans cesse harcelés, et pas une seconde on ne nous laissait au calme. Nous devions sans cesse accomplir des tâches pour les SS, et ce à n’importe quelle heure du jour et de la nuit. La nourriture qu’on nous refilait provenait manifestement d’une ferme, c’était à peu près de la même texture que ce que Luc donnait à nos vaches à Chasnais. Dès que la distribution tombait, Amisha et moi bondissions comme des chats pour tenter de prendre notre part avant que les plus grands nous tombent dessus. Grâce à notre rapidité, notre agilité et notre petite taille, nous parvenions une fois sur deux à leur échapper pour subsister. La rapidité à laquelle nous devions manger cette nourriture de fortune nous donnait souvent des maux de ventre terribles, mais au moins nous étions à peu près sûrs de ne pas mourir de faim dans les jours suivants. On se rendit compte rapidement que nos courses aux lapins dans la forêt nous sauvaient la vie à présent. Une fille timide qui s’isolait souvent mourut au bout de cinq jours. Elle ne parvenait jamais à saisir de quoi s’alimenter et à cause du voyage, elle était totalement déshydratée.

On ne nous laissait jamais de temps pour dormir. Amisha et moi nous arrangions lorsque les SS avaient le dos tourné pour que l’un puisse dormir pendant que l’autre remplissait la tâche qui nous était demandée. En général, nous ne parvenions pas à dormir à cause de l’inquiétude permanente, mais ça nous permettait de nous reposer un peu et de reprendre des forces. Les gardes finissaient toujours par s’en rendre compte, et ce n’était qu’un coup ou une humiliation de plus pour nous. Le jeu n’en valait pas toujours la chandelle, mais il fallait savoir prendre des risques pour survivre, et ni Amisha ni moi n’avions froid aux yeux. Malgré tout, aucun de nous ne tenta une quelconque rébellion. Le sort du seul garçon qui avait répondu méchamment à un SS nous en avait dissuadé dès le premier jour. Après une mise à tabac en règle, il s’était fait fusillé comme un chien sur la place centrale en face du bloc… La vue du sang et des tripes qui coulaient juste devant nous nous avait tous effrayé. Nous ne voulions pas finir ainsi, si jeunes, et déjà sadiquement écrasés comme une mouche sur une fenêtre sale… Nous n’étions plus que des numéros pour eux, et il suffisait de regarder notre avant-bras pour nous souvenir de notre nouveau nom. Ils avaient marqué notre chair pour que jamais on ne puisse oublier qu’on n’était rien pour eux, et surtout pas des humains. Rien d’autre qu’une suite de chiffres plus insignifiante que leur chien. Chaque jour, mon amie et moi puisions dans des forces dont nous ignorions l’existence. Nous voulions survivre à tout prix, pour nous venger un jour, de ce qu’ils étaient, de ce qu’ils nous faisaient. Notre jeunesse nous permettrait de bâtir un monde meilleur et d’exterminer le mal, personnalisé en ce monstre qui avait mis sur pied ce système inhumain. Nous ne savions pas encore comment, mais notre force d’enfants résidait en notre imagination et en notre espoir inébranlable pour l’avenir.

Et dire que les sœurs aidaient ce genre de personne… comment l’Eglise pouvait-elle cautionner un système pareil ? En ce jour, je ne croyais plus en rien ni personne. Le fait que ma mère m’ait abandonné aux mains de ces monstres me répugnait. Je n’étais décidément souhaité par personne en ce monde. Seule la présence d’Amisha me donnait envie de me battre, encore et toujours, à chaque seconde de notre misérable vie – ou plutôt, de notre laborieuse survie.


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Gabriel Deschamps
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MessageSujet: Re: Dossier de Gabriel Deschamps   Mer 14 Aoû - 18:28

15 juillet 1940 – camp de Mauthausen
En pleine nuit, on nous poussa dehors à coups de pieds dans les fesses. Nous ne savions plus si nous étions devenus insensibles ou si la douleur était tellement présente partout qu’on ne faisait plus la différence entre chaque partie de notre corps. Nous allions bientôt avoir la réponse.

Après deux semaines environ passées dans le bloc de quarantaine, Amisha et moi avions appris à comprendre les ordres en allemand – nous n’avions pas vraiment eu le choix d’ailleurs. Nous faisions des efforts pour comprendre leur langue, en pensant qu’en parvenant à capter les conversations privées entre les SS, nous pourrions avoir un avantage sur eux plus tard. Nous commencions doucement à comprendre des bribes de cette langue, que je trouvais chaque jour plus moche et détestable.

Le nouveau bloc était plus petit que le précédent. On nous expliqua vaguement que de toute façon, on n’y passerait pas longtemps. On allait voir la lumière du jour régulièrement. Les SS avaient presque le sens de l’humour là-bas. Tout ce qu’on voyait, c’était un ciel gris assombri par les cheminées qui fonctionnaient sans interruption. Dehors, il n’y avait qu’une fumée épaisse plus ou moins dense, qui nous prenait les bronches et nous donnaient parfois envie de vomir. Mais il fallait se retenir à chaque fois, car ce qu’on ingurgitait était trop précieux pour être sorti. La nourriture était trop rare…

Un nouveau garde nous demanda de sortir dans une cour latérale entourée de fils barbelés, et nous fit courir jusqu’à une carrière à plusieurs centaines de mètres en montant des escaliers interminables. Là, notre nouvelle tâche consistait à casser des cailloux et à ramener des pierres en bas des marches, toujours en courant. Le premier garçon qui s’écroula, la première fille qui termina le parcours en marchant furent tabassés à mort sur place. Au retour au camp le soir, Amisha et moi dûmes les traîner et les lâcher dans une immense fausse. Si on avait eu encore la force de ressentir quelque chose, on aurait pleuré toutes les larmes de nos corps. Mais nous étions étrangement vides, comme des coquilles vides, un être à qui on aurait arraché l’âme. Notre solidarité seule nous maintenait en vie contre la haine et l’adversité ambiantes.

De retour au bloc, on nous servit un morceau de pain rassis et cette soupe immonde dont on ne préférait pas savoir d’où elle venait. Après avoir englouti le seul repas de la journée avec notre rapidité habituelle, un SS s’approcha d’Amisha avec un sourire inhabituel sur le visage. Il la força à lui faire des choses tandis que trois autres gardes s’éparpillaient vers les autres filles du baraquement. Deux hommes armés regardaient la scène en rigolant. Je pus entendre les hurlements muets de mon amie dans sa respiration saccadée et horrifiée. Lorsqu’il en eut terminé avec elle, le garde vint s’occuper de moi. Pour la première fois depuis longtemps, je ressentis une vive douleur bien ciblée. Je découvrais la dernière zone de mon corps qui n’avait pas encore souffert ici. Et dire qu’ils avaient pris mes parents pour des monstres, alors qu’ils étaient en train de faire la même chose… à ce que je pus comprendre, comme on n’était que des gamins, ça ne comptait pas car on était encore « purs, faibles » et « possibles à sauver ». Si j’en avais eu la force, j’aurais effectivement prié pour pouvoir être sauvé et sortir d’ici, reprendre ma vie d’avant...

Ces gardes revenaient plusieurs fois par semaine, toujours au même moment de la journée. Les autres étaient aussi effrayés que nous, mais personne n’osait répliquer. Nous savions tous ce qui arrivait si on protestait, et personne n’essaya… Ces soirs-là, on n’entendait que des plaintes sourdes et des pleurs étouffés, sans larme. Comme si la douleur ne pouvait plus sortir de nous-même.



21 août 1940 – camp de Mauthausen
En presque deux mois ici, la population du bloc avait évolué. La moitié de ceux qui étaient arrivés en même temps que nous étaient morts, tous d’une façon plus horrible. De nouveaux arrivants avaient pris leur place au début du mois d’août. Nous étions entre 20 et 30 dans ce bloc, tous dans la même tranche d’âge. Quelques nouveaux s’étaient alliés à Amisha et moi, impressionnés par notre intelligence et notre ténacité malgré notre jeune âge. Nous avions trouvé la clé de la survie ici : l’entraide. Deux de nos nouveaux amis avaient 13 ans, ils étaient en âge de se battre et les autres ne cherchaient pas trop les ennuis. Tout le monde nous laissait notre nourriture ainsi qu’une couverture pour deux, à Amisha et moi.

On ne nous envoyait plus à la carrière pour casser des pierres depuis quelques jours. On nous faisait travailler dans un nouveau bâtiment très bruyant à quelques dizaines de mètres seulement de la cour centrale. Nous ne voyions presque plus la lumière du jour, mais ça ne faisait pas grande différence, vue l’atmosphère extérieure… Dans cette usine d’armement, nous travaillions à armer les Boches. C’était dur de se dire ça chaque jour, mais on n’avait plus le choix. Au-delà de l’esclavage, on était tous devenus leurs choses, et notre devoir à Amisha et moi était de survivre pour pouvoir les vaincre plus tard. Alors pour l’instant, on leur obéissait, mais ce n’était qu’une étape sur le chemin de la vengeance…

Notre travail consistait à assembler les parties les plus fines des pistolets allemands. On avait été choisis pour ça à cause de nos petits doigts fins que les adultes n’avaient pas. Les pièces étaient construites à une telle vitesse que beaucoup étaient fendues ou mal faites. La plupart étaient coupantes, et nous finissions chaque journée les doigts en sang, nous préparant à saigner encore, à un autre endroit, une fois de retour au bloc. On ne parvenait pas à déterminer le meilleur moment de la journée, car aucun moment n’était plus enviable que le précédent ou le suivant. Cette vie était devenue un enchaînement de malheurs et de souffrances ininterrompues. Seuls les moments où je parvenais à communiquer avec mon amie m’apportaient un peu de joie.

Parois avec Amisha, on se demandait ce qui était arrivé à nos parents. On imaginait qu’ils s’étaient enfuis héroïquement et qu’ils étaient rentrés à la cabane de la forêt. On les voyait penchés sur une carte qui représentait le plan du camp, en train d’échafauder un plan pour venir nous sauver. C’étaient tous ces rêves qui nous permettaient de rester humains et de ne pas perdre la tête.



5 septembre 1940 – camp de Mauthausen
Depuis plusieurs semaines, le typhus s’était abattu sur le camp. Les détenus étaient de plus en plus nombreux, et les morts de moins en moins bien ramassés. Progressivement, nous voyions de plus en plus de gens dépérir de cette maladie mystérieuse, qui les rendait rouges, puis jaunes, avant d’avoir raison de leurs dernières forces vitales. Trois enfants de notre bloc eurent subitement une forte fièvre accompagnés de vomissements fréquents. L’un d’entre eux faisait partie de nos alliés. Affamés, on se précipitait pour lécher leur vomi, on prenait tout ce qui pouvait nous remplir l’estomac. Amisha et moi étions ici depuis deux mois et demi, et nous avions perdu la moitié de notre poids initial. Devenus squelettes ambulants, notre organisme s’était adapté à une situation de pénurie permanente extrême. Miraculeusement, nous parvenions encore à nous tenir debout, à marcher, à courir et à travailler. Notre force intérieure semblait plus forte que tous les châtiments qu’on nous infligeait quotidiennement.

Jusqu’à ce matin de septembre, où Amisha ne parvint pas à se lever pour aller travailler. La dernière fille qui avait été dans ce cas avait été fusillée à terre, et nous avions dû la porter jusqu’à la fosse derrière le camp. Je relevai alors mon amie et la força à avancer jusqu’à l’usine. Son corps était brûlant, elle se retenait pour ne pas se plier en deux mais je la voyais se tenir le ventre. Elle parvint à rester debout toute la journée et j’essayai d’être plus rapide que d’habitude pour compenser son travail ralenti. Il fallait à tout prix maintenir le rendement pour qu’on nous permette de tenter de survivre. Peu avant la fin de la journée, Amisha commença à saigner du nez. L’intérieur de sa bouche était rouge et gonflé et le soir, elle eut beaucoup de mal à manger. Malgré tout elle restait forte et parvenait à maintenir le rythme. Tant que les gardes ne se rendaient compte de rien, sa vie serait sauve. Je tentais de la soulager des tâches les plus rudes pour lui permettre de se reposer. Ce n’était que comme ça qu’elle pouvait aller mieux…

Le seul point positif au cœur de cette épidémie meurtrière était le comportement des gardes. Ils avaient cessé de venir au bloc le soir et ne nous touchaient plus, probablement de crainte d’être contaminés eux aussi. Nous étions redevenus les déchets répulsifs que nous étions pendant la quarantaine. Nous approcher de trop près était dangereux…



7 septembre 1940 – camp de Mauthausen
Je fus réveillé en pleine nuit pendant mon court sommeil par des crampes abdominales et des maux de tête épouvantables. J’avais l’habitude de ce genre de désagréments mais cette fois, la violence de ces maux me fit vomir de la bile. Je n’avais pas mangé la veille, les rations n’avaient pas été distribuées. J’avais chaud mais des frissons parcouraient mon corps. Je ne voulais pas m’inquiéter, j’étais jeune et fort, ça allait passer, comme quand j’avais la grippe dans la forêt de Mervent…

En allant à l’usine, Amisha semblait aller mieux. Elle était moins brûlante que deux jours auparavant et semblait moins fatiguée. Ce fut elle cette fois qui m’aida à terminer mon quota d’armes de la journée. La peur me tenaillait le ventre et le soir, je vomis la ration que j’avais ingurgitée quelques heures plus tôt. Je ne parvint pas à la ravaler malgré la faim… Je ne devais surtout pas me laisser aller, Amisha allait mieux, je savais que je pouvais m’en sortir aussi, comme elle. Ensemble, on sortirait d’ici, ensemble… on était capable de tout, on était les plus forts.



11 septembre 1940 – camp de Mauthausen
Un garçon du bloc trop malade pour aller travailler avait été fusillé dans la nuit. Ma fièvre était redescendue, mes maux s’étaient allégés. Je mangeais le plus possible, et me reposais dès qu’une occasion se présentait. Je sentais mes forces me revenir progressivement. Mais au matin, quand la ration de nourriture fut distribuée, Amisha ne put pas se lever. Comme la dernière fois, je l’aidai à se tenir debout et la forçai à manger. Sa fièvre était revenue, plus puissante qu’avant. Ses yeux étaient vitreux et par moments, elle ne me reconnaissait plus pendant quelques instants. En partant travailler, sa bouche et son nez se mirent à saigner. Le rouge continua à couler à l’usine, et l’hémorragie ne s’arrêtait pas. Affolé, je voyais ses forces la quitter avec son sang. J’aurais voulu l’aider, la soigner, mais tout ce que je pouvais faire pour elle c’était redoubler d’effort pour faire son travail, et pour surtout, surtout, éviter que les gardes se rendent compte de son état. Ses yeux étaient jaunis et de retour au bloc, elle vomit une bordée de bile noire. Une peur sourde telle que je n’en avais jamais connu s’empara alors de moi. Je n’avais jamais eu si peur de perdre quelqu’un de toute ma vie.

Comme à notre arrivée au camp trois mois plus tôt, je refusai toute la soirée de lâcher la main de mon amie. Son corps en feu dégageait une chaleur hallucinante, comme si elle était en train de brûler de l’intérieur, et je ne pouvais pas éteindre l’incendie qui la consumait. Je ne pouvais que la regarder souffrir, de plus en plus faible. Le sang qui coulait de son nez avait imbibé le haut de notre couverture. Ses quintes de toux de plus en plus fréquentes se terminaient en vomissements noirs. Remplaçant leur harcèlement incessant, les gardes avaient opté pour une indifférence totale face au drame qui se jouait. Lorsque les yeux vert émeraude d’Amisha s’éteignirent pour de bon, je déposai un dernier baiser sur son front en sueur. En cette fraîche nuit de fin d’été 1940, je vis ma meilleure amie s’éteindre sous mes yeux, dans les pires souffrances.



12 septembre 1940 – camp de Mauthausen
Le matin, avant de partir pour l’usine, un garde me frappa pour me pousser à traîner Amisha jusqu’à la fosse commune. Mon squelette parvint à porter ma meilleure amie, devenue légère comme une plume, avec le plus de respect possible. Avant de la lâcher au-dessus de ce trou effrayant où tout le monde semblait finir, je caressai une dernière fois sa chevelure rousse flamboyante. Elle s’était quelque peu ternie depuis notre arrivée ici, mais je la voyais toujours aussi belle qu’elle avait été à notre première rencontre, car sa place dans mon cœur était toujours restée la même.

Ce jour-là, je partis travailler comme un automate. Ironique jusqu’au bout, la maladie semblait m’avoir quitté définitivement. Comme si elle s’était concentrée sur Amisha, désireuse de s’acharner sur elle. En maniant les armes des Boches, mon esprit était plus vide qu’il ne l’avait jamais été. Tout en moi s’était envolé, comme si j’étais anesthésié par une trop longue et trop rude souffrance. Je ne ressentais plus rien, même plus de haine pour ces incarnations du mal suprême. Tout espoir de future vengeance était parti avec ma meilleure amie. Pour la première fois de ma vie, je ne savais plus pourquoi j’étais encore en vie. Pourquoi m’être battu pendant si longtemps, pourquoi avoir traversé tant d’épreuves pour finir ainsi, seul au cœur de ce cauchemar sans fin ? A quoi bon rester fort, à quoi bon persister dans ce monde s’il ne réserve rien de plus que cet esclavage incessant ? J’avais définitivement perdu mon âme d’enfant après la perte d’Amisha. Toute mon imagination, tous mes rêves avaient déserté mon âme. Je n’avais plus aucun désir, plus aucune espérance. J’étais devenu comme ces nombreux zombis qui, en perdant espoir, ne tardent pas à perdre la vie.

Le soir, je mangeai quand même ma ration, par habitude. On pourrait croire qu’une partie de moi souhaitait continuer à vivre, pour Amisha, pour lui rendre hommage, pour dédier cette vie à celle qu’elle n’avait pas pu continuer. La vérité, c’est que ce soir-là, je n’avais absolument pas cette force, ni cette pensée. Je ressentais juste un immense vide, une solitude sans fin. Nos alliés s’étaient repliés sur eux-mêmes car sans mon amie, je n’étais plus d’aucun intérêt pour eux. Surtout abattu comme je l’étais… Pour la première fois de ma vie, je me sentais seul au monde, abandonné de tous. Mes parents biologiques pour commencer, ceux qui m’avaient mis au monde, avaient commencé par m’abandonner. Puis mes parents adoptifs, malgré tous leurs efforts, n’étaient pas parvenus à me protéger. Et aujourd’hui, ma dernière amie, la plus chère de toute, m’avait quitté à son tour, n’ayant plus la force de rester à mes côtés. Etais-je voué à être abandonné par tous ceux qui partageraient ma vie ? Au cœur de ce désespoir abyssal, j’eus un léger sursaut de conscience. Je n’avais jamais été seul. Je ne voulais pas vivre seul. En refusant cet état d’abandon, je sentis une présence à mes côtés. C’est là que j’eus la réponse à laquelle Jean m’avait préparé tout au long de ma vie. Je n’avais plus personne, mais Dieu était avec moi. Il était certes d’une passivité affligeante, mais je sentais que tant que je le voulais près de moi, il serait là. Je venais de comprendre qui était Dieu. Il était l’ami imaginaire de tous les Hommes seuls et naïfs à travers le monde. S’il vivait manifestement uniquement dans leur esprit, sa simple présence dans le cœur des gens leur permettait de continuer à vivre, et de se donner un but dans l’existence. Alors, si je croyais qu’il était là, il resterait avec moi, parce-que je l’aurais décidé. Après tout, j’étais seul et naïf, alors pourquoi ne pouvais-je pas me choisir un ami imaginaire, comme le faisaient de nombreux enfants à l’école de Mervent ? Si cet endroit m’avait appris une chose, c’est que la force d’esprit est ce que l’Homme a de plus puissant… il était même capable de faire vivre quelqu’un en lui par sa simple volonté.

En ce soir de septembre, je décidai que tant que je ne serais pas seul, je continuerai à vivre, ne serait-ce que pour venger Amisha et tous les innocents qui ont connu et connaîtront le même sort qu’elle.



18 septembre 1940 – 02h31 – camp de Mauthausen
La force nouvelle qui coulait en moi m’avait permis de continuer à survivre dans cet enfer. Même si Amisha avait laissé un vide immense derrière elle, j’étais retourné avec nos anciens alliés. Certains étaient morts, mais de nouveaux les avaient remplacés, et par mon ancienneté ici et ma capacité à me relever, j’étais devenu un des leaders du bloc des enfants. Personne ne songeait plus à me piquer quoi que ce soit car j’étais protégé par les plus forts. Depuis le lendemain de la mort d’Amisha, je m’étais fait malgré moi une place de choix dans cette prison, et j’avais réussi à réunir toutes les conditions nécessaires pour survivre à tous les autres. Je connaissais le système par cœur et savais exactement comment agir pour ne pas attirer les folies meurtrières des SS. Je savais comment engloutir la ration de nourriture tout au long de la journée pour en tirer le maximum de force. Je connaissais aussi les positions qui permettaient de dormir sans trop souffrir des blessures physiques infligées par les gardes. Je maîtrisais toutes les combines pour profiter de la moindre seconde de repos supplémentaire. Mon corps s’était habitué à ce régime de fou et se battait aussi fort que mon esprit pour préserver mes forces vitales. Je n’en avais pas conscience, mais j’étais devenu un Survivant du camp, prêt à y subsister jusqu’à ce que je perde le dernier centigramme de chair qui me restait autour des os.

Ce matin-là, les coups de crosses et de pieds nous réveillèrent bien avant l’heure habituelle. Nous n’avions eu qu’une heure de sommeil au lieu des quatre habituelles. On sortit précipitamment de nos cases, sans faire attention aux coups qu’on donnait à nos voisins – c’était devenu monnaie courante dans les boîtes surpeuplées dans lesquelles on dormait. Une fois sortis du bloc, on nous fit marcher vers la gare… Je repassai devant le chemin d’entrée, là où j’avais vu mes parents pour la dernière fois. Je n’aurais jamais cru repasser de l’autre côté des barbelés un jour. Une espérance folle s’empara de moi, des envies de liberté envahirent toute mon âme. Mes désirs étaient évidemment totalement illusoires, car il ne s’agissait que d’un transfert vers un autre camp, mais rien ne pouvait entamer ma nouvelle force. Je n’avais pas conscience du calvaire qu’allaient représenter ces deux jours et demi de voyage, entassés les uns sur les autres, sans eau ni nourriture… mais j’entrevoyais toutes les possibilités pour m’enfuir, puis tuer les gardes avec tout le sadisme possible. Mon esprit s’emballait à la simple vue d’un morceau de ciel bleu, loin des fumées asphyxiantes du camp. Une fois monté dans le camion à bestiaux, même assoiffé et écrasé par mon voisin le plus proche déjà mort de faim et d’épuisement après 6h de route, j’imaginais la sortie du tunnel avec un espoir proche de la folie.


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Gabriel Deschamps
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MessageSujet: Re: Dossier de Gabriel Deschamps   Mer 14 Aoû - 18:29

20 septembre 1940 – 16h08 – camp de Breendonk, Belgique
Le voyage m’avait presque vidé de toutes mes forces. Tout mon corps s’était enfoncé dans une sorte de torpeur, je ne ressentais plus vraiment de douleur particulière, juste une lassitude immense. Je perdis connaissance plusieurs fois, et me réveillai soudainement, mettant plusieurs minutes à me rappeler où j’étais. A chaque moment d’éveil, je m’efforçai de me rappeler que je n’étais pas seul, qu’il y avait ce Dieu au-dessus de moi qui m’avait tiré des griffes du typhus, qui avait voulu que je vive. Alors j’allais vivre, je me sentais comme investi d’une mission. Si mon corps ne répondait presque plus de rien, mon esprit était en ébullition, et cette forme de folie ne m’avait pas quitté. Elle consumait mon esprit et mon corps, et elle me détruisait autant qu’elle me permettait de survivre. Les plans machiavéliques que mon esprit mettait sur pieds étaient de plus en plus fous et irréalisables. Les idées étaient de plus en plus cruelles et sordides. Je n’étais plus maître de moi-même, mes désirs de vengeance avaient pris le dessus sur tout ce qui avait été bon en moi. Ma solitude était totale, mise à part cet espèce d’écran de fumée « divin » qui semblait m’insuffler mes idées les plus sombres.

Le camion s’arrêta à la gare, là où la route principale s’arrêtait. Après nous avoir recompté, on nous fit sortir dehors à coups de crosses. Je ne sais pas comment je parvins à m’extraire de ce tas de cadavres, mais j’y parvins, comme si ce n’était plus moi qui conduisais mon corps mais les SS. Sûrement mon inconscient avait-il imprimé le sort qui lui était réservé s’il n’obéissait pas. C’était heureux car alors, il faisait mon travail à ma place en cet instant. Je n’eus en revanche pas la force de porter les corps de ceux qui avaient péri pendant le voyage. J’essayai pourtant, mais je ne parvins pas à soulever qui que ce soit. Même si ces corps ne pesaient rien, le mien était bien trop léger et faible à côté. Heureusement, j’étais le plus petit d’entre tous et nous n’étions pas le seul convoi arrivé sur place. Les autres étaient remplis d’adultes, de femmes et d’enfants mélangés, qui avaient encore de la chair qui séparait leur peau des os. Ils semblaient tout frais arrivés, et nous aidèrent grandement à porter les corps jusqu’à la fosse derrière l’entrée du camp. Pour une fois, ce ne fut pas ma propre force qui me permit de survivre, mais l’aide d’inconnus. J’étais conscient que sans eux, j’aurais été fusillé sur le champ à cause de ma faiblesse extrême.

Mes jambes avancèrent toutes seules jusqu’à la queue, guidées par ma seule folie brûlante. Cette dernière avait contaminé mon corps, j’étais assailli de chaleur, comme si la fièvre du typhus était revenue sans les autres symptômes. Je fis la queue derrière la longue file de gens, de tous âges et de tous sexes. Je me fis violence pour rester debout et pour demeurer droit, la tête haute, tout en baissant les yeux. Je savais que si je me cachais, je pouvais être abattu par faiblesse mais si les gardes me remarquaient, je pourrais l’être aussi à cause de mon état physique. Ma survie tenait d’un seul et unique espoir : les SS devaient me juger apte au travail. En l’instant, ce n’était pas ce qu’on pourrait penser de moi, bien au contraire.

Arrivé sur des lieux nouveaux, j’observais tout ce que je pus. Le ciel était moins sombre ici qu’en Autriche, on ne voyait pas l’épaisse fumée noire et puante. Il n’y avait pas de soleil, mais c’était plus à cause de la poussière et des nuages que d’une réelle pollution dans l’air. Les fosses de ce camp étaient aussi étrangement vides : seules les victimes du convoi s’y entassaient. Comme si cet endroit était tout neuf. Mon esprit tournait à plein régime. Avec la manifeste inexpérience du personnel de garde, je voyais de multiples possibilités d’échapper à cet endroit. Car ma folie n’avait en rien tué mon espoir, au contraire, elle l’alimentait. Si j’avais quitté l’enfer précédent, ce n’était pas pour être happé par celui-ci, même s’il semblait pour l’instant moins terrible que l’autre. Non, je comptais m’enfuir, par n’importe quel moyen ! J’étais prêt à me faire abattre pendant ma fuite, il était hors de question que je continue à vivre ainsi. Je ne voyais pas d’autre issue que celle de la désobéissance, même si j’en mesurais tous les risques. Il était impensable pour moi de subir le même sort à nouveau, j’étais donc prêt à prendre tous les risques. Mais si je pouvais rester en vie, ça serait quand même mieux.  

Je cherchai des yeux des têtes connues. Une partie de moi espérait toujours revoir un membre de ma famille ou de mon ancienne communauté. Mais je ne vis personne, tous ceux que j’avais aimé, je les avais définitivement perdus. Le garçon devant moi dans la file d’attente était plus petit que moi. C’est un détail qui me surprit, je n’avais plus l’habitude de voir plus petit que moi dans ces camps. Je ne savais pas si c’était bon signe ou pas, je préférais ne pas me poser la question. Il semblait abattu, mais il avait une corpulence à peu près normale : il semblait venir directement d’un milieu aisé – ses vêtements l’attestaient également. Il tourna légèrement la tête et je pus apercevoir son profil. Sa tête ne m’évoqua rien de spécial, ses origines n’étaient pas marquées sur son front. Je me désintéressai rapidement de lui, préférant chercher une jolie fille avec qui je pourrais me lier d’amitié. Je crois que mon inconscient cherchait une fille pour remplacer Amisha. Mais jamais personne ne pourrait la remplacer dans mon cœur…

Après une longue attente, j’arrivai en fin au-devant de la file. Le petit garçon devant moi venait d’entrer dans le premier bloc. Lors de l’attente, les SS nous avaient filé moins de coups et avaient été globalement moins cruels qu’en Autriche. J’étais surpris, mais ça ne m’empêchait pas de croire dur comme fer à mes plans de vengeance. Et pourtant, j’avais laissé passer les meilleures occasions qui s’offraient à moi. Bientôt, j’entrerai dans ce système et rien ne pourrait m’en faire sortir… J’aurais voulu bondir, arracher l’arme du SS qui se tenait le plus près de moi, tuer toutes les sentinelles et partir en courant. Mais mon corps n’avait plus la force de faire tout ça, et je ne parvenais pas à lui faire violence, comme j’avais réussi à le faire pendant longtemps. La soif accaparait toutes mes ressources, et même si je réfléchissais, j’étais incapable de mettre mes idées à exécution. J’étais devenu trop faible.

C’est là que le véritable miracle se produisit. Deux  nouveaux convois venaient d’arriver, et les adultes qu’ils contenaient semblaient moins dociles que les précédents. Ils avaient l’air de savoir où on les emmenait. Il faut dire qu’un bâtiment juste devant nous avait commencé à cracher cette fameuse fumée noire, que je connaissais trop bien… Un homme à la stature athlétique avait saisi l’arme d’un garde et venait de l’abattre. Exactement ce que j’aurais rêvé de faire. Au même instant, les nouveaux détenus se déchaînèrent et tous les SS se ruèrent vers l’entrée du camp pour prêter main forte à leurs collègues et abattre les révoltés, pour l’exemple. Dans le même temps, j’entendis un horrible gargouillement qui semblait étouffer un cri d’agonie – et je m’y connaissais en cri d’agonie depuis ces trois derniers mois. Ce fut le déclic dont j’avais besoin pour faire fonctionner mon corps à nouveau. Je bondis à l’intérieur du bâtiment, la sentinelle qui gardait l’entrée était partie avec ses collègues pour juguler l’émeute. En une fraction de seconde, je vis le gamin qui me précédait dans la file tenant le rasoir dans ses mains, et le garde chargé de le tatouer affalé contre le mur, se vidant de son sang par la carotide. L’instinct me poussa plus que la raison. Je me jetai sur le corps pas encore mort et sans état d’âme, j’enfilai son uniforme même beaucoup trop grand pour moi. C’était une façon pour moi de recouvrer une certaine dignité et de remplacer le lambeau qui me servait d’habit. J’étais ainsi redevenu un peu plus Homme. Je pris la main du gamin sans franchement lui demander son avis, et l’entraînai hors du bloc par la porte de derrière. Je courus vers la foule qui se déchaînait. Les corps tombaient sous les balles autour de nous, mais le gamin et moi, on filait si vite à travers ces gens que les gardes ne nous remarquaient même pas. On réussit comme ça à parvenir de l’autre côté des barbelés, où on se cacha derrière un bloc qui bordait le camp. D’ici, on était invisibles, et les gardes n’auraient pas idée d’y chercher qui que ce soit. Le calme semblait être revenu. Le silence en était impressionnant, je retenais mon souffle entre quelques cris de SS. Je n’osai pas jeter un coup d’œil sur la scène, mais je savais que le sol était à présent jonché de cadavres, abattus pour s’être levés pour affirmer leur droit à la vie. Je compris vaguement en allemand que les gardes appelaient tout le monde pour un nouveau comptage. Il fallait qu’on parte d’ici avant qu’ils ne donnent l’alerte. Avec le petit, je m’allongeai à plat ventre sur la terre battue et grâce à la poussière et aux fumées soulevées par l’émeute, on put ramper jusque sous un camion sans être repérés. A ce que je pouvais entendre, les gardes avaient commencé le comptage, mais ils semblaient galérer un peu : le problème quand on tue des gens, c’est qu’ils ne répondent plus lorsqu’on les appelle. Il devient alors difficile de savoir qui est là et qui se serait enfui.

Plusieurs heures passèrent, pendant lesquelles les gardes s’engueulèrent. Certains voulaient envoyer des SS quadriller la zone au cas où des détenus se seraient évadés pendant l’émeute, d’autres disaient que c’était stupide de dépêcher les gardes alors qu’on avait besoin d’eux ici, car les détenus qui n’étaient pas là étaient probablement morts sous les balles, et qu’il était juste un peu difficile de retrouver tous les corps dans cette pagaille. Ça se voyait que ce camp était neuf, et que les SS étaient inexpérimentés dans ce genre d’organisation…  Cette perte de temps était du pain béni pour nous. Lorsque la nuit tomba, l’enfant et moi partîmes à pieds sans nous faire repérer dans le noir et le chaos total. On se mit à marcher droit devant nous, en essayant d’éviter les axes fréquentés. Je ne sais pas combien de temps on marcha, ni comment je parvins à mettre un pied devant l’autre pendant tout ce temps. Ma fièvre était retombée, sûrement parce-que le feu de l’action avait permis à mon corps de refonctionner comme avant. La guérison par l’action et l’effort, ce n’était pas la première fois que ça me sauvait la vie. Les scientifiques d’aujourd’hui appelleraient ça simplement l’adrénaline. Moi, je ne savais pas tout ça, je comprenais ça comme une action divine qui m’avait sauvé une fois de plus. On arriva finalement à une gare. Je pus lire le nom de Willebroek sur le mur du bâtiment. Miraculeusement (encore une fois !) un train était affrété et prêt à partir. On monta dedans. Moi, je ne savais ni où on était ni où on allait, et comme je n’avais pas dit un mot à mon camarade de fuite pour l’instant (le langage corporel avait suffi), je ne savais pas si lui savait ou pas ce qu’on était en train de faire. On se cacha dans un wagon, derrière un empilement de caisses. C’est ainsi qu’en ce début d’automne 1940, je m’enfuis du système concentrationnaire avec un jeune compagnon de route dont j’ignorais tout.



20 septembre 1940 – 22h26 – voie ferrée de Willebroek à Ostende, Belgique
Pendant le voyage, je passai beaucoup de temps à dormir. Notre wagon était vide, nous étions les seuls êtres vivants à l’intérieur. Je pris donc la liberté d’ouvrir une caisse, qui contenait des vivres, probablement destinées aux forces d’occupation allemandes postées aux frontières belges. Mon compagnon et moi mangeâmes avec plaisir les rations destinées aux sales Boches – enfin moi avec plaisir, lui, je ne savais pas vraiment. Mais si la faim et la soif me tenaillaient, je ne réussis pas à avaler grand-chose, comme si mon corps faisait abstraction d’un quelconque trop plein de nourriture. Pendant tout le voyage, je mangeais très souvent, en très petites quantités. Et je buvais, quel plaisir de boire de l’eau claire ! Ce wagon était une caverne d’Ali Baba. Je remplissais les poches de l’uniforme du SS de toutes les denrées alimentaires que je pouvais. Ce voyage fut réellement réparateur pour moi. Une vraie nourriture combinée à un repos total, sans stress et quasi-ininterrompu me rendirent l’énergie que j’avais perdue pendant mon dernier voyage en camion. Enfin, quand je dis repos, c’était aussi une forme d’inconscience qu’on pourrait qualifier de périodes d’évanouissements, mais quelle différence ? Je me réveillais plus fort à chaque fois, c’était ça le plus important.

Durant ce voyage, j’entrepris également de faire la conversation avec mon compagnon de route. Je commençai par lui demander son prénom, je ne me souviens même plus si j’ai posé cette question en français ou en allemand. Ca faisait tellement longtemps que je n’avais pas parlé français… même avec Amisha je m’exprimais le moins possible en langage autre que germanique, ça ne plaisait pas aux gardes et s’ils étaient de mauvaise humeur, ils pouvaient se défouler sur nous à cause de ça… Alors j’étais à ce moment-là, dans ce train, un peu paumé question langue. Lorsque le petit garçon me répondit – il s’appelait Matthias – j’entendis immédiatement son accent allemand. Finalement, je n’étais pas vraiment sûr de vouloir le connaître mieux. Il était une saleté de Boche, lui aussi. Et même s’ils l’avaient envoyé ici – car ces monstres traitaient leurs frères comme des chiens, et même pire – c’était à cause de ces gens qu’une pareille horreur avait pu voir le jour. Lui directement, peut-être pas, après tout il n’était qu’un petit enfant. Mais j’étais convaincu que sa famille, ses parents, ses amis, avaient contribué à aider Hitler à monter au pouvoir, comme les religieux l’avaient aidé à étendre son pouvoir en Europe. Après tout, ce monstre n’avait-il pas été élu au tout début ? Matthias était un enfant issu de cette population, qui avait appelé le père de toutes ces horreurs au pouvoir de tout un pays. S’il n’était pas directement responsable, il était de leur côté, c’était évident. C’était même bien fait pour lui s’il avait été envoyé en camp : ça lui aura au moins appris que ces Boches dont il est issu sont capables de piétiner leurs frères. Ça lui aura au moins ouvert les yeux, et peut-être aura-t-il pu ainsi comprendre où était le bien… et surtout, il sait à présent d’où vient le mal. De ce pays, de cette population qui crache des insultes à la figure des gens dans le seul but de les humilier. Tout ce que j’incluais dans le simple mot « Boches ». Evidemment, les seuls germanophones que j’avais vus de toute ma vie étaient des SS…

Après, si j’assimilais Matthias à ces gens, je n’étais pourtant pas mécontent de l’avoir avec moi. Il avait l’air intelligent et surtout, sans lui, je n’aurais jamais pu sortir de ce camp, et je serais probablement mort à l’heure qu’il est. Alors, même si je le haïssais à cause de ses origines ethniques, j’étais bien content de faire ce voyage avec lui.



21 septembre 1940 – 05h54 – Ostende, Belgique
Lorsque le train s’arrêta, Matthias et moi on se cacha dans un coin du wagon. On était tellement discrets qu’en déchargeant les caisses, les soldats ne nous virent même pas. On parvint à s’enfuir avant qu’ils puissent se rendre compte que certaines caisses avaient été ouvertes. Pendant notre course, les poches de l’uniforme du garde de Breendonk me martelaient la peau. Avec tous ces vivres planqués dedans, j’avais l’impression de porter un fardeau plus lourd que moi. Heureusement que la nourriture était répartie dans tous les coins de l’habit !

Ostende était une ville au bord de la mer. Matthias et moi avions la même idée, à savoir rejoindre l’Angleterre. Je savais grâce aux résistants de la forêt de Mervent que la France Libre se trouvait là-bas. C’était le seul pays en Europe où on pouvait encore être en sécurité, le seul qui n’était pas encore assujetti à la puissance meurtrière du Reich. Matthias semblait le savoir aussi, ne me demandez pas comment. On trouva le port de la ville assez rapidement, mais il y avait peu de bateaux à destination de l’Angleterre. En réunissant des bribes de conversation, on parvint à comprendre que les bateaux pour l’Angleterre allaient bientôt être tous arrêtés sur ordre d’Hitler, qui voulait couper les voies d’accès aux pays encore inoccupés. On parvint tout de même à trouver un grand bateau civil qui nous emmènerait là-bas. On monta dedans en toute discrétion, notre petite taille nous aidant bien. Une fois à l’intérieur, on dut se cacher dans un placard car le bateau transportait une grande quantité de gens qui, comme nous, tentaient de rejoindre les terres libres d’Europe. La différence entre eux et nous c’était qu’eux avaient des passeports… mais avec cette foule il était facile de faire le voyage en tant que clandestins, et nous n’étions sûrement pas les seuls à choisir cette option.



21 septembre 1940 – 10h02 – port d’Ostende
Le bateau jeta l’encre et la croisière commença. Je vidais mes poches avec gourmandise, même si des crampes d’estomac me freinaient. Une fois arrivés en pleine mer, la croisière vira au cauchemar pour moi. J’avais un mal de mer épouvantable. Je ne savais pas si c’était à cause de mon corps détraqué d’avance ou au contraire, à cause de la subite grande quantité de nourriture ingurgitée, mais je ne pouvais plus rien digérer. Après avoir tapissé le placard du contenu de mon estomac, je fus incapable d’avaler quoi que ce soit de plus – et pourtant, j’avais été entraîné à ravaler mon vomi. Je sentais mon corps s’affaiblir, mais je parvenais à boire et c’était ça le plus important. Cette nouvelle faiblesse n’était pas comparable à celle que j’avais connue dans le camion, 24h plus tôt. Sans que je le sache, ce mal de mer terrible a été bénéfique pour moi, car nombreux sont les anciens détenus des camps qui après en être sortis, mourraient à cause du choc trop brutal qu’entraînait une réalimentation rapide. Ce que je vécus comme un malheur et une souffrance de plus – Matthias ne devait pas s’éclater non plus d’ailleurs – me sauva finalement la vie, une fois encore.

En parlant de Matthias, c’est dans ce bateau que je commençai à l’apprécier. Dans l’état où j’étais depuis le début, il aurait pu être méchant, se moquer de mon allure de cadavre, voire me piétiner par amusement. Mais depuis notre rencontre il avait toujours été gentil. Peu loquace, certes, mais respectueux et aimable à chacune de ses sorties. C’était la première fois depuis longtemps qu’un inconnu me traitait comme un être humain, j’étais donc très sensible à toutes ces attentions qu’il me donnait. Dans un monde normal, on n’appelle pas cela des attentions, juste un comportement classique. Celui de Matthias serait même considéré comme assez froid dans des circonstances habituelles. Mais moi, je ne voyais rien d’autre qu’un comportement humain, donc un ami potentiel. En plus, si je me savais plus grand et plus âgé que lui, ce n’était pas franchement visible physiquement dans l’état où j’étais. Si lui avait pu sentir que j’étais plus vieux que lui, il aurait pourtant pu m’infliger la raclée de ma vie. Mais il n’en avait rien fait, et rien que pour ça, je lui en étais reconnaissant. Chaque fois que je sentais son humanité m’éloignait un peu plus des aprioris que j’avais quant à ses origines ethniques.



22 septembre 1940 – 15h21 – port de Harwish, Royaume-Uni
Lorsque le bateau accosta, Matthias et moi réussîmes à nous mêler à la foule pour sortir. J’avais troqué mon uniforme de garde SS contre une tenue de mousse à peine trop grande pour moi trouvée dans le placard. Les souillures ne semblaient pas choquer les gens, beaucoup avaient dû être dans le même cas que moi avec cette mer agitée. Le personnel du port n’arrivait pas à contrôler tout le monde, on réussit donc, grâce à notre petite taille, à passer une fois de plus inaperçus.

Ce qui me choqua le plus, lorsque je posai le pied en Angleterre, fut la différence de langage. Je n’avais jamais entendu de langue avec de telles sonorités de toute ma vie. Ce qui pouvait le mieux la décrire tenait en un seul mot : étrange. Le dépaysement était aussi total qu’à mon arrivée en Autriche, sauf que les gens me paraissaient plus humains ici. J’avais l’impression de revenir dans les rues de Chasnais, avec le changement de langue et les alertes bombardements en plus.

Matthias et moi, on prit la route, sans savoir vraiment où on allait. On commençait à parler un peu plus, et j’avais à présent une totale confiance en lui. Il avait tellement fait pour moi qu’il ne pouvait en être autrement. C’était surtout tous les actes malveillants qu’il ne faisait pas qui forçaient ma confiance. Toutes ses marques de respect me poussaient à vouloir le protéger, même si je n’étais pas vraiment en état pour l’instant. Je commençais déjà à le prendre pour mon petit frère.



22 septembre - 30 septembre 1940 – Quelque part en Angleterre
Je ne savais pas vraiment où on allait, mais nous marchions, Matthias et moi. Nous traversions campagnes et villes, je fauchais un peu de nourriture à droite et à gauche. Comme il était facile de trouver à manger ici ! J’avais pris l’habitude en vivant dans la forêt à trouver ma nourriture par moi-même, je vivais ça comme un retour aux sources. On n’avançait pas très vite, notamment à cause de moi. J’avais besoin de beaucoup de repos, mais je commençais à reprendre un peu d’état, la transformation était nettement visible. Sur la route, j’entrepris de raconter toute ma vie à mon nouvel ami. Je lui racontais d’où je venais, qui étaient mes parents, comment j’avais vécu dans la communauté tzigane, comment j’avais rencontré et aidé des résistants dès le début de la guerre… Je lui parlai également de mon rapport avec le milieu religieux, qui avait été particulièrement complexe, passant de fusionnel à l’exact inverse. Je ne savais pas si ce que je lui disais l’intéressait ou non, mais ses réactions me permettaient de comprendre qu’il était tolérant et ouvert. Par conséquent, j’étais parti pour ne rien lui cacher. En échange, je ne lui demandais rien, sa présence seule était déjà un énorme don pour moi. Je n’essayais pas de le faire parler, j’attendais qu’il soit prêt, qu’il me fasse confiance (ou pas), mais je n’attendais pas de réponse particulière de sa part. Je lui laissais tout le temps nécessaire. Après tout, nous n’avions pas de projet défini, nous avions la liberté, la jeunesse et par conséquent, le monde nous appartenait. Je voyais le Royaume-Uni comme un pays invincible et malgré les fréquents bombardements allemands aux endroits stratégiques, je savais que jamais la Wehrmacht ne foulerait ce sol. Cette certitude était évidemment d’une incroyable naïveté, mais c’était mon espérance enfantine qui parlait alors. Pour moi, l’Angleterre était le pays où tout était possible. Celui où je pourrais retrouver les résistants avec lesquels mes anciens amis de la forêt communiquaient. Je me joindrais alors à eux, et entreprendrais des actions spectaculaires tuant des centaines de milliers de Boches d’un coup. Ainsi, j’accomplirais ma vengeance et je pourrais reconstruire un monde nouveau, dénué de mal, avec De Gaulle. Oui, je pensais que l’Angleterre me permettrait de faire tout ça. C’était mon rêve à moi.



1er octobre 1940 – 08h31 – Quelque part en Angleterre
Matthias et moi marchions depuis plusieurs jours. Nous n’avancions pas très vite alors nous n’étions pas trop fatigués. J’étais toujours extrêmement maigre, mais j’avais repris beaucoup de forces. Nos pas nous menaient vers un paysage de plus en plus sauvage : des lacs se dessinaient aux creux des reliefs escarpés. Paradoxalement, nous nous rapprochions de la mer, l'air sentait l'iode... peut-être étions nous attirés par l'odeur du grand large ? Cette idée me rappelait vaguement Luc, mon papa qui avait vécu ses jeunes années dans une famille de pêcheurs...

La marche à pied était de plus en plus rude, nous peinions à trouver de l'eau pour nous désaltérer. Nous arrivâmes à proximité d'un bâtiment d'aspect moderne qui s'apparentait à un laboratoire. Au début, ça me fit un peu peur, je ne comprenais pas l'intitulé anglais "Modern Institut of Seafront..." et puis la curiosité et la soif nous poussèrent à entrer. Là, une jeune femme nous accueillit dans le même dialecte qui m'était inconnu mais que Matthias maîtrisait sur le bout des doigts. Je le dévisageais avec des yeux interrogateurs, attendant qu'il me fasse la traduction.

Finalement, après usage d'un objet que je n'avais encore jamais vu de la part de la secrétaire, une autre femme arriva. Je me tins immédiatement sur la défensive, me méfiant de tout inconnu. Les femmes ne me faisaient pas peur d'habitude, mais l'assurance de cette "Kathleen Stevenson" me mit mal à l'aise. Elle nous demanda de la suivre dans un autre bâtiment au cœur d'une forêt qui longeait le littoral. J'entrai dans ce nouveau bâtiment avec réticence. J'avais toujours peur qu'on m'enferme à l'intérieur, je ne connaissais rien des intentions de cette femme. Et cette histoire de laboratoire me semblait louche... Heureusement, je faisais confiance à Matthias qui ne semblait pas gêné d'être ici. De plus, la femme avait commencé à parler en français - avec l'accent citadin - je pouvais ainsi suivre la discussion sans pour autant y participer...

Mme Stevenson m’invita à m’asseoir et à boire quelque chose. Je n’avais jamais fait l’objet de tant d’attentions ! La dame me parla en français, et m’expliqua tout un tas de choses que je ne comprenais pas toujours. Je ne posai que quelques questions timides, et je finis par comprendre que ce laboratoire de recherche sur le littoral n'était en fait qu'une façade qui dissimulait un orphelinat secret destiné à former des enfants espions au service de l'Angleterre... Et puis, elle me parla des modalités de recrutement et me demanda de lui parler un peu de moi. Je lui racontai les grandes lignes de ma vie, sans pour autant rentrer dans les détails – je ne la connaissais pas après tout. Quand j’eus terminé, elle me promit des soins médicaux et un traitement humain si je restais ici. J’aurais senti le coup fourré si je n’avais pas compris que tout ça me serait offert dans le but d’aider l’Angleterre à combattre le nazisme. Cette femme était en train de me servir sur un plateau ce que j’avais décidé de faire du restant de ma vie. Je la suppliai de me prendre dans son orphelinat, à la condition que Matthias soit également ici avec moi.

C’est en ce début d’automne 1940 que je pus renaître pour commencer une nouvelle vie. C’est en ce jour que mes espoirs naïfs commencèrent à se réaliser. C’est ainsi que je sus que Dieu ne m’avait jamais vraiment abandonné.



• RELATIONS : Gabriel n’a jamais connu sa famille biologique. Elevé par un couple d’homosexuels, il les a profondément aimés comme s’ils avaient été ses vrais parents. Il ne sait pas ce qu’ils sont devenus, il préfère imaginer qu’ils ont réussi à s’enfuir du camp de Mauthausen, ou alors qu’ils survivront jusqu’à la libération. Une part de lui espère toujours les retrouver et vivre avec eux comme avant, même si sa raison lui dit que cet espoir est bien maigre. Il en est de même pour les parents d’Amisha, qui ont fait partie de sa famille également pendant la moitié de sa vie.

Aujourd’hui, il n’a aucun contact avec une quelconque personne de sa famille ou de sa vie d’avant. Il n’a pas d’ennemi particulier au MIS, il s’efforce de garder ses distances avec les rares personnes qu’il n’apprécie pas. Il n’a jamais aimé le conflit et tente toujours de préserver la paix. Il n’a presque pas d’ami proche au MIS, préférant ne pas s’attacher aux gens de peur de les perdre eux aussi. Son seul véritable ami est Matthias, en qui il a une entière confiance même si ça n’a pas toujours été le cas. Il le considère comme son frère et a décidé de veiller sur lui envers et contre tout. Ce petit garçon l’aide à se sentir vivant. Gabriel a l’impression que Matthias le rend plus humain, même si en réalité il est au moins aussi détruit que lui. C’est peut-être d’ailleurs cette ressemblance qui rend leur amitié aussi forte…




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MessageSujet: Re: Dossier de Gabriel Deschamps   Mer 14 Aoû - 18:29



• NOTES THÉORIQUES :
-Religion/ Morale : 9/10
-Géographie : 2/10
-Histoire : 8/10
-Sciences : 7/10
-Mathématiques : 6/10
-Langues :

  • Français : 8/10 (langue maternelle)
  • Patois vendéen : 9/10 (oral uniquement, manque de pratique car plus très utile pour le restant de sa vie : baisse de niveau constante)
  • Allemand : 5/10 (oral uniquement)


• OPTIONS SCOLAIRES:Gabriel serait ravi de prendre des cours d’une matière artistique quelconque. Si sa préférence se porterait plutôt vers la musique et le théâtre, il s’intéresse à tout et est prêt à suivre de nombreux cours supplémentaires facultatifs, pour son épanouissement personnel.

• CAPACITÉS PHYSIQUE:
-Course à pied :
-> 3000 mètres en 20 minutes environ
-> 100 mètres en 40 secondes environ                          
-Natation :
Gabriel a appris à nager dans ses jeunes années, mais par manque de pratique il n'est pas sûr d'encore savoir nager. Cependant, il n’a absolument pas peur de l’eau.
-Général :
Gabriel n’a jamais pratiqué de sport en particulier, mais il était friand des courses en forêt. Ces jeux ont développé sa rapidité de réaction et son endurance à l’effort.

• SPORT DE COMBAT : Judo et Taekwondo. Gabriel trouvait les deux autres sports trop violents et moins portés sur la défense que sur l’attaque.


• VOS COURS PRÉFÉRÉS ET CEUX QUE VOUS DÉTESTEZ : Gabriel adore les cours de littérature où quelques questions philosophiques sont parfois vaguement abordées. Depuis toujours il est très attiré par ce genre de réflexions, et l’étude de différents textes l’aident à garder cette capacité de jugement qui l’aide à se sentir humain. Chaque nouvelle question soulevée en cours est une illumination pour lui car chaque nouvelle piste de réflexion lui semble bénéfique. Il est avide de compréhension du monde et de l’Homme, il se passionne pour ces cours où, pour une fois, les professeurs demandent l’avis des élèves !
En revanche, il déteste les cours pratiques en extérieur, principalement celui de tir aux armes à feu. Il est toujours réticent à tenir une arme, ayant vue trop d’instruments de ce type servir sans raison acceptable. Ces objets lui rappellent la façon dont les humains peuvent traiter leurs congénères, et l’empêchent de voir une quelconque beauté en l’Homme, ce dont il aurait pourtant besoin. Chaque tir sur une botte de paille lui rappelle les tirs mécaniques qui fusaient vers ces gens, qui n’étaient rien de plus que des bottes de paille finalement… Dans ce cours, il a l’impression d’apprendre à devenir comme ses anciens bourreaux, et il a beaucoup de mal à supporter cette idée. Il vit donc ces cours particulièrement mal à chaque fois, et se révèle être un piètre tireur.


• VOS RELATIONS AVEC LA HIÉRARCHIE  : Gabriel n’a pas toujours été un élève sage. Suprêmement intelligent, ses premières années à l’école ont été marquées par de nombreuses punitions. Il était vaguement turbulent, car il s’ennuyait terriblement. Mais après son arrivée à Mervent, les cours commencèrent à le passionner et c’est à la même période qu’il devint un élève sage et obéissant. C’est là qu’il découvrit les bénéfices des cours, il voyait là un moyen de s’élever et d’accroître son intelligence, de nourrir sa soif de compréhension. Son sens de l’obéissance fut encore renforcée depuis son séjour en camp, il y apprit à ne jamais contester quoi que ce soit et à ne surtout pas paraître réticent à quoique ce soit. A présent, pour les professeurs de MIS, Gabriel se révélera donc un élève modèle, à la fois intelligent et intéressé par le cours – il fera au moins semblant, de peur d’avoir des ennuis. Ce n’est donc pas demain la veille qu’il recevra une punition ou qu’un professeur aura à se plaindre de lui ! Car même dans les cours qu’il hait, il fera l’effort de tenter de progresser, ne serait-ce que par respect pour ces adultes qui le traitent avec tant d’humanité.




• BLESSURES & CICATRICES : Les cicatrices physiques de Gabriel sont nombreuses, il les a toutes héritées de son séjour en enfer. On peut ainsi dénombrer deux entailles profondes au niveau de sa ceinture, dans le bas de son dos et de son ventre, laissées par des coups de fouets. De multiples coupures aux doigts le font encore souffrir. Il a également des hématomes et entailles assez bien cicatrisées sur les jambes et les bras. Ce que Gabriel place également dans ses cicatrices est ce tatouage qu’on lui a infligé à son entrée au camp : c’est une suite de chiffres marqués à l’encre noire sur la face interne de son avant-bras. Cette trace lui rappelle sans cesse la déshumanisation subie pendant trois mois.


• MALADIES : Avant son arrivée au camp, Gabriel n’avait jamais eu de maladies graves, à part des rhumes bénins. A Mauthausen, il a été infecté du typhus lors de l’épidémie qui sévissait pendant cette période. Il a réussi à survivre grâce à sa jeunesse et aux capacités impressionnantes de son corps à s’adapter et à résister aux attaques extérieures. En effet, son séjour dans la forêt sans beaucoup de règle d’hygiène connue a préparé son système immunitaire et l’a rendu plus fort. La période de rémission habituelle pour cette maladie s’est donc accompagnée d’une rémission totale, ce qui arrive dans de rares cas. Cette survivance quasi-miraculeuse a aussi eu un rôle dans ses croyances religieuses actuelles.


• ALLERGIES : Pas d’allergie connue pour l’instant, mais son alimentation n’a pas toujours été très variée. Il ne peut donc pas savoir s’il est allergique aux fruits de mer ou aux fruits à coque…


• AUTRES PROBLÈMES DE SANTÉ : Rien à signaler, à part un manque de musculature important, de nombreuses carences alimentaires et un essoufflement ainsi qu’un affaiblissement rapides. Tous ces problèmes se règleront en quelques semaines avec un traitement adapté.

• TAILLE : 1m17

• POIDS : 11 kg




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MessageSujet: Re: Dossier de Gabriel Deschamps   Jeu 5 Sep - 12:06


Gabriel était au MIS depuis trois semaines à présent, et il considérait cet endroit comme son nouveau foyer. Bien évidemment, son ancienne vie lui manquait parfois, mais il respirait chaque jour le bonheur d’être libre et traité correctement. Pendant ces trois semaines, il avait été très suivi médicalement ce qui lui avait permis de retrouver des capacités physiques à peu près normales. Mais les carences auxquelles il avait été confronté le condamnent à un retard de croissance à vie, et il ne pourra jamais développer de capacités pulmonaires et musculaires exceptionnelles. Ce qui ne tombe pas si mal, puisqu’il n’avait jamais eu pour ambition de devenir coureur de marathon. En fait, Gabriel n’avait jamais eu la moindre idée de son avenir… comme si MIS l’attendait, finalement. Comme si sa destinée était ici depuis le début.

Ça y est, le grand moment était arrivé. Les trois résidents du dortoir (Matthias, Gabriel et Aaron le petit nouveau) avaient été tirés de leur sommeil de façon brutale pour commencer l’entraînement intensif, censé faire d’eux des agents secrets à part entière. Gabriel doutait un peu de ses capacités à emplir une telle fonction, mais il était motivé à bloc. Et puis, il était rassuré par la présence de Matthias à ses côtés. Même si ce dernier était petit et peu bavard, il avait sauvé la vie de Gabriel et ça, le jeune garçon s’en rappellerai toute sa vie. Il était content de ne pas être séparé de lui lors de ces épreuves qui promettaient d’être rudes. Il savait qu’il pouvait compter sur lui en cas de coup dur… c’était bon de ne pas être seul. Il y avait aussi un autre enfant, fraîchement arrivé. Il avait l’air gentil, mais Gab’ ne le connaissait pas. Il était assez renfermé et ne parlait pas beaucoup. En fait, le blondinet songeait que ses deux camarades avaient pas mal de points communs, au premier abord. C’est pour ça qu’il appréciait déjà ce jeune Aaron, même sans le connaître.

Les premières épreuves avaient été difficiles, très physiques. Exercices éreintants à répétition, course à pieds, privations de nourriture… mais pour l’instant, rien de ce qu’ils avaient subi n’avait paru vraiment dur à Gabriel. Il avait vécu bien pire, et le jeu en valait largement la chandelle. Il se battait pour vaincre le mal suprême, alors il était prêt à tout… et puis son corps était fort, il avait résisté à tant de choses que ces petites maltraitances, bien que largement pénibles, étaient loin d’être insurmontables. Il gérait plutôt bien tous ces exercices physiques finalement. Et puis, il était content d’être encadré par William Prest, un nouvel instructeur présent spécialement pour cette semaine. Depuis son arrivée ici, il lui avait semblé juste et droit. Pour des raisons qu’il ne cernait pas vraiment, Gabriel n'avait pas encore entière confiance en Kathleen. Il gardait ça pour lui évidemment, car l’anglaise avait toujours été gentille avec eux, mais il préférait William, il avait toute confiance en lui pour cet entraînement. C’est pourquoi il obéissait sans discuter : il reconnaissait l’utilité de ce qu’on lui demandait.

Les choses commencèrent à se gâter pour Gabriel lorsque l’instructeur commença à parler d’embarcation pour aller sur une île déserte. C’était l’idée la plus farfelue qu’il n’avait jamais entendue. L’avantage, se disait-il, c’était que là-bas, ils auraient la paix : pas de présence nazie en vue, ce serait à peu près certain. Et de beaux paysages qui pourraient lui rappeler sa campagne d’enfance… ou pas, c’était maritime ici, mais bon…



1ère semaine du PEI, 3ème jour.


Le jour de la traversée arriva. Le jeune garçon stressait un peu, il n’avait jamais été fan des traversées en mer – ou plutôt il ne gardait pas un excellent souvenir de la seule qu’il avait effectuée de sa vie. Surtout sur une distance aussi longue, dans une embarcation aussi… sommaire, et aussi chargée ! Il avait vraiment peur en fait, il commençait à se demander s’il n’avait pas fait d’erreur de menuiserie, s’il n’allait pas faire couler tout le monde… non pas qu’il était particulièrement maladroit, il maniait plutôt bien ses mains mais n’était pas non plus un pro’ du travail manuel en général.

Les trois enfants furent réveillés bien avant l’aurore par leur instructeur. Il prit sa méchante voix, Gab’ n’appréciait pas trop ça. Ils obéissaient tous au doigt et à l’œil, alors pourquoi leur parler comme ça ? Heureusement qu’il aimait bien William, il se disait que ce comportement venait probablement de l’armée et qu’il fallait passer par-dessus. Le petit blondinet était encore plein de bonnes intentions… Ils remballèrent leur matériel de camp à une vitesse record. Après tout, ils avaient eu d’efficaces cours de survie pendant ces deux derniers jours. Et très vite, ils embarquèrent le matériel préparé la veille à bord et montèrent dans l’embarcation… Gabriel avait un nœud au ventre, il redoutait surtout les vagues. Il avait peur qu’elles fassent chavirer leur petite baraque en bois, ou que leur roulis le rendent malade… et puis il n’y connaissait rien à la navigation, à part les quelques cours suivis la veille ! Certes il savait bien nager, mais à quoi ça lui servirait en pleine mer ? Il commençait à avoir vraiment peur là… une peur raisonnable d’accord, mais quand même, il tremblait un peu, ses gestes n’étaient pas très assurés… Mais en prenant la mer, il fut assez vite rassuré par les évidentes connaissances d’Aaron en matière de navigation. Par exemple, il maniait les nœuds marins comme personne. Tout dans ses gestes respirait l’expérience, et ce fut ça plus que beaucoup d’autres choses qui rassura Gabriel. Ce dernier proposa de tenir la barre au début, pendant le plus longtemps possible, pour pouvoir se reposer quand il n’en pourrait plus. Le cap n’était pas encore trop difficile à tenir, car les vagues n’étaient pas encore trop violentes à proximité des côtes. Le garçon jetait régulièrement un coup d’œil rapide à la carte, il adorait se repérer en pleine nature. Il levait ensuite les yeux au ciel, qui était particulièrement brumeux mais que le soleil levant arrivait tout de même à percer. Et à la vue de ces couleurs rosâtres mêlées de gris, il s’assurait qu’il allait dans la bonne direction.

En cette matinée, la météo était idéale. Un vent assez soutenu sud-nord, une température fraîche… L’humidité n’était pas encore trop envahissante. En fait, il était rare de voir le soleil, même un peu caché, en cette saison. C’était une agréable surprise pour Gabriel, dont le repérage était grandement facilité. Il resta longtemps ainsi, les doigts crispés sur la barre, la respiration calme. Il aurait pu s’endormir dans cette position, s’il n’avait pas été aussi vigilant et appliqué. Au fil de la matinée, la brume devint de plus en plus opaque et il devint impossible de visualiser le soleil. Ce fut Aaron qui lui passa la boussole, pour ne pas se tromper de cap. L’humidité commençait à s’infiltrer sous les vêtements de Gabriel, et l’immobilité le faisait grelotter. Ses doigts devenus blancs étaient comme soudés à la barre, il ne les sentait plus. Il songea qu’un coup sec dessus aurait pu tous les briser, comme de la glace. Il ne s’en était pas encore rendu compte mais les vagues commençaient à être plus grosses, et il devait tenir la barre plus fort pour ne pas dévier. Ses bras étaient tout engourdis mais habitué aux situations physiques extrêmes, il ne s’en était pas encore rendu compte. Ce fut Matthias qui lui tendait un morceau de pain qui sortit Gab’ de sa posture de statue. Il laissa alors la barre à Aaron, et en détachant ses doigts de la barre, il ressentit immédiatement de vives douleurs aux bras et aux doigts. Il eut toutes les peines du monde à porter la nourriture à sa bouche, tandis que William ignorait superbement ses difficultés existentielles pour se nourrir. Il refusait même de croiser son regard. Le petit blond avait la sensation que l’instructeur faisait exprès de ne pas le regarder, pour ne pas lui montrer que ça le peinait de le voir galérer comme ça. Gab’ était un incorrigible romantique – ahem – il croyait dur comme fer que cet homme avait un cœur. Et il valait mieux qu’il pense ça, ou la traversée aurait pu mal tourner…

Le garçon termina son déjeuner avec d’infinies précautions. A présent, il tentait de se réchauffer les doigts pour éviter de se les casser. Matt’ secondait Aaron à la perfection, Gabriel décida donc de se reposer un peu. Il avait l’habitude de profiter de la moindre seconde de répit dans des circonstances difficiles… cependant il ne parvint pas à s’endormir, même pas à s’assoupir. Le froid et l’humidité qui l’enveloppaient malgré la couverture serrée sur ses épaules le faisaient violemment trembler quoiqu’il fasse. Il claquait des dents et ne parvenait pas à contrôler les spasmes de son corps. Il pensa à allumer un petit feu, n’importe quoi pour se réchauffer, avant de se raviser de crainte de flamber une partie de leur embarcation – qui, ne l’oublions pas, était en bois… C’est ce moment précis que choisit le capitaine du moment pour entrer dans les eaux plus agitées. C’est là que Gabriel se rendit le plus utile à la communauté du navire. Gelé jusqu’aux os, le roulis des vagues commença à entamer sérieusement son estomac, déjà particulièrement fragilisé. Il passa plus d’une heure, penché au-dessus de l’eau, à rendre tripes et boyaux. Il avait l’impression de revivre un enfer, tout son corps était plongé dans la douleur : ses membres endoloris par le froid, son ventre tordu par la mer… ses larmes se mêlaient aux embruns salés sans qu’il ne s’en rende vraiment compte. Toutes ses bonnes résolutions s’étaient bien vites affaiblies, il n’était plus d’aucune utilité sur ce bateau à présent. Il était juste cette espèce de loque qui se laissait traîner sur l’océan, comme quatre mois plus tôt, le froid en plus. Il se maudissait intérieurement d’être remonté dans un engin pareil : le bateau, quelle invention pourrie… Certes, il lui avait permis de gagner la France Libre et d’atteindre ses rêves, mais quand même, qu'est-ce qu’il ne fallait pas endurer…

Au bout d’un temps qui lui parut une éternité, William finit par le saisir par le col entre deux spasmes – il n’avait plus rien à rendre depuis longtemps de toute façon – et le secoua un bon coup en lui assenant deux claques magistrales. Voyant que la panique du garçon ne le quittait pas pour autant, il lui plongea la tête dans la mer quelques secondes et le secoua à nouveau en lui hurlant des paroles qui ne parvenaient pas au cerveau de la recrue. Bizarrement, ce refroidissement forcé ne le refroidit pas plus qu’il ne l’était déjà. De toute façon, Gabriel était déjà trempé par les embruns… mais il parvint à chasser la panique, celle qui s’était insufflée en lui avec le mal de mer. Cette peur irrationnelle de la maladie, du corps qui se détraque à son insu. Il devait garder la tête froide et rester pragmatique… tant qu’il serait concentré, tout irait bien… Il prit la carte et la boussole, et glissa des instructions à l’oreille de Matt’ entre deux hoquets, alors que Aaron se reposait à son tour. Gabriel claquait toujours des dents mais en gardant son calme, son ventre s’était un peu calmé. La fin de l’après-midi se termina ainsi, dans la douleur mais avec une maîtrise de lui-même toute nouvelle.

La nuit tomba sur la mer. Et avec elle, le noir d’encre. Les nuages cachaient totalement les étoiles, la nuit était presque sans lune. Il devint très difficile de se repérer, et alors que Matthias tenait la barre, les deux autres devaient allier leurs efforts pour savoir où ils allaient. Régulièrement, Gabriel allumait une allumette pour jeter un coup d’œil rapide sur la boussole, avant de l’éteindre immédiatement pour économiser les allumettes. L’opération était difficile car la boîte était extrêmement humide et le feu partait très mal. Mais ils naviguaient toujours dans la bonne direction, et William vérifiait discrètement le cap. Toute la journée s’était déroulée sans grand discours, avec uniquement quelques paroles entre les trois recrues, le strict minimum : elles tenaient à conserver leur énergie. Seuls quelques cris de William avaient de temps à autre déchiré le silence. Gabriel sortit trois parts de vivres qu’il tenta de faire réchauffer comme il le pouvait à l’allumette. Il mangea la sienne en vitesse avant de prendre la barre, le temps que Matt’ se nourrisse aussi avec Aaron. Le repas fut court mais terriblement revigorant. Étrangement, le fait de manger apaisa les crampes de Gabriel à l’estomac. Il se préparait sereinement à une nouvelle longue période de navigation immobile. Alors que ses deux camarades s’endormaient presque paisiblement, il se mit à fixer l’horizon, dans la hâte d’apercevoir enfin l’île. Il ne savait pas qu’elle serait hors de vue pendant plus de deux jours encore…
Après un temps indéfinissable, Aaron vint prendre la barre à la place du blondinet. Il sourit dans le noir à son sauveur, et tenta de se caler contre un rebord de bois de l’embarcation. Il se força à respirer profondément pour ne pas retomber dans la panique de l’après-midi, et commença à s’assoupir. Pourtant, le brouillard épais allié aux embruns continuait à lui glacer le sang, et le froid le réveillait régulièrement, lui interdisant le repos qu’il méritait et que son corps exigeait. Cette nuit difficile serait la première d’une longue série…


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MessageSujet: Re: Dossier de Gabriel Deschamps   Ven 6 Sep - 17:58


2ème semaine du PEI, 4ème jour.




Nous étions au quatrième jour de la deuxième semaine, et Gabriel était déjà sur les rotules. La traversée en mer avait été éprouvante et ils n’avaient pas eu un instant de repos depuis. Ils avaient été lâchement jetés dans la nature pour une soi-disant « expérience de survie ». Gabriel était outré. Jusqu’ici, il avait toujours eu confiance en William mais depuis le début de cette semaine il avait l’impression d’avoir été trahi. En fait, il se sentait seul, et il avait la sensation d’avoir été abandonné. Lui qui ne donnait sa confiance qu’à trop peu d’hommes sur terre, il nourrissait une rancœur toute nouvelle et assez violente envers l’instructeur. Heureusement pour lui, il n’eut pas l’occasion de lui faire savoir car l’homme se montrait désespérément absent… Gabriel n’avait jamais eu aucun mal à survivre dans la campagne. Il avait appris la débrouille avec Amisha dans la forêt et était déjà un fin chasseur, il savait dépecer n’importe quel petit animal, surtout les lapins en fait. Il avait moins l’habitude des oiseaux – l’animal le plus présent sur l’île – mais il s’était très vite fait la main. Ces choses-là c’est comme le vélo, ça ne s’oublie pas !

Depuis le début de la semaine, Gabriel se débrouillait donc remarquablement bien pour organiser sa vie, son campement pour la nuit, trouver sa nourriture… Il n’avait aucune difficulté particulière de « survie », la situation lui paraissait plutôt naturelle en somme. Pour ce qui est des points de passage obligatoires et des énigmes, c’était une toute autre histoire… Il était hors de question pour lui d’obéir aux ordres de cet instructeur qui l’avait trahi. Il n’avait aucune idée de résoudre ses énigmes, il n’avait même pas lu la première lettre d’instructions à partir du moment où William s’était éclipsé dans sa petite demeure confortable. Gabriel ne faisait pas grand-chose de ses journées, il avançait un peu autour de l’île – qui n’était pas si vaste que ça d’ailleurs – et broyait du noir en espérant que le jour où il allait retrouver Matthias arriverait vite. Il se sentait trop seul et sans personne autour de lui, il n’était bon à rien. Il n’avait plus goût à grand-chose, ne s’intéressait pas aux quelconques légendes qui avaient pu faire vivre cette île de malheur. Il se sentait affreusement seul au monde, il n’avait que rarement éprouvé ça dans sa vie et ce sentiment lui rappelait ses heures les plus sombres. Il n’avait plus aucune volonté et pour ne rien arranger, son estomac avait assez mal supporté le voyage en radeau de presque une semaine. Il ne mangeait donc plus beaucoup, ayant pris l’habitude de ne presque rien avaler pour éviter les nausées. Etant doté d’un corps plutôt résistant, il était tout de même en train de s’affaiblir, mais la faiblesse était surtout morale : il était totalement dégonflé, alors que l’entraînement n’était qu’à moitié passé… quelle folie de faire endurer de telles choses à des gamins qui avaient déjà tant souffert…

Gabriel se réveilla avec le cri des oiseaux et le soleil levant, comme chaque matin depuis quatre jours. Comme à chaque fois, il alluma un petit feu pour griller le petit oiseau attrapé la veille, et rumina des idées noires en fixant les flammes qui dansaient. Les premiers jours, il avait tenté de se trouver des fruits sauvages, mais sans succès : cette île était décidément trop pauvre en espèces biologiques, on y trouvait uniquement cette masse d’oiseaux extraordinaire et de l’herbe immangeable (car Gabriel avait essayé, immanquablement). En fourrant son nez dans les entrailles de l’oiseau, le petit blond se demanda ce qu’il faisait ici. Pour la première fois depuis son arrivée à EE Unit, il retraça les événements qui l’avaient conduit ici, sur cette île… En y repensant il ne pleura pas, il n’en était même plus capable. Il sentit seulement ses entrailles se déchirer de nouveau, comme à chaque fois qu’il repensait à l’horrible solitude qui l’enserrait depuis le début de cette semaine. Mais – seule chose nouvelle – il se souvint ainsi pourquoi il était ici. Il se rendit compte avec horreur et effroi qu’il avait oublié son objectif principal, l’objectif de sa vie. Il n’avait pas droit à l’erreur, il devait rallumer cette flamme de vengeance en lui ou bien il n’aurait plus jamais la motivation nécessaire pour continuer à vivre. Il s'était trop battu pour en arriver là et abandonner maintenant ! En colère contre lui-même, il se leva brusquement et lança un coup de pied dans le bois qui alimentait le feu. Il se brûla les pieds au passage et se mit à sautiller sur place pour que la douleur passe. Il était en rage contre lui-même.

Il sortit sa pochette transparente de son sac, celle qui contenait les instructions, et l’arracha quasiment au passage. Il la lut avec cette vitesse impressionnante pour un gamin de son âge. Il était question, pour le premier point de passage – qu’il aurait dû atteindre trois jours plus tôt... – d’une femme qui cherchait à se soustraire à la tentation de son frère et qui s’était réfugiée auprès des oiseaux de l’île pour le sauver du péché de luxure et d’inceste. Encore une histoire de saints, Gabriel ne pouvait plus les voir en peinture ceux-là. Leurs histoires ne servaient à rien d’autre qu’à aveugler les peuples, sa colère en fut décuplée. Il se mit à crier et chiffonna la feuille entre ses doigts. Il se retint de la déchirer, mais au dernier moment il se rendit compte qu’il en aurait besoin… Il fallait trouver le lieu de retraite de cette femme, sur cette île. Allons bon, pas un indice de plus ? Comment savoir où est-ce qu’elle créchait la pimbêche ? Gabriel dut relire le texte plusieurs fois. Il était assez mauvais en énigmes en général, il préférait les débats avec un but utile… Le reste de la famille habitait sur une petite île à proximité… Voilà qui l’avançait remarquablement ! Il se souvint alors d’un endroit où il était passé quelques jours plus tôt. Il s’était arrêté sur un promontoire rocheux et avait trouvé des pierres en forme de siège, face à la mer. Il avait rêvassé là pendant plusieurs heures, avant d’installer finalement sa tente pour la nuit. Après réflexion, ce siège ne paraissait pas tellement naturel…

Gabriel frappa le poing en l’air, toujours en colère contre lui-même. Il avait été à deux pas d’un indice et était totalement passé à côté ! Sûr de sa route, il ne jeta même pas un coup d’œil aux cartes et se mit à courir en direction du lieu qu’il avait occupé quelques jours plus tôt. Il ne s’arrêta pas et courut d’une traite la distance qui le séparait de l’endroit de ses souvenirs. Une fois arrivé, il avait le souffle court. Il s’arrêta brusquement et des petites étoiles se mirent à danser devant ses yeux, il fut obligé de s’asseoir quelques instants pour reprendre son souffle et un rythme cardiaque moins fou. Il reconnut aussitôt le promontoire ainsi que les rochers en forme d’assise… Il jeta tout son matériel à terre et se mit à fouiller tout autour des pierres. Il en dégagea la plupart de ses petits bras, il s’écorcha au contact de la roche à cause de sa peau encore trop fine et trop fragile. Egratigné de partout, il cherchait fébrilement, presque en transe, et finit par trouver une pochette imperméable… il tira dessus un coup sec et faillit la déchirer. Heureusement, le morceau était bien solide !

Il se mit alors à fixer sa trouvaille mais fut totalement incapable de lire les nouvelles instructions… Il avait des problèmes aux yeux ? Sa colère, sa frustration, sa solitude l’auraient-elles rendu aveugle ? En promenant son regard autour de lui, il découvrit que tout était noir. La nuit était tombée sur l’île depuis un bon bout de temps, mais il ne s’était rendu compte de rien, tellement il était obnubilé par ses recherches. C’est uniquement à cet instant qu’il se rendit compte qu’il était totalement épuisé. Pour une fois le ciel était dégagé, et il scruta rapidement les étoiles. La position des deux ourses autour de l’étoile polaire indiquait plus de minuit ! Il n’en crut pas ses yeux, il avait totalement perdu la notion du temps… Il avait dû rester des heures en train de se lamenter avant de démarrer, et sa fouille avait dû aussi traîner en longueur… l’air n’étant pas trop humide à cette hauteur, il ne prit pas la peine de monter sa tente et s’enroula directement dans sa couverture. Il n’avait pris qu’un maigre repas le matin mais il s’en fichait, il n’avait pas faim. Son cerveau tournait à plein régime, comme s’il espérait pouvoir rattraper la moitié de la semaine qu’il avait perdue. Il échafaudait tous les plans possibles pour terminer tous les points de passage en une vitesse record… demain, demain, il ferait trois points de passage au lieu d’un… il rattraperait tout son retard et arriverait premier à la fin de la semaine… il retrouverait William… AH ! Le traître ! Non… il retrouverait Matthias, son nouveau petit frère, celui qu’il n’avait jamais eu… et ils s’épauleraient jusqu’à la fin de la semaine parce-que lui ne l’avait jamais abandonné, il n’allait pas commencer maintenant… ils se retrouveraient et iraient massacrer les chefs boches ensemble…

Sur ces bonnes pensées, Gabriel s’endormit comme une masse, la tête lourde, le corps un peu faible, mais l’esprit bouillonnant d’une motivation nouvelle.


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Gabriel Deschamps
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MessageSujet: Re: Dossier de Gabriel Deschamps   Ven 6 Sep - 17:59


La semaine passée avait été plutôt éprouvante pour Gabriel. Il avait perdu la moitié de la semaine en broyant du noir, et il avait dû s'éreinter deux fois plus le reste de la semaine pour rattraper son retard. Une très mauvaise stratégie en somme, qu'il avait décidé de ne surtout pas reproduire cette semaine. Il s'était rendu compte que William ne les avait pas vraiment abandonné puisqu'il savait comment s'était déroulée la semaine passée... et puis, il avait surtout décidé d'occulter l'avis des autres et de balayer ses états d'âmes. Il avait un but précis et allait s'en tenir. Après tout, c'était son seul but dans la vie, il n'avait pas le droit de le laisser tomber.

Gabriel, depuis le début de cette troisième semaine, avait atteint des capacités physiques remarquables. Il avait recommencé à s'alimenter normalement et les exercices physiques le rendaient plus fort, plus musclé, même si ça ne se voyait pas encore - il avait un sacré retard de ce côté-là. Mais il était dur comme de l'acier, et rien ne pouvait plus le briser. Il se montra remarquablement doué pour les exercices de camouflage. Habitué à se fondre dans la masse dans les camps et à paraître innocent pour être épargné, acquérir un comportement simple, enfantin et sans arrière-pensée était une seconde nature pour lui. Il était donc bon comédien et s'accordait remarquablement bien avec le paysage lorsqu'il l'avait décidé. En revanche, l'espionnage pur n'était pas vraiment son fort. Il avait souvent des difficultés à trouver les documents top secrets ou à repérer l'objectif à atteindre. Une fois qu'il l'avait, il faisait passer son acte d'espionnage pour un acte de la vie courante facilement, mais le plus dur était l'acte d'espionnage en lui-même pour lui...


3ème semaine du PEI, 6ème jour.

Les trois recrues et l’instructeur dormaient dans le même campement. La journée de la veille s’était terminée par des cours théoriques jusqu’à une heure assez tardive, et les exercices pratiques devaient commencer dès le matin. Les enfants furent réveillés par leur instructeur qui était d’une humeur assez inégale. L’éloignement du continent et la responsabilité devaient commencer à lui peser, songea Gabriel… il croyait toujours que son mentor était bon, au fond. Le petit savait sentir ce genre de choses.
Car les enfants avaient fini par s’habituer au bruit des oiseaux qui jacassaient nuit et jour. Ça ne les réveillait plus, au contraire, tout comme le bruit des vagues qui s’écrasaient sur les rochers, c’était devenu une vraie berceuse pour eux. Ils commencèrent la journée par un petit déjeuner chaud, fortement vitaminé, protéiné et glucosé. Ils avaient besoin de tous ces compléments pour développer leurs capacités physiques et surtout, pour que leur petit corps d’enfant tienne le choc. Une fois la vaisselle terminée, les trois recrues reçurent leurs instructions de la matinée. C’était la mise en pratique des exercices de camouflage vus la veille. Ils étaient devant un campement allemand et devaient s’en approcher sans se faire repérer. Chacun partit dans une direction différente de l’île. L’orientation était facile pour chaque recrue à présent. Gabriel gagna un endroit en contrebas de l’île où la végétation était un peu moins rase et le sol un peu plus humide qu’ailleurs. Sans hésiter, il s’enduit de terre et tenta d’y coller quelques herbes et feuilles. Le but était que sa peau blanche ne flashe pas trop et soit masquée par des couleurs qui se fondaient mieux avec le paysage. Se repérant une dernière fois avec la carte, il la fourra dans sa poche, sûr de la direction du camp allemand fictif. Il se mit à plat ventre et commença à ramper, obligé de sortir à terrain découvert. Il détestait ces exercices-là, il avait l’impression d’être un soldat à la guerre. Mais si c’était le prix de la réussite… après deux heures et demi de reconnaissance minutieuse des lieux (un vieux campement délabré), il tenta une approche par derrière, au niveau où la végétation était la plus dense (pas énorme non plus, l’île était désespérément rocheuse). Il eut à peine avancé d’un mètre qu’il se prit un faisceau lumineux aveuglant dans les yeux. Son prénom fusa dans le porte-voix de l’instructeur : il était repéré. Il se leva et, de colère, frappa le poing en l’air. Il était dégoûté d’avoir échoué si près du but, en ayant effectué une préparation aussi impeccable. Heureusement, William lui expliqua ses erreurs, et il enregistra chaque détail : la prochaine fois (le lendemain matin, sûrement) il ne serait pas pris ! Il rejoignit les deux autres recrues qui avaient terminé l’exercice avant lui. Il ignorait s’ils avaient réussi ou pas, mais ne posa aucune question. Il était devenu très peu bavard depuis le début du PEI, préférant se réserver aux épreuves qu’on leur imposait.

Le repas du midi fut assez nourrissant également, mais froid. Une fois terminé, les agents reçurent de nouvelles instructions qui devaient les guider toute l’après-midi… Cette fois, la distance à parcourir était considérable. Il ne s’agissait plus d’un simple campement allemand de ravitaillement mais d’une unité armée de contre-renseignement. Il fallait contrer une unité d’espionnage allemande… Gabriel se rapprocha doucement mais préféra rester à distance. Il se plaça sur un promontoire de l’île, où il pouvait observer les environs sans paraître suspect. De temps en temps, il faisait mine de jouer avec des cailloux, ou de chercher ses parents. Il pouvait se permettre ce qu’il voulait, tant qu’il restait hors du territoire délimité par les boches. Ainsi, il resta plus d’une heure à observer le fonctionnement manifeste du camp : les points de surveillance, les habitudes des gardes, le matériel perfectionné dont ils disposaient. Il reconnut avec satisfaction les instruments qu’ils avaient étudié en cours théoriques, dont les radios et les radars, toute nouvelle technologie de guerre utilisée par les allemands depuis peu – les précurseurs en la matière étaient les britanniques… Il se rendit compte que le garde posté au sud-ouest commençait à avoir le soleil dans les yeux. Il décida de profiter de cet avantage pour s’avancer d’un peu plus près, alors que le garde détournait les yeux. Il fit mine de courir après un oiseau pour l’attraper au lance-pierre, jeu qu’il maîtrisait depuis de longues années. Il était donc parfaitement dans son rôle. Il parvint ainsi à franchir le périmètre sans être repéré. La phase la plus difficile allait maintenant commencer : il devait trouver le bâtiment du chef des renseignements et dérober la carte qui détaillait la valse des chars d’approvisionnement. Le but ultime était d’affamer les troupes pour obliger leur repli. Gabriel entra dans un baraquement modeste, un des plus proches de l’entrée. Chaque garde était symbolisé par un objet de la taille de la personne présumée. Gabriel prit soin d’étudier la corpulence de son adversaire – un superbe morceau de bois – qui était à peu près de la même taille que lui. Il ramassa un caillou de taille importante à l’entrée du baraquement et frappa violemment le garde à la tête, en le prenant par derrière. Il put ainsi enfiler son uniforme (c’était sa technique préférée, la plus naturelle pour lui) ce qui lui évitait d’avoir à se camoufler. Il put ainsi déambuler librement dans le périmètre gardé par les boches. Il repéra ainsi le baraquement du chef (William en personne), et en faisant mine de travailler à côté, il put écouter la conversation radio qu’il avait avec un supérieur. L’appel semblait avoir mis l’Oberst William en colère. Il avait une réunion et sortit précipitamment de la cabane, demandant à deux gardes de veiller en son absence. Gabriel rusa alors et proposa à l’un d’entre eux – le plus corpulent – de le remplacer, s’il avait déjà fait beaucoup d’heures. Ce dernier, attiré par le goûter qui l’attendait dans sa tente, ne se fit pas prier. Gabriel prit alors son poste, et en négociant avec le deuxième, il parvint à pénétrer à l’intérieur du bureau, sous prétexte de vérifier si l’endroit était sécurisé jusqu’au retour de l’Oberst. Il eut ainsi quelques secondes pour fouiller la cabane, ce qui était grandement insuffisant évidemment – Gabriel stressait beaucoup d’ailleurs, il s’y croyait réellement. Heureusement pour lui, la carte n’avait pas été scellée car l’Oberst était parti rapidement. Il la saisit et la fourra rapidement et discrètement dans sa poche. Il devait déguerpir vite fait, ou le deuxième garde remarquerait immédiatement ce qu’il venait de faire. Il choisit donc de sortir par la fenêtre de derrière, et grâce à sa petite taille, il parvint à se glisser derrière les tentes. Une fois arrivé en dehors du champ de vision de son camarade garde, il marcha naturellement vers la sortie du campement. Une fois la porte franchie, il accéléra le pas puis se mit carrément à courir lorsqu’il fut hors de vue du camp. Il rejoignit le point de rendez-vous avec trente minutes d’avance. William était reparti, il était sûrement au camp mais Gabriel ne l’avait pas croisé, c’était bon signe ! Trente minutes plus tard, Aaron et Matthias arrivèrent, William sur les talons. Le petit blond sortit la carte de sa poche de façon triomphante. Au bout de 6 jours, enfin, il avait réussi à la perfection un exercice d’espionnage d’une complexité importante.

La nuit était tombée, Gabriel et ses amis avaient bien mérité un léger dîner. Le garçon se coucha et s’endormit rapidement, l’esprit regonflé, motivé à bloc pour la suite.


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MessageSujet: Re: Dossier de Gabriel Deschamps   Ven 6 Sep - 18:00


La semaine passée et les difficultés accumulées avaient terminé de mettre Gabriel sur les rotules. Pourtant, il trouvait ces deux dernières semaines moins éprouvantes que les deux premières. En soi, les exercices étaient plus difficiles, mais il était dans de bien meilleures conditions morales, et ça lui donnait toute la force nécessaire, et même davantage. Les exercices de spéléologie effectués au début de la semaine n’avaient pas vraiment été son fort. S’il maîtrisait bien l’escalade, le fait d’être enterré l’oppressait et il n’avait pas été très à l’aise. Mais il avait pris sur lui, il avait encaissé les remarques désobligeantes de l’instructeur et il était arrivé au bout du calvaire. C’était le principal…


4ème semaine du PEI, 4ème jour.


Gabriel fut réveillé par Matt’ qui le secouait doucement. Ainsi, un nouveau jour commençait, dans l’obscurité la plus totale. Le petit blond tâtonna pour trouver la réserve de bois accumulée avant de s’enterrer dans cette grotte. Il saisit une bûche qu’il déposa à l’aveugle sur les restes de cendre de la veille. Etant à présent rompu aux différentes techniques permettant de faire du feu, il fit rapidement chauffer les copeaux de bois les uns contre les autres. Seulement le bois était humide depuis la nuit, et il ne prit pas. Gabriel laissa échapper un juron avant de redoubler d’efforts. Après une demi-heure de bataille dans le noir, une étincelle apparut, qu’Aaron attisa pile au bon moment : la première flamme illumina la grotte, et le feu démarra. Ils en profitèrent pour réchauffer leur petit déjeuner, à savoir des poissons arrachés la veille à leur milieu naturel. Ils n’étaient pas délicieux, les poissons des eaux obscures, assez durs, avec beaucoup d’écailles, mais ça suffisait pour leur remplir l’estomac… pour l’instant. Le repas fut rapidement terminé, les futurs agents avaient encore du chemin à faire dans les souterrains. Ils prirent chacun un morceau de bois, une bûche la plus longue possible en guise de torche. Ramenant tout leur matériel sur leur dos, ils partirent encore un peu plus profond dans les entrailles de la terre, quittant le campement qu’ils avaient investi la veille au soir. Ils marchèrent longtemps, le tunnel les emmenait toujours dans la même direction. Et heureusement, car ici, ils n’avaient aucun moyen de s’orienter : leur boussole ne fonctionnait pas sous terre à cause du champ magnétique des roches, et ils ne voyaient ni le soleil, ni les étoiles, ni rien d’autre qu’eux-mêmes… ainsi que quelques insectes sous-terrain…

Rapidement, deux torches sur trois s’éteignirent. Gabriel fouilla en vitesse dans leur stock pour trouver un morceau de bois à peu près sec qui prendrait rapidement, sans étouffer la flamme qu’ils avaient pu garder. Il sortit le morceau de bois idéal du sac un peu trop précipitamment, et la dernière flamme s’éteignit au souffle… ils étaient replongés dans ce noir le plus total. C’était une situation très difficile, le moral était difficile à garder, ainsi plongé dans la noirceur des entrailles de la terre. Mais ils étaient tous ensemble pour la journée, et c’est ce qui permettait à Gabriel de continuer vaillamment. Sans les deux autres, il n’aurait jamais pu…

Ils jugèrent qu’ils avaient pris un peu trop de retard, et ils ne pouvaient pas se permettre de perdre 30 minutes pour allumer un feu. Ils décidèrent de continuer à avancer, dans le noir. Leurs yeux s’étaient habitués à l’obscurité et ils distinguaient vaguement les parois du chemin. Il devait y avoir une source de lumière un peu plus loin, au bout du chemin…

Les ventres commencèrent à crier famine. L’heure du repas de midi devait être bien avancée. Ils se posèrent et de nouveau, allumèrent un feu, qui ne prit que partiellement, toujours à cause de l’humidité. A court de poisson, ils se contentèrent de quelques oiseaux attrapés au début de la semaine. Après les avoir grillés, ils les dégustèrent en plongeant les mains et les dents dans la chair. Elle n’était plus très fraîche, et Gabriel jugea le goût était hautement suspect. Mais il avait l’habitude de manger des aliments défraîchis alors… Le trio ne s’attarda pas et continua son chemin. Après de longues minutes de marche, le sous-terrain se divisait en deux parties. Le tunnel devenait très, très étroit. D’un côté, le passage était assez facile mais particulièrement sombre. De l’autre, le chemin était un peu moins obscur, mais le passage était extrêmement réduit : un simple petit trou, dans lequel il était bien possible de rester coincé, même pour leur petite taille à tous. Après discussion, les trois recrues convinrent de passer par le chemin le plus étroit : s’il était moins sombre, c’est qu’il était éclairé au bout et donc, qu’il y avait une sortie ! Car c’était ça le point de rendez-vous : une sortie en eau, où des exercices de natation sous-marine les attendait. L’eau, ça filtre la lumière, ils étaient sur la bonne voie…

Gabriel eut toutes les peines du monde à franchir le trou. Il dut mettre en œuvre toutes les contorsions apprises en spéléologie pour passer de l’autre côté sans dommage. Et de l’autre côté, les choses n’étaient pas plus faciles : ils ne pouvaient avancer au début qu’en rampant, puis à quatre pattes. Pas un seul instant ils ne purent se redresser, le passage était trop étroit. Gabriel se sentait oppressé, comme si le ciel leur était tombé sur la tête et qu’ils devaient vivre en dessous, au plus proche des enfers avant de s’enterrer définitivement. Cet environnement lui faisait naître des pensées morbides, ces mêmes pensées noires qui ne le quittaient jamais vraiment, qui se cachaient parfois mais finissaient toujours par rejaillir. Il devait se concentrer sur le fait que fort heureusement, il n’était pas seul… sinon, il n’aurait pas survécu…

Enfin, après un temps infini et impossible à compter, ils parvinrent à se redresser et arrivèrent dans une grotte plus spacieuse. En avançant encore, ils avaient de l’eau jusqu’aux genoux. C’est quand ils en eurent jusqu’à la taille qu’ils retrouvèrent William. Par mesure de sécurité, il allait les accompagner pour franchir la prochaine étape. Le tunnel était entièrement immergé, ils devaient s’y engager pour atteindre la grotte suivante, où ils allaient passer la prochaine nuit. Bien évidemment, ils n’avaient pas de matériel particulier, à part un pauvre tuba qui ne leur serait presque d’aucune utilité ici, et des palmes improvisées. Pas de bouteille à oxygène, c’était inflammable donc trop dangereux sous terre… Gabriel s’équipa, et après avoir pris une immense inspiration, se jeta la tête la première dans le conduit. Il commença à nager vigoureusement, comme on le leur avait appris en début de semaine. Il faisait le minimum de mouvements, mais ils étaient tous efficaces. Le but était de garder le maximum de forces et de clarté d’esprit pour arriver au bout. Il ne faisait pas attention à qui le précédait ou qui le suivait : il nageait droit devant. Après plus d’une minute – qui lui parut des heures – il commença à manquer d’air, il sentait qu’il s’affaiblissait. Il fut pris d’une légère panique et ouvrit la bouche… avant de la refermer aussitôt. Il fallait garder la tête froide, ou il était fichu. Il ne pouvait pas se permettre de s’épuiser pour rien. A l’intérieur de lui, il était totalement paniqué, mais il accéléra ses mouvements vers la sortie, la sortie… qu’il atteint fort heureusement plusieurs secondes plus tard. Il inspira une grande bouffée d’air par son tuba, mais avala de l’eau avec et fut pris d’une violente quinte de toux. Lorsque sa tête fut enfin entièrement libérée de l’eau, il se dépêcha de libérer la sortie du tunnel sous-marin et gagna un endroit un peu plus au sec, où il n’y avait de l’eau que jusqu’aux chevilles. Là, il s’écroula et cracha ses poumons pour en chasser les traces d’eau qui y restaient. Il resta là plusieurs minutes avant de reprendre son souffle et ses esprits. Lorsqu’il sentit son corps à peu près normal, il se leva, un peu chancelant, et rejoignit les autres. Ils n’avaient pas l’air dans un meilleur état que lui… La nouvelle grotte était très sombre également mais on sentait qu’elle se rapprochait de la surface, puisque quelques trous apportaient la lumière de la Lune – on le devinait à la couleur laiteuse de la faible lumière qu’on apercevait.

Ce soir-là, exceptionnellement, ce fut William qui distribua le dîner. Le repas se fit en silence, les trois recrues avalant avidement de quoi remplir leurs estomacs vidés par les efforts de la journée. Une fois repu, Gabriel s’endormit comme une masse, épuisé, sans prendre la peine ni de se sécher, ni de trouver un endroit sec pour dormir. Il ne déplia même pas sa couverture, et ne se rendait plus compte qu’il était transi de froid. Il ne pouvait plus que sombrer dans l’inconscience pour laisser son corps se refaire un peu. En espérant que cela suffirait pour les quelques jours qu’il aurait encore à affronter…


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MessageSujet: Re: Dossier de Gabriel Deschamps   Ven 6 Sep - 18:00

Nom de l'agent: Gabriel Deschamps
Choix des cours:

  • Ma/mes langue(s) maternelle(s) : Français
  • Choix de la nouvelle langue : Allemand
  • Mes deux sports de combat: judo et taekwondo



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MessageSujet: Re: Dossier de Gabriel Deschamps   Dim 2 Aoû - 18:13

[Rapport écrit par Allan Jones, le psy]

Visite chez le psy




Nom de l'agent : Gabriel Deschamps
Matricule de l'agent : A1A3

Événement de carrière : Visite chez le psy

Résumé des faits : Suite à un dessin rageur au cours d’allemand de la part de Gabriel et d’une nouvelle confrontation entre lui et le professeur, celui-ci souhaite que Gabriel passe chez le psy, pour être sûr qu’il n’y ait aucun problème psychologique non résolu chez l’enfant.

Remarques & Résultats :
Le Psy n’a rien noté de particulier chez Gabriel, et pencherait même plutôt pour un problème chez le professeur d’allemand. Il arrive à tout le monde d’avoir des accès de colère, et l’évacuer par le dessin comme le fait Gabriel est un moyen approuvé par le Psy.


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